05/12/2008

Instruments de légende: le tambour

 

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En Inde, le tambour était vénéré comme une divinité. Il aurait été à l’origine de la création du monde. On le faisait retentir lors de processions éléphantines solennelles. L’instrument était religieusement lavé et parfumé tous les jours.

En vieille Egypte, on en fabriqua en peau de crocodile, en hommage à cet animal nilotique qui fut le premier grand ordonnateur des sons, le père de l’harmonie universelle. Pour triompher du grand chaos initial, il scanda la mesure en se battant le ventre avec sa propre queue.

En Nouvelle Guinée, il existe un tambour à fente, en bois évidé et dont les bords épais produisent, lorsqu’on les frappe, deux sons de hauteur différente. Il sert d’instrument de musique, mais aussi d’instrument signalisateur. A l’instar du tam-tam de l’Afrique subsaharienne, qui lui-même s’apparente au gong en bronze des Chinois.

Le tambour a aussi inspiré des diaristes éminents:

 

«Une sottise ou une infamie, en se renforçant d'une autre, peut devenir respectable. Collez la peau d'un âne sur un pot de chambre, et vous en faites un tambour.»

(Gustave Flaubert, Carnets)

«Le son du tambour dissipe les pensées ; c'est par cela même que cet instrument est éminemment militaire.»

(Joseph Joubert, Carnets)

En écho à cette maxime du moraliste corrézien, je ne résiste pas à reproduire les paroles de Roulez tambours, un chant guerrier composé par notre poète Henri-Frédéric Amiel, sous la menace d’une guerre helvético-prusse :

 

1. ALARME
Rugis, tocsin, pour la guerre sacrée
A l'étranger renvoyons ses défis!
Suisse au grand cœur, si ta perte est jurée,
On a compté sans l'amour de tes fils.
Debout vallons, plaine et montagne,
Que tout un peuple arme sa main!
Lion bondis! entre en campagne!
Rugis tocsin!

2. EN ROUTE
Roulez, tambours! pour couvrir la frontière,
Aux bords du Rhin, guidez-nous au combat!
Battez gaîment une marche guerrière,
Dans nos cantons, chaque enfant naît soldat!
C'est le grand cœur qui fait les braves,
La Suisse, même aux premiers jours,
Vit des héros, jamais d'esclaves...
Roulez, tambours!

3. AU BIVOUAC
Sonnez, clairons! Le grand fleuve en son ombre
De nos bivouacs a réfléchi les feux!
Chez' nous, là-bas, sans doute, en la nuit sombre,
Au ciel, pour nous, ont monté bien des vœux!
Oui, nous veillons sur toi, Patrie,
Remparts vivants, nous te couvrons!
Dieu voit qui veille, entend qui prie!
Sonnez, clairons!

4. CHANT DU DRAPEAU
Flottez, drapeaux! étendards héroïques,
Où nos aïeux ont inscrit maint beau nom!
Astres de gloire au ciel des Républiques,
Sempach! Naefels! et Saint-Jacques et Grandson!
Sous vos couleurs, saintes bannières,
Ont combattu tous nos héros;
Les fils seront dignes des pères!
Flottez, drapeaux!

5. BATAILLE
Tonnez, canons! Voici la rouge aurore!
Au champ d'honneur les moissons vont s'ouvrir!
Jusqu'à la nuit fauchez, fauchez encore,
0 noirs faucheurs, s'arrêter, c'est mourir!
Hourra! poussons le cri de guerre,
Et puis, chargeons et foudroyons!
Pour voix la foudre et le tonnerre!
Tonnez, canons!

6. VICTOIRE
Aigles du ciel, témoins de notre gloire,
A nos cités portez-en les signaux!
Aux quatre vents, de nos cris de victoire,
Prompts messagers, dispersez les échos!
Salut, grands monts, terre affranchie,
D'un peuple fier sublime autel,
Pour Dieu seul notre genou plie,
Aigles du ciel!

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