28/01/2009

Les premières infirmières de la Source

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1859. Cette année-là, un certain Henri Dunant assiste à la bataille de Solferino, et marche parmi des milliers de blessés abandonnés. C’est alors qu’il imagine un service de soins et de secours à toutes les victimes de guerre. Pour étayer son projet, le futur fondateur de la Croix-Rouge se réfèrera aux oeuvres d’une amie pionnière dans la lutte contre le paupérisme: la comtesse Valérie de Gasparin (1813-1894). Une femme de lettres genevoise qui avait déjà créé à Yverdon une unité de balnéothérapie destinée aux pauvres. Elle vient d’implanter à Lausanne, entre la campagne chic de Beaulieu et le quartier miséreux de Saint-Roch, une école normale de gardes-malades. Celle de la Source qui commencera à former des infirmières non religieuses. Une première mondiale – en Angleterre, la célèbre Florence Nightingale, de retour des fronts de Crimée, n’en fondera une portant son nom qu’un an après, en 1860.

L’idée de la comtesse est révolutionnaire: il n’est plus nécessaire d’entrer dans les ordres pour soigner autrui. Les soignantes, qui peuvent se marier, doivent être élevées au rang de professionnelles et être rémunérées en conséquence.

 

Epouse d’un huguenot français, Agénor de Gasparin, qu’elle suivra à Paris pour répandre ses idées dans le grand monde, cette philanthrope, très impliquée dans le mouvement du Réveil protestant, n’est pas à vrai dire une féministe avant l’heure: dans ses écrits sur la famille, elle ne croit à l’égalité des sexes que sur le plan divin. Elle estime que «le pouvoir va à l’homme et l’influence à la femme»… Mais la charité directe aux personnes nécessiteuses étant pour elle un impératif supérieur, il devenait urgent que les infirmières fussent instruites convenablement et honorablement traitées.

 

Pourtant, si le soin aux malades dans les hôpitaux d’Europe était assuré, jusqu’au XIXe siècle, par de révérendes sœurs, elles étaient secondées par des servantes sans statut officiel, qui apprenaient «sur le tas». Leur pratique se transmettait oralement d’une servante hospitalière à l’autre. On n’exigeait d’elles qu’une connaissance rudimentaire de l’écriture et de l’arithmétique. Elles étaient assignées essentiellement à l’hygiène des locaux, à la gestion du linge et des draps, à la surveillance des dortoirs (où les patients étaient regroupés par plusieurs dizaines…), celle de la réserve de médicaments. Peu à peu, on exigea qu’elles fournissent aux médecins des indications plus médicales, et qu’elles appliquent (même sans formation) les ordonnances et les prescriptions. Moins bien loties que les religieuses, elles étaient rarement payées en espèces, plus souvent en nature: logement, nourriture, bois de chauffage, chandelles pour l’éclairage, etc.

 

Mais si l’école de Valérie de Gasparin veut instruire des infirmières laïques, son enseignement est imprégné d’esprit évangélique. Durant une trentaine d’années, sa direction est confiée à des pasteurs. Il faudra attendre 1891 pour qu’elle soit enfin attribuée à un médecin: le Dr Charles Krafft, qui transforme l’institution de la Source en école-hôpital, complétée par une clinique privée, un dispensaire, une infirmerie et un service de ville.

Au cap du XXe siècle, les sourciennes suivent une formation de huit mois de théorie et de trois ans de pratique, dont deux de stage. Durant la Première Guerre mondiale, elles mettent en valeur leurs compétences dans les hôpitaux militaires de France et de Belgique. Durant la seconde, elles y sont mêmes mobilisées et incorporées, en raison d’une convention signée en 1923 entre leur institution et la Croix-Rouge suisse. Entre-temps, l’éventail de leurs spécialisations s’est élargi, dont celle d’infirmière-visiteuse – «une porte de sortie vers la sphère publique, trop longtemps interdite aux femmes». Et en 1950, c’est pour la première fois l’une d’elles, une sourcienne, qui accédera à la direction de l’institution: Gertrude Augsburger.

L’Ecole de la Source et la clinique du même nom ont pris tellement d’importance au fil des ans, que leurs directions se sont séparées en 1988, afin de mieux naviguer de conserve. En 150 ans, la première aura conduit jusqu’au diplôme 5291 élèves. Devenue membre de la HES-SO, elle compte aujourd’hui 550 étudiants, qu’elle forme aux niveaux Bachelor et postgrades. C’est la plus grande école de soins infirmiers de Suisse romande. L’esprit évangélique n’y prédomine plus depuis longtemps.

 

www.ecolelasource.ch

 

(Cet article a paru dans 24 heures du 24 janvier 2009)

09:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3)

24/01/2009

Masques de fête et réincarnation à la carte

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Jadis, nous priions Dieu, ses saints et surtout ses diables pour que notre pire ennemi se métamorphosât en crapaud vilain, en lombric gluant, en quoi encore? en betterave bouillie, en brosse à récurer, en vespasienne turque.

