13/03/2009

Jean-Pierre Pastori, un homme de plume à Chillon

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Il aura 60 ans en septembre, mais qui l’eût cru? Jean-Pierre Pastori soigne sa mise - option sobre et classique. Sa forme aussi: gymnastique trois fois par semaine dans un institut montreusien, ski, vélo natation. Le chroniqueur chorégraphique de notre journal (il y est régulier depuis vingt ans) avance droit comme un piquet, la tête haute à la patricienne. Ou comme ces danseurs étoiles qu’il interviewe souvent, dont il sait tout sans en être un. Une tête à galbe voltairien, sauf le nez qui est celui de Maurice Ravel. Pour compléter sa ressemblance avec ces deux caractères éminemment français, on dira qu’il s’apparente au philosophe de Ferney par un grain de causticité, de la fraîche matoiserie et un goût de la réponse élusive – celle qui en dit plus. Du second, il a cette capacité d’émerveillement qui charma les chorégraphes russes du début du XXe siècle, dont il narrera l’extraordinaire aventure, passant par Lausanne, dans un livre sur le point de paraître chez Favre.

Or il n’est pas un aristo, même s’il a hérité récemment de la gouvernance du château de Pierre II de Savoie, Chillon, le monument historique le plus visité de Suisse (320 000 visiteurs par an) et dont il entend raviver encore les attraits. En simple serviteur du patrimoine.

 

Lausannois, de souche bellerine, Jean-Pierre Pastori passe son enfance à l’avenue Vuillemin, qui surplombe en zigzags escarpés le vieux quartier de la Barre. Fils d’un calme fonctionnaire, il lui reste reconnaissant de l’avoir inscrit à l’Ecole catholique du Valentin. «Un bon passage pour moi; on y était tenu. Je reste très catholique dans l’âme.» A Vuillemin, la voix du guet de la cathédrale se réverbère depuis des siècles. Elle lui insuffle la passion de l’histoire vaudoise – au collège, il rédigera une composition remarquée sur l’évêque-poète Aymon de Montfalcon. Mais aussi du journalisme: il a 17 ans quand notre quotidien publie son premier article sur le vigile de la Cité, qui fera aussi l’objet de sa première émission à la TSR.

Dès lors, c’est sa corde journalistique qui vibre le plus en lui. Parallèlement à des études de sciences po, il écrit dans journaux et magazines. A la Radio romande, où il accomplira son stage après sa licence, il collabore avec un Raymond Colbert, un Michel Dénériaz. Une fois homologué par la profession, il se voue à délibérément à l’info nationale, sans pour autant renier les riches leçons de l’animation et des variétés.

Mais il est vite pris par le démon de l’indépendance. Un génie qui ne le quitte plus, même durant la décennie où il est au timon de la Télévision de la région lausannoise (TVRL). Patron de 18 salariés, il s’initie par devoir, en 2005, aux subtilités du marketing, du management et de leadership. Ce bagage lui est désormais utile à la gestion du château de Chillon. Avec ses actuels collaborateurs, il y battra le fer comme jamais auparavant: le 30 mars, on y inaugure un nouveau parcours de visite. Le précédent remontant à 1920! Suivront des projets musicaux et artistiques, auxquels Pastori mettra à profit ses multiples expériences de commissaire d’exposition ou d’organisateur de spectacle.

Et la danse? Il y est venu par hasard, sans jamais danser lui-même («ou alors juste pour comprendre»), grâce encore à un mentor de la RSR, Antoine Livio, qui le présenta à des pointures internationales. «Livio se cantonnant à Paris, il laissait en Suisse un créneau peu exploité. Je m’y suis mis, j’y ai pris goût.»

En se spécialisant dans la chronique chorégraphique, Jean-Pierre Pastori s’y distingue par un style enjoué et raffiné dans les journaux. Mais surtout dans une vingtaine de livres qui font autorité aussi en France. Après celui qu’il consacrera au centenaire des Ballets russes et leur reconstitution par Serge Diaghilev à Lausanne, il annonce déjà une monographie exhaustive sur Serge Lifar, qui y mourut en 1986, et pour laquelle il a bûché pendant cinq ans.

C’est un bûcheur forcené, Pastori, qui emporte son ordi même en vacances. Sa solitude le lui permet. Non, pas la solitude, corrige-t-il, le célibat. «Mon amour de l’indépendance!»

 

Vvv.chillon.ch

 

Renaissance des Ballets russes, Editions Favre, parution le 20 mars.

 

  

 

BIO:

 

1949

Naît à Lausanne. Enfance dans le quartier de la Barre.

 

1967

Lycéen au Gymnase de la Cité, il publie son premier article à la Feuille d’Avis de Lausanne (qui deviendra 24 heures) et réalise sa première émission à la TSR.

 

1972

Licence en science-po à l’Unil, après trois ans durant lesquels il a beaucoup collaboré à la Radio romande, à la télévision. A 22 ans, il est déjà indépendant financièrement.

 

1981

Journaliste RP depuis sept ans, devient chef jusqu’en 1983 de la rubrique culturelle de La Tribune le Matin (à présent Le Matin).

 

1989

Chef de projet lors des 700 ans de la Confédération (spectacle dans les arènes d’Avenches).

 

1999

Directeur pendant dix ans de TVRL.

 

2008

Nommé à la direction du château de Chillon.

 

 

(Cet article a paru dans 24 heures le 12 mars 2009)

 

 

10:19 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)

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