15/04/2009

Grégoire Junod, une sève syndicale qui a la gagne

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Solon était un des Sept sages de la Grèce antique. De nos manuels scolaires, on retient qu’il fut un parangon de probité et de sensibilité civique. En traduisant ses Elégies quand il était collégien à Lausanne, l’actuel président du groupe socialiste au Grand Conseil vaudois avait-t-il fait sienne cette devise solonienne: Satiété engendre démesure? Les observateurs politiques qui aujourd’hui estiment Grégoire Junod diront que ça lui ressemble. Que les scores exceptionnels remportés en 2006 par le PS lausannois sous sa présidence furent le fruit d’une ligne de conduite intègre, constructrice, choisie à l’adolescence. Ses lointains camarades de Villamont le pensent aussi - même s’il se mit à fréquenter des aînés plus sérieux, à préférer Gainsbourg, la musique classique, aux tintouins technos ou déjà rap qui faisaient le bonheur de leur génération. «Grégoire nous en imposait par un style de «vieux», raconte sans malveillance une de ses amies. Il ne réagissait pas au quart de tour, déjà il analysait. Son humour était cérébral et pudique. Mais il ne nous a jamais quittés. Il refait parfois la foire avec nous.»

 

Grand, élancé, des yeux d’onyx, un front de statue athénienne. Les interventions de Junod au Conseil communal de Lausanne étaient écoutées par tous les partis. Une performance rare dans le clan socialiste, et qu’il renouvelle depuis deux ans au Parlement vaudois: «Au Grand Conseil, le débat est plus important car on y discute de lois. Il peut devenir ennuyeux lorsque tout le monde s’entend trop vite.» L’homme préfère la controverse à fleurets mouchetés. Un héritage probable de son père, l’éminent théologien Eric Junod qui fut recteur de l’UNIL de 1995 à à 1999 – et contre lequel il eut le cran loyal de manifester, lors d’une révolte estudiantine. Un legs plus certain de son camarade de parti Pierre-Yves Maillard, son aîné de six ans, un modèle avoué.

S’il est un orateur considéré, Grégoire Junod avoue que ses laïus sont sans éclat et ternes: «Ado, j’avais eu du plaisir à m’initier au théâtre, chez Gérard Diggelmann. En politique, c’est différent. Je suis d’un naturel réservé, trop  protestant peut-être. J’aime approfondir, creuser les dossiers, faire des propositions. Mon expérience de syndicaliste m’a inculqué le goût pour la recherche sur le terrain. Pour la solution.» 

 

A l’apéro rituel du samedi au Petit-Central, l’austère tribun se déguinde et devient le plus chaleureux des convives. A ses côtés, il y a son épouse la sénatrice Géraldine Savary, qui fut sa devancière à la présidence du PSL, plus des amis de leur parti, mais aussi de cordiaux adversaires. Voire des journalistes qui lui reprochent d’être une serrure. Soit un ennemi implacable de l’ébruitement politique. Cette réputation exagérée le fait sourire: «La presse a besoin de nous, et nous, les politiques avons besoin d’elle. Tout est affaire de style.» Autant il ne lui divulguera jamais une info, même bénigne, nouée au secret de l’Etat, autant il ne cachera rien sa vie privée la plus intime, du moment que son mandat de député la rend publique, d’intérêt général: en 2003, Grégoire Junod est foudroyé par la leucémie en même temps qu’il apprend que sa compagne est enceinte. Ce cancer-là est cruel, mais il est un des seuls qui promet encore la rémission.  Durant de longs mois, le cénacle de la Palud souffrira de l’absence de ce conseiller communal unanimement apprécié. Mais il pourra y revenir peu à peu, enhardi par l’amour de son bébé Alice, par sa confiance en la médecine, et par une envie de se battre qui l’étreint depuis ses 18 ans. Depuis le jour où il s’inscrivit de son propre chef aux Jeunesses socialistes.

«De cette maladie, il me reste une cicatrice quand même.» (Le spectre d’une rechute). Elle s’effacera avec le temps. Pour les leucémiques, les oncologues avisés parlent d’une barrière de cinq ans. Faites le compte depuis 2003: on y est. Quand on a une âme de telle trempe chevillée au corps, «c’est le mental qui fait la différence,  la gagne», disait Françoise Giroud. Nul ne doute que Grégoire Junod siégera un jour dans un Exécutif.

 

 

BIO:

 

 

 

1975. De souche neuchâteloise, il naît à Genève. Jusqu’en 1981, il vit à Strasbourg ou son père, futur recteur de l’Unil est chercheur pour le CNRS. Enfance lausannoise à la Pontaise.

 

1993. Entre en politique: jeunesses socialistes.

 

1994. Gymnase de la Cité, après des études latin-grec à Villamont .

 

1997. Secrétaire du PSL, il entre au Conseil communal de Lausanne l’année suivante.

 

2001. Sa licence en histoire porte sur la stratégie publicitaire de Nestlé durant l’entre-deux-guerres. Début de son expérience syndicale.

 

2004. Assure la prédidence du PSL, jusqu’en mars 2008.

 

2006. Epouse Géraldine Savary en Arbois. Leur fille Alice a deux ans.

 

2007. Député au Grand Conseil, il devient président du groupe socialiste en janvier 2008.

 

10:11 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)

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