Maintenant, tout a changé: une mode imprévue (elle nous arrive des Amériques, par le Gulf Stream probablement) oblige Madame Suzette Goittraux, qui blanchit mon linge depuis quinze ans, dans la ruelle à côté, à ne plus vouloir de mal à personne. Pas même au percepteur d'impôts, pas même à sa propre belle-sœur! Dans notre quartier, cette volte-face a été accueillie, croyez-moi, comme une réelle révolution.

Ce n'est pas tout: la Suzette ne rêve plus que de se transformer elle-même, après sa mort (le plus tard possible évidemment) en haut mélèze de la vallée du Trient, puis en perruche ondulée - «qui a une gorge blonde et une belle indépendance de caractère» - puis en capitaine de vaisseau spatial. «Après quoi, on verra, fait-elle. On a bien le temps, l' éternité est assez longue.»

Ainsi parle ma blanchisseuse depuis qu'elle croit ferme aux théories de la réincarnation. A l'exemple des chanteuses Shirley MacLaine et Sheila, dont elle a lu avidement les fantasmatiques témoignages, elle s'est rendue chez un hypnotiseur-magnétiseur-radiesthésiste d’Annemasse qui a prouvé scientifiquement qu'elle est restée riche de vies antérieures innombrables.

Elle a été tour à tour la reine égyptienne Hatshepsout, la tante paternelle de Vercingétorix, et, peu après, un des deux larrons crucifiés à Golgotha, mais elle ne se souvient plus lequel. Puis la reine Berthe. Enfin, la danseuse Isadora Duncan, qui périt en 1927, étranglée par une écharpe enroulée dans une roue de sa voiture à Nice. De là proviennent certainement ces maux de gorge qui étreignent chaque soir Mme Goittraux, au chemin des Mouettes. Et qu'aucun représentant de la médecine officielle ne parvient à expliquer...

Bref, il est de bon goût de se réincarner en autre chose que soi. Lassé d’être toujours lui-même, de moins en moins tenté par l' éternité blanche, absolue et morne, promise aux chrétiens, l'individu aspire à changer de peau, de sexe, d'espèce, voire d'époque.

 

***

Ce rêve deviendra réalité au cours des semaines qui viennent dans toutes les terres catholiques où rituellement on célèbre et on brûle Carnaval. A Châtel-Saint-Denis, Bulle, Broc et Fribourg, vous verrez des notaires distingués s'affubler en conseiller fédéral vaudois, en présidents étasuniens de taille et de couleur différente, en championne de ski obwaldienne. Et des mères de famille honorables se vêtir de la peau squameuse d'un monstre préhistorique, comme en fabriquent les décorateurs de films californiens.

A Kippel, Blatten et Wiler, dans le Lötschental, les maris les plus timides se vengeront de leurs épouses impérieuses en les effrayant à l'aide de masques cauchemardesques (image d’en haut). Ces bacchanales se prolongeront dans des vapeurs de vin chaud, et en une nuit brune passementée de soies blanches et or. Mais voici que l'aube déjà se met à poindre, frileuse, enjouée, rose comme de la gelée de sureau: sous la lumière du jour, c'est connu, les ombres raccourcissent, elles redeviennent platement humaines et vivantes. Le carton-pâte, le raphia polychrome, le sapin taillé ont vite perdu leurs pouvoirs hallucinants. Avant de se rendre vers le lit conjugal, les maris infâmes, à présent tout penauds, devront longuement frotter leurs grosses semelles sur le paillasson du vestibule.

Mais je reviens à cette théorie modernisée de la transmission des âmes: selon des statistiques récentes, elle enfièvre plus d'un Français sur quatre, et beaucoup plus de gens d'outre-Atlantique. Là-bas, on va au «réincarnationniste» aussi souvent que chez son dentiste ou son pédicure. Tandis que les orientaux brahmanes, qui la professent depuis des millénaires, l'observent avec soumission et résignation, la métempsycose a acquis en Occident une souplesse digne d'un programme d'ordinateur.

Comme dans le ludiciel de Second Life, les usagers choisissent leurs avatars anciens ou futurs selon leur humeur et leurs goûts culturels. De fait, on recense trop de personnes qui s'annoncent comme une réincarnation de Cléopâtre, par exemple, d’Einstein ou du général De Gaulle. Et pas assez qui optent pour une arrière-mouture d'un esclave romain, d'un brave palefrenier d'Echichens au siècle dernier. Ou de ce ramoneur qui maculait de ses doigts poisseux les jolis napperons en dentelle filée par votre grand-maman.

