08/06/2009

Les catholiques vaudois privés de clocher

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180 ans avant la polémique des minarets, l’église du Valentin fut autorisée à contrecœur...

1829. C’est le 4 avril de cette année-là que fut scellé le destin de notre basilique du Valentin. Le Conseil d’Etat vaudois approuva les plans d’un édifice à Lausanne, destiné au culte catholique à nouveau habilitée après trois siècles de prohibition. Or aux termes d’une loi votée en 1810 par les jeunes autorités du canton, «sur l'exercice de l'une des deux Religions, dans une Commune où cette Religion n'est pas actuellement établie» (sic), il devait être sans clocher, et sans aucun signe extérieur indiquant sa destination.

Ainsi, la première église romaine apostolique accréditée du chef-lieu depuis la Réforme ne devait pas ressembler à une église… Cette loi hybride,  libérale et restrictive - appliquée aussi en d’autres villes : Nyon, Morges, Yverdon, etc. – resta en vigueur jusqu’en 1970! Une loi boiteuse: en 1935, l’architecte Fernand Dumas, en agrandissant l’œuvre de son prédécesseur Henri Perregaux, édifia sans être inquiété un clocher de trente-deux mètres de haut.

S’élevant en retrait de la Riponne, c’est cette espèce de campanile parallélépipédique qui culmine à l’est du péristyle à colonnade et surplombe un embranchement de ruelles anciennes. Le clocher est sans majesté, un peu balourd. Trente-six arcades l’ajourent sous un faîtage plat surmonté d’une croix. Une croix latine - symbole proscrit des temples - et dans le ciel de la cité de l’étincelant et intransigeant  réformateur Pierre Viret! A la nuit tombante, elle s’allume de bleu et sert de veilleuse aux noctambules, aux égarés, aux sans-abri. On la voit même de l’esplanade de la Cathédrale, l’ex-Notre Dame de Lausanne, fief protestant depuis 1536, où la liturgie romaine est généralement mal accueillie.

Un défi papiste, ce clocher crucifère? Nul n’y croit: en Suisse, l’œcuménisme est bien implanté - en dépit de remous idéologiques récents dont l’épicentre est le Vatican. En 1992, sous Jean-Paul II, le Valentin fut consacré basilique, mais personne ne songea à une malédiction lorsque des portions du clocher se détachèrent, menaçant de tomber sur le trottoir du Pré-du Marché; révélant une pathologie du béton armé et des armatures insuffisamment recouvertes. Il fallait aussi restaurer ses cinq cloches – un cadeau du professeur Placide Nicod, oncle de Bernard. Bons princes à leur tour, les édiles de Lausanne octroyèrent en 2006 une subvention de 800 000 francs. Depuis, le «minaret des papistes» a une nouvelle jeunesse. Précision: aujourd’hui, à Lausanne, les contribuables catholiques (48 000 âmes) sont plus nombreux que les protestants (35 000). Et le temps est révolu où, pour la gouaillerie et la rime facile, on les traitait de «vieilles bourriques »…

 

L’héritage d’une baronne

 

Mais remontons dans l’ancien temps. En 1536, l’envahisseur bernois abolit la messe dans le Pays de Vaud, sauf dans dix communes de l’actuel district d’Echallens. Pas à Lausanne, ancien siège épiscopal. Le dimanche, les catholiques de passage prennent la diligence pour Assens. Cette règle durera 250 ans, jusqu’à la Révolution française et aux heures de la Terreur. Parmi les aristocrates qui se réfugient dans la capitale vaudoise, il y a une baronne d’Olcah. Elle arrive de Nancy avec des intentions de charité, mais laisse flotter un mystère sur ses origines. Dans la maison qu’elle loue dans le faubourg d’Etraz, elle aménage une chapelle où tous les catholiques en exil viennent entendre la messe. Berne se montre débonnaire envers elle. En 1798, elle tire parti de l’euphorie de l’indépendance vaudoise pour convaincre les nouvelles autorités de créer un lieu de culte enfin décent pour les catholiques de la ville. Le premier qui leur est accordé, en 1814, est l’église Saint-Etienne, rue de la Mercerie, ouverte aussi à d’autres confessions. En agonisant l’année d’après, à 61 ans, Marie-Eléonore d’Olcah fait brûler des papiers révélant ses origines princières et lègue sa fortune à l’église romaine de Lausanne ressuscitée.

 Son portrait est conservé à la cure de l’église Notre-Dame.

 

Celle-ci devait être édifiée rue de l’Université, or en septembre 1831 des pluies torrentielles et meurtrières la condamnèrent à être déplacée vers un terrain moins érosif en aval. Le choix fut porté sur un vieux pré Vallentin (rien à voir avec le saint des amoureux…), pour le rachat duquel des subsides affluèrent de toute l’Europe. La première façade de l’architecte Perregaux plut beaucoup à son auteur. Pas à notre écrivain cantonal Juste Olivier qui la trouvait moche. Elle lui faisait l’«effet d’un grenier».

Le clocher qui depuis la flanque n’évoque-t-il pas un silo?

 

10:22 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Faut-il faire autant de "foin" pour les minarets, au vu de cette histoire de clochers.

Ces évènements à l'époque ont bouleversé toute une population et aujourd'hui ils relèvent plus du folklore que d'autre chose.

Écrit par : oceane | 08/06/2009

oui, je pense comme océane, pourquoi déjà avoir peur des minarets? Les cloches du Valentin sonnent très fort, et des locataires ont déménagé, quel bruit fait le muezzin qui, comme les cloches, appelle à la prière?

Écrit par : cmj | 08/06/2009

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