08/07/2009

Sous les ombres du Jura, couve le feu de Pittet-K

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Dix ans après la mort de ce grand peintre tragique vaudois, la Galerie de Ballens* nous rappelle à la fulgurance de ses portraits, et à sa personnalité intimidante. Elles sont consignées dans un album d’impeccable facture qui raconte un destin artistique inhabituel dans notre contrée: Maurice Pittet-K qui en était issu l’aimait - trop puissamment peut-être – pour ses aubes indigo s’épanchant sur Juriens, ou pour des sortilèges qu’il détectait en sourcier dans les bois de Bretonnières. Il en faisait jaillir des figures et des regards meurtris, des tableaux rougis au rasoir qui effrayèrent.

Bertil Galland, qui est le contraire d’un Béotien, y a admiré «une vaste connaissance du pays et des hommes», mais aussi «une singulière dynamique du refus, à la limite de l’autodestruction». Bien senti: Pittet-K se détruisait lui-même en peignant.

-         Oui, Salem, je suis seul devant une glace grossissante. Je m’y tue et me retue.

Dans le même livre rétrospectif, Charles-Henri Favrod, qui l’avait exposé à l’Elysée, associe sa peinture à la photographie (autre alchimie spéculaire), car elle renvoie «la vie d’arrière en avant, en révélant la vie profonde.»

Et le sculpteur Laurent-Dominique Fontana, qui mêle ses travaux récents aux siens à Ballens, entend encore ses «terribles cris silencieux», et que ses toiles ont fixés comme des vertiges.

Pittet-K, écrit-il, «mourut presque oublié et solitaire, au pied de son escalier».

 

L’homme était intimidant, car à force de se mirer pour s’anéantir, il s’intimidait lui-même. Une musculature de taureau astrologique - celui qui charge, dans les imageries du zodiaque. Un front bosselé de prophète, des pupilles vibrantes et bleues comme l’âme du feu. Son accent vaudois était rocailleux, sa voix cendreuse. En peinture et dans la vie, il avait une préférence pour le lourd, le cru le gauchi. Pour la tache. Il vomissait la nuance. Un timide en somme, et qui s’aimait parfois, quand son «visage était un masque habité par quelqu’un d’autre ».

Galerie Edouard Roch, Ballens, jusqu’au 16 août 2009.

 

Commentaires

Habitant le même village que lui (Romainmôtier)je l'ai rencontré bien entendu au bistrot. Il est arrivé dans ce village en même temps que plusieurs artistes (peintre, sculpteur, comédien, journaliste) tous connus, sauf Maurice. Personne ne savait exactement ce qu'il faisait. Son épouse faisait les meilleurs gâteaux de la planète dans un petit tea-room. Maurice parlait très peu, écoutait beaucoup, mais rayonnait par sa présence, son abondante chevelure et son sourir nous captivait. Il parlait rarement de son travail et nous montrait encore moins ses toiles. Il a fallu qu'il disparaisse et qu'Edgar Roch, son ami-confident, créateur de la magnifique Galerie de Ballens, conserve quasiment tout son travail pour qu'aujourd'hui, le monde connaisse enfin ce grand artiste. Merci M. Roch et courez à Ballens.

Écrit par : Glayre | 12/07/2009

Peut on encore voir ses toiles à la galerie à Ballens ?Eugène a fait du football avec Maurice et nous étions très souvent à Romainmôtier pour manger les bons gâteaux , nous avons 2 œuvres de ce grand artiste
merci de nous renseigner
G et E Salzmann

Écrit par : Salzmann Eugène | 02/02/2014

Oui, je crois que plusieurs oeuvres de Pittet K se trouvent à Ballens. Mieux vaut lancer un coup de fil.

Écrit par : Gilbert Salem | 02/02/2014

Je possède une toile de Maurice exprimant, déjà en 964, ces "terribles cris silencieux" qui ont marqué Laurent-Dominique Fontana.

J'aimerais pouvoir la céder à quelqu'un qui sache les entendre et en comprendre le sens.

R.Rochat cp200 1012 Lausanne

Écrit par : Roger Rochat | 17/09/2014

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