Sachons enfin que ceux qui à l’éternité d'amour, promise par Dieu, préfèrent l'immortalité transmigratoire prônée par les vedettes de la chanson, vouent une affection accentuée envers les animaux. On leur tend un miroir docile: ils s'y regardent avec le regard jaloux, exigeant, des artistes qui se font plaisir à guinder leur modèle. Ils s'y comparent au tigre du zoo de Servion, qui déteste comme eux la salade cuite. Ou à la corneille mantelée, qui se nourrit de restes de poubelles, mais que l’immensité du ciel n’effraie pas.

 

 

21/01/2009

Trois Hommes dans la Nuit

Depuis le 6 janvier 2009, les lecteurs de mon dernier livre Trois hommes dans la nuit, paru chez Bernard Campiche Editeur*, en découvrent des passages inédits dans ce blog. Des éclairages en biais sur les protagonistes et les péripéties du roman, et qui s’incorporeront matériellement à celui-ci – en chapitres satellites – le jour où il sera téléchargeable dans un livre électronique. A l’exemple des «scènes coupées» d’un film en DVD, répertoriées dans les suppléments, ou bonus, plusieurs «scènes ajoutées» enrichiront ainsi le récit central sans en dénaturer l’unité de temps ou d’action.

Pour retrouver un épisode précédent, cliquer en bas à droite sur la catégorie Trois hommes dans la nuit. Et remonter dans le temps…

www.campiche.ch

 

 

Micky le Corfiote

 

 

                                    Je préfère être avec le Christ plutôt qu’avec la Vérité.

                                                                                                                           Fédor Dostoïevski



 

Micky, Jean-Baptiste Contine ne l’a jamais vu. Ils se connaissent depuis 1999, par la nébuleuse alors récente d’Internet où ils n’ont échangé que des propos, pas d’images. Chacun ignore l’aspect anatomique de l’autre, et c’est mieux ainsi. Entre eux s’est «connectée» une amitié qui devient régulière, alors qu’ils abominent pareillement la civilisation virtuelle, son langage atrophié, ses clinquants cliquants-clignotants, et ses simulacres dérisoires. Ils préféreraient une accolade, des regards vrais et vus, des voix entendues. Des chaleurs tactiles.

Mais le leurre technologique réveille, dit-on, des instincts ludiques chez les plus vieilles badernes.

 

Dans ce contexte «hypermoderne», ils se sont abouchés à l’ancienne, s’écrivant des phrases longues, léchées, - avec l’impression délectable (crédule) de gêner les autres internautes par un anachronisme appuyé.

La première fois, ce fut dans un forum dévolu aux Actes des Apôtres.

Micky détaillait une expérience lointaine, au cours de laquelle il avait prospecté en amateur le passage de saint Paul en Grèce. Sa description, à Corinthe, non seulement de traces archéologiques pauliniennes, mais celles de Timothée, de Silas, du proconsul Gallion, fut d’une érudition exubérante qui impressionna Jean-Baptiste. Au point qu’il rouvrit ce Nouveau Testament dont il se croyait indigne, et rejeté. Il s’en échappa une poudre d’encens flétri, une flaveur de sacristie feuillantine qui sentait le décorum de la piété contrite de ses douze ans.

 

 

Les courriels de Micky étaient truffés de citations exactes, mais ingénieusement enchevêtrées, comme seul un lecteur familier des saintes épîtres s’autoriserait à le faire:

 

 

«Cher JB, la Maison des Disputes de Chloé a bien existé. A dix-neuf ans, je n’y avais pas relevé des vestiges matériels, mais un soir, sous les yeuses des remblais médiévaux de l’Acrocorinthe, j’identifiai dans un éboulis submergé de laurier une odeur de pourriture certifiée antique, presque agréable: celle de la mort qui donne la mort devenant une odeur de vie qui donne la vie. Je compris alors que le dieu de cet immense «prédicateur-avorton», qui est aussi ton dieu naturel, est plus intéressant que le Yahvé de ma famille, car c’est un fou. Votre Jésus, lui aussi, fait gronder le tonnerre et trembler les hommes, mais lui-même tremble, et il reconnaît qu’il a peur: C’est que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu plus forte que les hommes. Moi je corrigeais – abusivement, pour moi seul - plus forte que chez les hommes. Votre Dieu est fort parce qu’il est capable de faiblesse humaine. Je l’avais déjà jugé persuasif chez les orthodoxes de Grèce, or sache que c’est chez des catholiques du midi de la France que je l’ai enfin trouvé.»

