03/05/2009

L’île de Peilz: mystères et boules de guano

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Enfants, une brique d’argile dans une flaque de pluie sous la gouttière suffisait pour nous enflammer de rêves robinsonniens ou de corsaires. On la baptisait Ile de la Tortue, et on y faisait voile en soufflant sur une armada de vaisseaux-cocottes.

A dix-sept ans, nous affrétions moins belliqueusement une barque ou un pédalo (avec sandwichs, guitare sèche & limonade) pour cingler vers l’île de Peilz, au large de Villeneuve.

A quatre encablures du rivage, c’est la plus éloignée des six ou sept que compterait le Léman. Avec ses 40 m2, elle est la plus petite, mais un platane géant - planté en 1851, avec deux autres qui ont disparu – l’isole en lumière. D’autant plus qu’il est blanc par toute saison: même en été ses ramures sont comme chapelurées. Au cœur de la baie bleue des Grangettes, on jurerait une meringue vanillée. Hélas, dès l’accostage (opération risquée, car les branches du platane avancent à fleur d’eau et forment une barrière circulaire) la métaphore s’étiole: l’arbre n’est pas blanchi par de la chapelure pâtissière mais par la fiente granulée de cormorans qui s’y soulagent depuis des lustres. Et en commensalité avec une population d’araignées! De près, l’îlet semble asphyxié, moribond.

 

Il n’existe que pour être admiré de loin – un trompe-l’œil de théâtre romantique, l’aiguillon de fantasmagories populaires. Ce n’était qu’un haut-fond moussu quand Lord Byron l’avisa en 1816: «Il y avait une petite île qui semblait me sourire, à peine paraissait-elle plus grande que ma cellule», fait-il dire à son prisonnier de Chillon. Ce fragment poétique allait inspirer aux autochtones une légende mettant en scène un autre Anglais qui se noya dans le Léman, laissant une jeune veuve éplorée. C’est elle qui aurait érigé ce récif en mausolée.

La fascination des Vaudois pour l’Angleterre s’enflant davantage, d’aucuns prétendirent qu’il fut offert vers 1900 par le Conseil fédéral à la reine Victoria. La fable persiste: l’île de Peilz appartiendrait aujourd’hui encore aux Windsor...

 

Elle est notre Sainte-Hélène à nous.

 

 

Commentaires

On ne peut donc pas aller piqueniquer à l'ombre du platane!?

Écrit par : cmj | 06/05/2009

Non je crois que c'est impossible d'aller pique-niquer.

Écrit par : ile de ré | 08/09/2011

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