26/11/2008

Comment Laverrière a conquis Mon-Repos

 

 

 

Il y a cent ans, dans un mémorandum daté du 16 octobre 1908, le président du Tribunal fédéral réclamait aux conseillers fédéraux un agrandissement du siège de la juridiction suprême de la Suisse, qui était alors l’actuel Tribunal de district de Montbenon. Voire la construction d’un nouveau bâtiment, sur la magnifique esplanade. La demande était justifiée: un an après l’unification du droit civil, les juges étaient surchargés de travail et les locaux du palais édifié par Benjamin Recordon en 1886 exigus. Elle était délicate, car cette butte en surplomb était trop chère au cœur des Lausannois – pour leurs réunions populaires, leurs fêtes de gymnastique. L’«enlaidir» encore était une gageure, car déjà trente-trois ans auparavant, en 1875, ils s’étaient insurgés contre l’implantation du Tribunal fédéral sur ce site au point que Berne menaça de porter son choix sur une autre des six villes qui s’étaient proposées pour l’héberger…

Entre-temps, les magistrats avaient exploré d’autres quartiers de ce qu’était Lausanne au début du XXe siècle: déjà une cité, mais avec de beaux reliefs champêtres. Ils jetèrent leur dévolu sur le domaine calme et patricien de Mon-Repos, acquis au mitan du XVIIIe siècle par le marquis de Langallerie (protecteur de Voltaire), repris en 1817 par le banquier Vincent Perdonnet. Après moult négociations entre autorités fédérales, cantonales et la Ville de Lausanne, celle-ci le racheta en 1910 pour en céder une parcelle septentrionale de 17 500 m2 à la Confédération – en contrepartie du palais de Montbenon, qui allait abriter le Tribunal cantonal jusqu’en 1987.

La partie sud, avec sa maison de maître, ses communs et jardins à l’anglaise, fut réservée aux loisirs des autochtones. C’est le parc de Mon-Repos que nous connaissons, avec sa fameuse volière.

En 1910, le projet d’un nouveau TF dans cet écrin de verdure est accueilli avec enthousiasme, car il promet une extension de la ville à l’Est et des embellissements urbains. Mais le Conseil fédéral attend 1913 avant de lancer un concours d’architecture. Six projets sur 82 sont retenus, dont celui d’Alphonse Laverrière (1872-1954), déjà attelé à la construction de la gare centrale de Lausanne. Nommé Sub lege libertas, son projet pour le nouveau TF est pourtant éliminé au motif d’«un cube tout à fait inadmissible». Mais on lui trouve un réel talent pour la composition des façades, pour l’aménagement des voies d’accès, et l’on finit par l’associer aux vainqueurs du concours, les Neuchâtelois Louis-Ernest Prince et Jean Béguin.

Pour Laverrière, c’est un retour inattendu à un académisme qu’il avait répudié. La monographie que lui a consacrée Pierre Frey* met en lumière sa force de caractère, et sa critique sévère, visionnaire, des mentalités routinières. «Le jury, écrit-il, comme s’il s’agissait d’un travail scolaire, recherche tout d’abord les solutions, les partis, puis il s’arrête à ce qu’il considère comme le meilleur «parti» et il arrive souvent que ce meilleur parti soit une image très poussée qui compte plus pour lui que la valeur générale du projet.»

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Le chantier du TF démarre en 1922 pour ne s’achever qu’en 1927, ralenti qu’il est par des travaux d’assèchement et de consolidation du terrain, ainsi que par la Première Guerre mondiale et ses retombées économiques. En Suisse comme ailleurs, les prix à la consommation augmentent de plus de 120%, ceux de la construction itou. Alphonse Laverrière respectera, comme ses collègues, les consignes expresses du Conseil fédéral, qui récusent toute «recherche de luxe», souhaitent une «simplicité de style», mais également une dignité qui exprime la «haute destination d’un édifice national». Il en résultera cette façade dépouillée, en retrait au-dessus des quartiers Mousquines et Florimont. Elle ressemble étrangement à celle de la Supreme Court de Washington, bâtie en 1929.

A l’intérieur, la patte de Laverrière l’emporte sur le style des deux autres: il impose ses propres artistes pour la décoration des trois salles d’audience, quitte à croiser le fer avec la commission fédérale des beaux-arts. Il choisit les matériaux: grès d’Argovie, granit du Tessin, pierre jaune de Neuchâtel, pierre noire de Saint-Triphon, marbres du Valais et d’Italie. Il tarabiscote sans scrupule l’esthétique classique générale d’éléments Art nouveau qui peuvent choquer. Il mignote le moindre motif des ferronneries, des plafonds et des parquets. Il dessine lui-même les chaises, les tables, les lustres. Il fignolera jusqu’à la forme des encriers, toujours en usage…

*Alphonse Laverrière, parcours dans les archives d’un architecte. ACM/EPFL, 1999, 280 p.

Le TF en quelques dates

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1874. La Constitution fédérale institue pour la première fois un Tribunal fédéral permanent. Pour l’accueillir, six villes sont en lice. Le choix est porté sur Lausanne.

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1875. Le premier TF siège dans un modeste casino, actuellement démoli, qui dressait son fronton à colonnades au sud de Saint-François.

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1886. Il siège durant 40 ans dans le palais de Montbenon, construit par Benjamin Recordon.

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1927. Il s’installe à Mon-Repos. Les plans d’alors prévoient des aires d’extension qui seront respectées en 2000, lors d’une adjonction de deux ailes à l’arrière du bâtiment.

09:21 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)

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Écrit par : Tommyelida | 11/04/2011

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