 

 

 

De ce sophiste enflammé qui juge les dieux, et en change à la fortune de ses aventures picaresques, Contine ne sait pas grand-chose – même après quatre années de dialogue, d’estime à distance. Sinon que Micky n’est pas son prénom, qu’il est né à Corfou en 1955 dans une famille juive qui ne lui pardonne pas son apostasie. Qu’il vit à Marseille depuis trois décennies. «Une cité grecque comme moi, peuplée de beaucoup de juifs comme moi – même s’ils sont nordafs - et de papistes bornés sulpiciens comme moi maintenant. Les couchers de soleil à la pointe de Montredon imitent si bien ceux de mon île natale, qu’il m’y arrive de soliloquer en judéo-vénitien, comme le faisait notre rabbin Abacco de la Ruelle d’Or, en s’attardant sur les môles après qu’il eut perdu la raison. Mais, cher JB, moi je ne m’attarde nulle part. La vie m’a appris à avoir le feu au c…, et j’ai la chance d’avoir un métier qui fait voyager. J’en profite pour fuir aussi ma tête: j’ai été victime l’an passé d’une tumeur anévrismale qui a rompu mon fil des événements les plus récents. Au lieu de la soigner, je m’en moque et la laisse prospérer. Les psys appellent ça une fuite en avant. En d’autres termes une couardise. Pour moi, c’est du courage. Un nouvel envol, une politique de la terre brûlée. Mais d’une terre qui ne vaut pas tripette: qu’importe mon souvenir du café-croissant de ce matin! Au diable le conseil de la secrétaire de mon patron quand je m’apprête à prendre l’avion pour Séville à Marignane, alors que c’est un train de Saint-Charles qui m’attend pour me conduire à Barcelone… Ce ne sont-là que bévues réparables. Pertes infimes, bouts de mémoire immédiate qui se décollent en squames sèches de reptile, et que je jette au feu. Sort que je fais subir pareillement, méthodiquement, aux talismans de mes aïeux. Ceux que les Hébreux appellent t’philim ou phylactères. Ces inscriptions kabbalistiques reviennent inlassablement me harceler, alors je les détruis avec un réflexe rageur - mais non sans un zeste de chagrin chevillé au fond de moi. La gloire du Christ-Rédempteur m’en guérira. Car je ne dors jamais deux nuits à Marseille sans aller remercier sa mère, la grande Vierge dorée de Notre-Dame de la Garde. Je suis convaincu que c’est par son intercession que j’ai conservé intacte toute ma mémoire ancienne.»

 

 

 

A ce long courriel, où Micky épanchait pour la première fois des confidences intimes, Jean-Baptiste répondit avec un laconisme prudent, mais le sentiment de se livrer lui aussi beaucoup:

 

 

«Cher Micky, par atavisme protestant je suis peu coutumier du culte marial. Mais par amour de l’art, je te conseille de prier plutôt la Mater dolorosa de Carpeaux qui est à l’intérieur de la basilique. Elle est plus gracieuse, et certainement plus accessible que l’immonde colosse qui flamboie sur son clocher… Je t’envie de pouvoir dialoguer avec elle, ainsi qu’avec celui que tu désignes comme mon «dieu naturel». Et je t’envie de n’avoir pas égaré comme moi des pans entiers de ta mémoire d’avant.»

 

Cette réponse aigre-douce déconcerta-t-elle son correspondant? Contine ne revit plus jamais le pseudo de Micky dans la messagerie de son PC. Il le relança deux fois en vain. Alors il varia la tentative en expédiant un SMS sur son téléphone mobile:

 

-          Désolé Micky de t’avoir culpabilisé. Te connais peu, mais t’aime bien. JB (si tu te souviens encore de moi).

 

 

Le jour même, Jean-Baptiste était concentré sur un long dépliant héraldique lorsqu’un bip-bip fit vibrer son portable. C’était un minimessage de Micky:

 

 

-          JB, t’oublie pas, t’aime aussi. Connaissais pas Krakow, fief de Jean-Paul 2, ni la Panna Maria et son retable en bois. J’y prie pour toi et ta mémoire. Fraternisons en amnésiques complémentaires. Allumons des cierges!

 

 

Désormais, Micky et JB correspondent par SMS. Ils se transmettent des signaux votifs; balises géographiques sur une carte du Tendre amicale qui s’élargit, au gré de leurs déplacements respectifs, à celle de l’Europe - «avec l’espoir de dériver un jour vers la Terre sainte». Messages lapidaires, où le goût pour la liturgie catholique le dispute à l’ironie sacrilège. On en rit sans rire vraiment. Un jeu presque grave: comment blasphémer en évitant de le faire? Comment dire beaucoup avec le moins de mots possibles, et sans enfreindre les règles élémentaires du français.

 

Entre l’enfant surdoué des ruisseaux et légumières du Comtat - qu’un destin terne de généalogiste a relégué dans une ville de brumes - et ce juif corfiote et sanguin, de dix-huit mois son aîné, qui veut explorer tous les sanctuaires du continent, la relation est intangible mais elle perdure. En dépit de sa sporadicité, elle est cohérente et fidèle.

 

 

Jean-Baptiste Contine n’a pas la même fièvre voyageuse, mais il ne déroge pas au rituel dès qu’une tournée de conférencier le rapproche d’un édifice catholique, quel qu’il soit.

