10/02/2009

Kaenel prolonge la vie des objets

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L’archéologie, comme toutes les sciences du passé, a le vent en poupe. Et ce n’est pas seulement à cause d’Indiana Jones. «Sans patrimoine, on est déraciné. A Saint-Denis, dans la banlieue parisienne, j’ai vu des habitants d’origine subsaharienne affluer par centaines sur un chantier de fouilles médiévales, même un dimanche matin! Ils ont besoin de se rapproprier un passé.» Gilbert Kaenel observe des phénomènes similaires en Suisse. Voilà vingt-quatre ans qu’au palais de Rumine, il s’emploie – avec une douzaine de collaborateurs qualifiés – à répondre au vœu légitime du contribuable vaudois: une meilleure lecture de son passé. Et celle-ci passe par les objets.

La fonction du Musée d’archéologie et d’histoire de Lausanne n’est pas que de mettre en vitrine des amphores, des tessons, des outils ou des crânes millénaires. Elle est surtout de les stocker et les analyser, servant ainsi de relais aux recherches commandées par l’Archéologie cantonale. Depuis une quarantaine d’années, de plus en plus de fouilles sont favorisées par des développements ferroviaires et autoroutiers. Les objets affluent par centaines de milliers. La découverte, il y a deux ans, d’un important gisement de bronzes et de céramiques celtes au Mormont a réjoui les historiens, puis fourni à Kaenel et son équipe un long et minutieux travail  d’étude et de restauration. De conservation aussi. La «soute aux soins intensifs du paquebot Rumine», comme il l’appelle, serait aujourd’hui insuffisante sans l’aménagement en 1997 du DABC de Lucens, le dépôt des biens culturels du canton.

Ainsi, l’espace visitable du musée n’est que la partie visible d’un iceberg: «Notre but est de prolonger la vie de ces témoignages du passé. De préparer aussi une base de recherche échantillonnée complète, pour les analystes de demain. Ils seront techniquement mieux outillés qu’à présent et les verront encore différemment. Voyez le progrès du regard archéologique depuis la découverte de l’ADN, ou la reconstitution par l’électronique d’un temple en 3D…»

 

 

Gilbert Kaenel, que ses amis d’uni ou de bistrot surnomment «Auguste», est une majestueuse armoire d’un mètre nonante, avec une barbe jupitérienne noire et des dents éclatantes. Enfant de protestants - son père, Jean-Louis Kaenel, a été conservateur de l’Abbatiale de Payerne - il étudie chez les catholiques de Saint-Michel, à Fribourg. A quinze ans, il s’enflamme pour le latin. Il rêve aussi d’Egypte antique (où plus tard il se rendra en explorateur de monastères coptes). « Mais aux pierres égyptiennes, j’ai fini par préférer celles de l’Europe et de la Suisse, en participant très jeunes aux fouilles d’Ogens et de Baulmes, des sites qui remontent à 7000 ans avant J.-C.»

Quand il s’inscrit en 1967 à la Faculté des lettres de Lausanne, on n’y parle pas encore d’ADN et les cours d’histoire sont donnés dans le bâtiment de l’Ancienne académie, où l’archéologie n’est encore qu’une option. «En ce temps-là, il n’y avait presque pas d’archéologues en Suisse». Gilbert Kaenel s’y spécialisera d’abord en prospection de vestiges romains à Avenches, puis, plus passionnément, dans l’étude de la civilisation celtique de la Tène, liée au deuxième âge du fer, celle qui débute vers l’an 450 avant notre ère. Devenu boursier du Fonds national de la recherche, il se perfectionne à Tübingen et Marbourg, en Allemagne, après quoi il parcourt toute l’Europe d’«avant la chute du mur de Berlin». Depuis, la carte politique de l’Europe a pas mal changé, mais pas celle de son histoire antique.

Parallèlement à sa besogne muséale, Gilbert Kaenel continue de voyager: conférences à Prague, Stuttgart, Rennes, Dijon, au Collège de France, et jusqu’en Australie. Auteur de publications innombrables, il a été professeur à Berne, il l’est actuellement à l’Université de Genève.  

Et il trouve quand même le temps de fréquenter les plus belles pintes et auberges de Lausanne! Car sa notion de patrimoine s’élargit à celles des saveurs et de la convivialité.

www.mcah.ch

 

 

 

BIO

 

1949

Naît à Payerne. Son père a été conservateur de l’Abbatiale. Son frère Philippe deviendra historien d’art.

 

1967

 Après une scolarité au Collège Saint-Michel, de Fribourg, étudie l’archéologie à Lausanne.

 

1972

 Son mémoire de licence porte sur les céramiques romaines d’Avenches.

 

1978

Reçoit une bourse du Fonds national de la recherche: durant trois, il arpente les universités, sites et musées de toute l’Europe, pour des recherches sur les sépultures de la période de La Tène en Suisse occidentale. Objet de sa thèse de doctorat.

 

1981

Sa compagne Vreni met au monde sa fille Céline. Florian verra le jour en 1984.

 

1985

Nommé directeur du Musée d’archéologie et d’histoire.

 

2001

Devient président du Centre archéologique européen de Bibracte.

 

 

(Cet article a paru dans 24 heures, le vendredi 30 janvier 2009.)

10:12 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

M.Kaenel pourrait nous écrire quelque chose sur la civilisation celtique de la Tène ? Merci d'avance.

Écrit par : Calu Schwab | 12/02/2009

M. Kaenel pourrait nous écrire sur la civilisation celtique de la Tène...

Écrit par : Calu Schwab | 12/02/2009

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