02/07/2009

Cette mythologie du tabac qui va tantôt s’évaporer

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On ne fumera plus dans les bistrots du canton de Vaud, dès le premier septembre. Le fumeur forcené que je suis trouve que c’est une très bonne chose: je me soucie davantage de la santé des autres humains que de la mienne.

En d’autres termes, je continuerai de tirer sur mes clopes et je ne retournerai plus au bistrot. Les cafés enfumés, les bars irrespirables, les brasseries à buée grise, ça deviendra du passé ; ça restera gravé en mon cœur comme un vieux souvenir de libertés un peu malsaines, mais oh si délicieuses: se faire volontairement du mal aura été une gageure impardonnable, mais irrésistible...

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Pour réfréner cette nostalgie maudite,  trop suave (salée et cendrée itou…), je me permets de republier les considérations d’un de mes invités philologues, le très érudit Genevois Olivier Schopfer, dont je n’ai hélas plus de nouvelles depuis longtemps.

En janvier 2008, dans mon blog, il égrenait le vocabulaire de la vieille tabagie française, et analysait ses influences rhétoriques sur nos bavardages ordinaires:

 

1/« Passer à tabac: frapper quelqu’un avec violence et de manière répétitive. Le «tabac» en question est à comprendre dans le sens d’une «série de coups». Ce mot vient du verbe «tabasser», un synonyme familier de «frapper». Logiquement il aurait dû s’écrire «tabas», mais un «c» est venu remplacer le prévisible «s». Et cela crée naturellement une confusion avec le «tabac» que l’on fume, mot qui vient de l’espagnol «tabaco».

«Passer à tabac» possède une origine historique.
Cette origine est controversée parce qu’elle joue sur les deux sens du mot «tabac» et qu’elle augmente ainsi la confusion.

Au 19ème siècle,  le chef de la brigade de sûreté de la police parisienne était un certain François Vidocq.
Les aventures de ce bagnard devenu policier ont été racontées à la télévision dans les années 70.
Les inspecteurs de cette brigade avaient mauvaise réputation. Selon les rumeurs qui circulaient à l’époque, ils n’hésitaient pas à aller jusqu’à frapper les suspects qu’ils interrogeaient pour leur faire avouer leurs crimes. Et lorsqu’un policier avait réussi à faire craquer un suspect de cette façon bien peu recommandable, l’histoire dit qu’on lui mettait discrètement dans la poche un paquet de tabac pour le féliciter. De là serait née l’expression «passer à tabac», qui aurait donné «tabasser».
Se baser sur l'étymologie du verbe me paraît plus fiable.
Au 13ème siècle, on disait «tabaster». Puis au 15ème siècle est apparu le mot «tabust» signifiant «bruit», «tumulte». «Tabaster» s’est alors transformé en «tabuster» : «frapper en faisant du bruit».
C’est au début du 19ème siècle que «tabuster» est finalement devenu «tabasser».
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2/ Un «coup de tabac» : dans le langage marin, orage violent et soudain.
L’expression met l’accent sur les vagues de la mer déchaînée qui cognent contre la coque du bateau.
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3/ «Faire un tabac »: avoir beaucoup de succès, en parlant généralement d’une pièce de théâtre.
Le «tabac» désigne les applaudissements qui retentissent à la fin d’une représentation. On peut aussi penser aux spectateurs qui tapent des pieds tout en applaudissant pour montrer leur enthousiasme.
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Vous voyez, tout cela n’a rien à voir avec la cigarette ! Des expressions à consommer sans modération, donc…
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OLIVIER SCHOPFER

 

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