 

-          Une petite flamme pour Micky dans une chapelle triste en brique noire d’Eindhoven. Rien trouvé de mieux.

-          Une autre à la santé des neurones de JB sous les voûtes gothiques de Sint-Salvator de Bruges. Je sais mieux choisir…

 

-          (Une semaine plus tard) Une chandelle blanche chante pour toi sous le pilier des Anges de ND de Strasbourg. Belle cité. Beaucoup de juifs y vivent. Me traquent-ils? Je deviens parano!

 

-          Les Juifs d’Alsace sont aussi anciens et débonnaires que ceux de ton Corfou. Plus intellos peut-être. Pour toi, y aura pas de bûcher chez eux… Ici en Toscane oui, et de ma part: le feu vif d’un lumignon rouge dans une crypte de Santa Maria dei Servi de Sienne. Congrès ennuyeux d’héraldistes mais trois jours de soleil.

 

-          Cher JB, y a plus que 75 Juifs à Corfou! Ils sont débonnaires mais ont juré ma perte: je suis un renégat et un colégataire prodigue. Mes frères me retrouveront. Pas de bûcher, pas de veau gras non plus! Luc 15-23, ils connaissent pas… Demain retour à Massilia. Rebelote à ND-de-la-Garde. Une bougie kitsch néoclassique y plaidera pour le salut ton âme.

 

 

 

 

 

 

***

 

Ne l’ayant jamais vu, Jean-Baptiste ignore que Mikis, qui signe Micky, ressemble un peu à Frère Joyeuse, le redoutable tourier du Collège de l’Effeuille, mais en plus joyeux… Il s’était d’abord prénommé Mikaél. C’est un gros garçon de petite taille, aux bras courts en gigots, au pas qui dandine à cause d’une scoliose congénitale. Farouche et bègue, il a l’air idiot et le regard temporal des lièvres, car une enfance contraignante lui a appris à dissimuler son intelligence: les juifs de Corfou (ses parents, son «sandak» de parrain, les voisins, le rabbin…) l’avaient tenu longtemps tenu en lisière - comme s’il était frappé d’un mal sacré - circonscrivant ses déplacements à un quartier aux murs vénitiens sous une colline sinaïque. L’étouffant d’une affection plus symbolique que perceptible.

 

 

Au décès de son richissime pharmacien de père, Mikaél avait dix-neuf ans. Il hérita d’autant de lingots d’or que ses trois frères qui aussitôt lui imposèrent leur aile protectrice et collective, mais il parvint à s’évader en s’embarquant sur un ferry jusqu’à Corinthe pour y marcher sur les pas d’un autre Juif qui, comme lui, avait abandonné le judaïsme. Pour en devenir le plus illustre renégat: Paul de Tarse.

 

 

Ravis de convertir, deux mille ans après le fondateur du christianisme, une «brebis adulte», les popes du nome de Corinthe sommèrent Mikaél de se trouver un prénom moins hébraïque.

Le matin de son baptême, sur le site d’une église paléochrétienne, il opta pour Mikis, celui de son musicien préféré Theodorakis. Un compositeur révolutionnaire, un poète proscrit! Et cela en pleine dictature militaire. Mais il y avait tant de candeur et d’imploration dans la voix bredouillante du jeune Tyrrhénien que les prêtres orthodoxes validèrent son choix. Ils gagnèrent au change: il se révéla le plus efficace des domestiques pour les prévenir de visites incongrues et, accessoirement, astiquer le parquet marqueté de leurs monastères, dégraisser les bobèches de leurs bougeoirs en vermeil, ou arroser leurs jardins.

 

 

En moins d’un an, il en servit trois. Tous ignorèrent que, derrière un moellon amovible de l’appentis qu’ils lui concédaient, leur insignifiant marguillier cachait de l’or en barre. Un matériau dont il méconnaissait la valeur. Il le conservait ingénument, avec repentance filiale, telle une relique: son lien sentimental ultime avec les siens. Et avec les crépuscules de Corfou. Plus tard, il dira: «C’était l’or de mon papa, ç’aurait pu n’être que du plâtre dont il faisait des pansements pour les pieds. En secret, je pleurais sur cette besace en jute comme sur un doudou de bébé.»

 

 

Claudiquant entre lentisques à résine et jasmins blancs, Mikis récoltait par-ci des olives, ébourgeonnait par-là les rosiers, et ramassait des chenilles partout sauf sur les mûriers - car il avait du respect pour les tisserands du village qui, de haute lutte, avaient obtenu le droit d’y prélever des cocons. Cet exercice quotidien désankylosait ses jambes, aérait ses poumons et ouvrait peu à peu son cœur à un dieu nouveau qui, comme lui, avait été aussi un homme. Et un des plus humbles.

 

 

Deviendrait-il digne de ce Jésus-Christ? Oui, selon l’Evangile. Selon ce testament révolutionnaire et libérateur qui prétend prolonger l’ancien, mais en fait scandaleusement l’abroge! (Telle était du moins la conviction de Rabbi Abacco). Lisant énormément dans la bibliothèque des moines, Mikis commença plus modestement par s’identifier à ce saint Paul, qui l’émerveillait par ses exploits odysséens, par ses faiblesses corporelles surmontées.

Paul aussi, avait dû aussi gréciser son nom (Saulos, de l’hébreu Shaul) pour n’être pas rejeté par les Hellènes. Et puis il avait trahi les Juifs, ses frères, après avoir été le plus fanatique d’entre tous. Mais de sa trahison, il fit une grande et belle cause. Il eut l’insolence extraordinaire de la proclamer partout afin qu’elle devienne le socle de la religion la plus répandue au monde!

 

 

En novembre 1974, Mikis se trouvait en Epire quand la chute des colonels incita à la révolte des paysans contre l’archimandrite qu’il servait. Mgr Cyrille était un élégant barbu trentenaire à bec d’aigle. Sourire amer, tunique impeccablement amidonnée. Son coupé décapotable à plaques allemandes semait une terreur tonitruante dans les petites routes à chèvres. Averti à temps par sa hiérarchie, ce fringant dignitaire affréta un bateau battant pavillon espagnol, et quitta le port de Parga en pleine nuit, avec une palanquée de malles en cuir bourrées de soieries, une collection de céramiques cycladiques, plus un mélancolique valet de chambre aux cils de giton qui lui était très attaché. A bord du tramping, il y avait un autre garçon de dix-neuf ans, qui, lui, pensait avoir été embarqué par pitié à cause de ses infirmités.

Or Mikis le boiteux bègue, l’homme de peine niais aux yeux vides, avait été percé à jour: pour contenir la jacquerie des sériciculteurs insurgés de Karvunarion, il avait fait montre d’un peu trop de diplomatie… Le précautionneux archimandrite ne souhaitait aucunement livrer un témoin aussi sagace aux néo-démocrates qui allaient tantôt occuper son monastère.

 

 

Pour le jeune converti aux prières partagées, le début de la croisière fut horrible. Sa conscience, que le départ en trombe avait déjà brusquée, devenait aussi mouvementée que la mer ionienne dans la nuit d’hiver. Surtout après le passage de la côte septentrionale de l’îlot de Paxi, que peu d’encablures séparaient de la pointe sud de Corfou, où, par foucade et cynisme, son maître menaça de le larguer - car il connaissait ses antécédents familiaux.

Que le Père Cyrille fût tenaillé aussi par la peur, c’était dans l’ordre des choses - tout fuyard change ses manières, surtout quand le courage ne le gouverne pas. Mais cette circonstance opéra sur sa physionomie une transformation prompte, effrayante, qui acheva de déboussoler Mikis: les iris verts du pope se mirent à jaunir comme des feux Saint-Elme; sa barbe artistement taillée résista au vent; et son catogan d’apôtre d’icône aux bourrasques. Sa voix, cette voix de chantre, naguère onctueuse, apaisante, s’augmentait d’octaves en se métallisant… Tout tanguait sur le pont, sauf ce mutant cruel qui semblait défier les éléments.

 

Le despote libéra quand même son otage à Marseille avant que son bateau ne mette le cap sur Barcelone - où d’autres fugitifs grecs de son acabit l’attendaient.

 

En descendant l’échelle vers la navette, Mikis supplia encore l’homme de Dieu:

 

-          Votre bénédiction, Monseigneur Cyrille! Juste un signe de croix…

-          Non, Mikaél le Juif. Tu n’es que le descendant d’immondes crucificateurs. Juif tu es né, Juif tu restes.

 

 

***

 

Elle ne lui parut pas exagérément hospitalière, la noble terre de France, à l’heure prématitunale où Mikis y posa le pied pour la première fois! Il erra d’abord sur les docks bitumeux de la Joliette, entre pontons-grues, citernes et odeurs de naphte. Un pays d’entrepôts moites et noirs, qui ne lui rappelait en rien l’antique cité phocéenne de ses lectures. Ne parlant pas un seul mot de français, il ne se fia qu’à son flair de chercheur errant allant toujours à pied, comme tout fils de Sem. Et c’est ainsi qu’il aboutit dans les venelles en lacets, glaciales mais ensoleillées, de l’adret du Vieux-Port.

 

Au premier soir, il trouva refuge, rue du Panier, chez un curé défroqué. Un homme de belle miséricorde, un chrétien débarrassé de contraintes chrétiennes – donc d’autant plus doux, malgré ses yeux sans bonté. Mais un chrétien malgré tout. Par bonheur, cet échalas aux sourcils de chien-loup comprenait l’italien, car son épouse, une hispano-mauresque vaillamment hanchée, était Sicilienne. Excellente cuisinière, Madama Maria connaissait aussi la cuisine des langues et des nuances dialectiques. Une Méditerranée à elle toute seule, enchantée de truchementer comme une philologue salonarde, tout en hachant ail, échalotes et persil plat. Et en chassant le chat de la planche aux viandes.

 

Mis en confiance par leur chauffage central et par un haricot de mouton engageant, Mikis narra son inénarrable aventure avec lyrisme, pleurant souvent, à cause du vin, s’esclaffant aussi, nerveusement. Il évoqua son évasion de Corfou, son reniement douloureux de la Synagogue. Et puis les vents crayeux qui balayaient le seuil de la petite église corinthienne où il fut christianisé par un prélat grec; sa tendresse inespérée pour Jésus; sa terreur de saint Paul; ses joies de servir des popes bienveillants - pourtant à la solde de dictateurs exsangues. A l’épisode de la métamorphose du Père Cyrille sur le navire, le couple s’amusa ostensiblement. Mikis, lui, repleura, mangea comme un ogre, puis ronfla comme deux autres dans la chambre proprette qu’on lui avait préparée à l’étage, et dont la fenêtre donnait sur la coupole romano-byzantine de la Major.

 

Il était près de midi, le lendemain, quand il l’ouvrit pour s’emplir les poumons de l’air millénaire de Marseille - macédoine de parfums jaunes, effluves romarinés, cris de poissardes vraies. Toutes les odeurs helléniques de sa jeunesse y macéraient en brouet capiteux, malgré la fraîcheur de novembre. Le calendrier y ajoutait la feuille de l’arbousier, l’orange, la busserole, la mandarine de Noël. Le fond de saveur marine s’édulcorait déjà de la cannelle pâtissière de l’Avent. «Ici, je suis en terre catholique, il paraît que les cires d’église y sont de meilleure qualité. Encore un nouveau monde! Encore des peurs à conjurer sans en avoir l’air»…

 

Levés tôt, ses hôtes lui avaient préparé dans un panier d’osier des biscottes, de la confiture de figues à la mode d’Agrigente, un thermos de café brûlant. Plus une enveloppe chargée d’une cinquantaine de francs, en petits billets et en monnaie française:

 

«Mon mari et moi serons absents jusqu’à 13 heures. Voilà un peu d’argent pour un tour en ville. Après nous mangerons du poisson avec des frites épaisses comme chez vous en Grèce. S’il vous plaît Monsieur Mikis, en sortant n’appuyez pas trop fort sur la poignée de la porte. Elle est ancienne et fragile, nous l’aimons beaucoup, merci. Merci surtout pour vos belles histoires d’hier soir. Elles nous ont rappelé notre défunt fils: mon Carlito savait lui aussi raconter des choses tristes mais parfois drôles. A tout à l’heure. Maria.»

 

 

Comment se dédouaner de l’hospitalité de tels gens? Mikis eut la mauvaise idée de leur demander une place de domestique. Les soins du ménage, le blanchissage, le maniement de l’encaustique, après tout, ça le connaissait. Mais l’offre fut rejetée par la femme du prêtre, trop jalouse de ses balais, chiffons et rituels d’hygiène. De guerre lasse, il posa sur la table de leur cuisine aux persiennes bleues sa ligature de lingots, qu’il n’avait montrée à personne auparavant, et dont l’éclat parut surréel à lui aussi – n’ayant jamais eu l’idée de les extraire de leur poche pour les admirer, ou les compter. A la réaction effrayée de ses bienfaiteurs, il comprit en un quart de seconde qu’ils étaient en droit de le tenir pour un voleur recherché, un imposteur, un maître chanteur peut-être…

 

-          Non, Padre, non, cara Madama, ce trésor je ne l’ai pas volé, c’est l’héritage dont je vous ai parlé… Chez les Juifs de mon quartier, ça se distribuait comme ça, il fallait que ce soit brillant pour être vrai, comme l’or du saint des saints du vieux temple de Jérusalem. Mais c’est terriblement pesant dans les bagages d’un homme en cavale, et plus pesant encore dans la conscience d’un héritier qui ne sait qu’en faire. Pour l’amour du Christ, aidez-moi à m’en débarrasser. Prenez-le, gardez-le, distribuez-le. Il me porte malheur. Mais le sac en tissu, lui, je le garde, car il a conservé l’odeur de la pharmacie juive de mon père.

 

Balayant leur suspicion, ses hôtes marseillais accueillirent cette fois Mikis comme un fils, le régularisèrent à la mairie, s’engagèrent à lui enseigner le meilleur français et lui trouvèrent un emploi honorable chez un électricien maghrébin de Belzunce. Mais un Juif! Quant à son or dont il ne voulait plus, ils le placèrent dans une banque de leur quartier afin qu’il pût en jouir après leurs morts.

 

Celles-ci advinrent en 1985, puis en 1987. Au printemps de cette année-là, au cimetière de Saint-Pierre, il prit soin d’inhumer Maria aux côtés de son mari et de son fils Charles-Hector, tué accidentellement en 1972.

 

Non, pour ce couple désintéressé, Mikis n’était pas devenu un enfant de substitution. Treize ans plus tôt, ils l’avaient arraché à des déboires compliqués; ils l’avaient presque adopté, mais sans lui intimer une règle de comportement affectif. Sans jamais lui parler non plus de leur pauvre garçon, dont il ne devait découvrir des photographies (cachées, quasi sous scellés) qu’après le décès de Maria, en débarrassant l’appartement de la rue du Panier, dont le vieux chat avait décampé.

 

-          Des gens exemplaires, des Justes comme on dit chez les Juifs. Mais ceux-là n’ont pas voulu laisser la moindre trace de leur charité. Ils étaient fâchés avec les honneurs.

 

Du coup, il repensa un peu différemment à la devise de leur ville:

 

Actibus immensis urbs fulget Massiliensis («Tout l’éclat de Marseille est fait d’actes grandioses»)

 

 

 

 

 

 

 

 

***

 

A la mi-décembre de 2002, Mikis réalisa son vœu le plus cher en débarquant en Terre sainte, avec un passeport européen. Jusqu’alors, il avait sillonné en long et en large le Vieux-Continent, pour commercialiser un nouveau modèle de transducteur électroacoustique (et accessoirement allumer des cires votives dans les églises…). Mais cette fois, renonçant aux affaires, il se moulait résolument dans la silhouette du touriste godiche ordinaire. Il fut singulièrement ému en foulant pour la première fois l’humus d’Israël. «Celui de mes ancêtres (Ha-shana ha-ba’a bi yrushalaïm!). Mais aussi un limon gaufré par le chanvre des semelles de Notre-Seigneur-Jésus-Christ, quand il se mit en chemin vers sa mort à Golgotha. A 33 ans! Moi qui en ai 47, l’envie de mourir pour sauver le monde n’est pas mon truc, et je ne tremble plus d’être traqué des frères corfiotes m’accusant de trahison. Ils doivent être vieux maintenant.»

Les douaniers de l’aéroport Ben-Gourion le fichèrent comme un chrétien ordinaire en pèlerinage. A l’extérieur, un car rempli de dévots français l’attendait.

 

Le circuit commença par la Galilée. Le soir tombant derrière les vitres de sa chambre d’hôtel, à Nazareth, Mikis griffonna ces mots navrés sur une feuille volante:

 

«Il n’y a plus une seule trace du Christ en Terre sainte. Elle n’est plus sainte, la Terre sainte! Le lac de Tibériade est ceinturé par une route moderne. Ses seules rives praticables sont blindées d’installations laides et tapageuses, destinées au tourisme de la chrétienté – le pire de tous. Ce qui devait rester le milieu du monde est à présent un creux sans vie, une zone sinistrée, un trou noir de science-fiction. Une antimatière qui voudrait renier Dieu. Mais il me suffit de fermer les yeux, de m’imaginer ailleurs, pour que mon Christ aimé, et qui m’aime tant, resplendisse. Non pas comme une preuve, (car il échappe à toute science) mais un sentiment.»

 

Après un Noël maussade à Bethléem, qui embaumait la poudre à fusil, Mikis et son groupe se retrouvèrent au matin du 27 décembre à Jérusalem. Dans cet amalgame de chapelles, prétendument œcuménique, et qui surplombe, ou plutôt plombe, le tombeau de Jésus. Il y frôla d’abord la tunique empesée de popes orthodoxes – sinistre souvenir de Grèce continentale. L’arrivée soudaine d’autres prêtres - latins, ou syriaques, ou arméniens – ne le réconforta pas longtemps, car tous ces dignitaires se mirent à se voler dans les plumes, à se battre comme des chiffonniers, deux jours seulement après la Nativité.

 

Il quitta ce temple de discorde sur la pointe des pieds, après y avoir quand même allumé une bougie.

C’est alors, sous le bleu hivernal du ciel de Judée, qu’il envoya son SMS à Jean-Baptiste Contine, son cher JB:

 

-          Baisers de Jérusalem. Une lanterne brille pour toi dans l’église du Saint-Sépulcre. Micky

 

Relevant ses yeux de son portable, il se vit cerné par trois gaillards vigoureux aux yeux de braise et une fille blonde, de beauté sévère. C’étaient ses neveux de Corfou, et une nièce dont il ignorait l’existence.

 

 

-          Nous avons fini par vous retrouver, Thié Mikaél, fit-elle. Qu’allons-nous faire de vous?

 

(«Et moi de moi?» qu’il s’est demandé en suivant le peloton. «Me mettre à trembler, à l’exemple de Jésus? Excellente solution, car ne pas avoir peur de mourir ne veut pas dire ne plus avoir envie de vivre.»)