24 Heures

29.07.2009

Se dessoiffer en «buvant» des pastèques

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Qu’elle tombe du ciel ou des montagnes; dans le bassin de la fontaine alcaline de Montreux ou dans l’évier en zinc de votre cuisine, l’eau potable est redevenue sacrée. Lustrale, comme aux temps bibliques. Depuis qu’elle a viré à l’or bleu, on n’ose plus la consommer insouciamment, même si elle ruisselle en abondance dans nos régions et que rien ne l’arrête - sinon une bonde de baignoire, le brise-jet d’un robinet. Ou ce scrupule chrétien de savoir qu’on vit dans un pays qu’elle privilégie exagérément: ailleurs elle se déroberait à plus d’un milliard d’individus…

Je reviens au mot robinet: son étymologie est médiévale et ovine. Un diminutif de Robin, surnom anthropomorphisé du mouton des fables – de même que Renart fut celui du goupil. L’expression «laisse pisser le mouton» (ou le mérinos) n’en est pas issue, mais il va sans dire que les incontinences de ce mouton-là en inox sont désormais plus surveillées qu’avant: on apprend à se laver différemment. A étancher sa soif en mangeant des pruneaux secs par exemple, comme les varappeurs de juillet. Ou en suçotant une poire beurré Giffard, une cuisse-madame, elle aussi fondante «à frémir» depuis Louis XIV. Leur prix est prohibitif? Détrompez-vous: une pleine corbeille de ces fruits historiques coûtera moins cher qu’une seule des nouvelles eaux minérales griffées Calvin Klein ou Swarowski, que prise tant l’actuelle génération de la jet-set internationale. Leurs flacons en cristal contiendraient de l’eau de pluie de Tasmanie! Pour en avoir goûté, je vous jure qu’elle est moins désaltérante que la craquante pastèque à carnation sanguine des supermarchés, composée à 92% d’eau.

On ne la mange pas, la pastèque, on la boit, et quelle fraîcheur immédiate dans une gorge desséchée! Une saveur exotique musicale, ravélienne et tzigane: elle tient du sirop d’orgeat et de la fragrance des fleurs du bergamotier.

Mais si vous êtes réfractaire à l’exotisme fruitier, gardez en bouche un abricot de nos vergers jusqu’à l’épuisement de son jus.

Il vous revigorera aussi.

 

26.07.2009

En revenant du Pont du Diable

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Aux antipodes des plages sablonneuses de Majorque et des oliveraies de Palma la gothique-mauresque, où j’ai passé quelques jours, le paysage abrupt, infiniment alpin et plus rauque des gorges de la Reuss peut dépayser tout autant.

J’en reviens avec des émotions liées au romantisme du XIXe siècle, mais aussi à des légendes que j’avais gobées à l’école sans vraiment les aimer, sans les comprendre, sans en apprécier le vrai mystère qui est ethnologique.

J’ai redécouvert, ébloui, le défilé des Schöllenen: la vallée de la Reuss a resserré ses parois de granit d’une manière si escarpée qu’il paraîtrait inconcevable d’y créer un passage. Le défi a pourtant été relevé au XIIIe siècle: une voie fut tracée puis, au fil des époques, améliorée peut-être au détriment de la somptuosité sauvage du site.

 

De cette beauté-là nous reste une légende locale qui s’est répandue dans toute la Suisse. Celle du pont du Diable, que d’ailleurs on jouait à chaque désembre dans mon école pulliérane au milieu des années soixante. Elle narre comment des Uranais malicieux signèrent un pacte avec Satan afin de jeter un pont sur l’infranchissable gorge. Un pacte bidon: le tribut devait être une âme humaine, mais ce fut un bouc qu’on livra…

 

Encore visibles de nos jours, les culées de la «Teufelsbrücke», aussi appelée «Stiebender Steg», ont été construites 1595. A l’époque, le pont ne présentait ni mains courantes ni balustrades. Le nom «Teufelsbrücke» apparut pour la première fois dans le récit de voyage d’un homme d’affaires bâlois Ryff.

L'ouvrage s’effondra le 2 août 1888 en sous l’effet d’un orage qui frappa pour toujours l’imagination des habitants des villages alentour. Leur magnifique région, trop haut juchée, les rendait méfiants de ce qu’on appelait en bas la «civilisation et ses progrès techniques».

 

Oh Diable, comme on a envie de leur ressembler!

 

21.07.2009

Les jouets naturels d’antan

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De certains, on dit qu’ils ont la «main verte» car les fleurs qu’ils touchent prospèrent et durent. D’autres ont la main «inventive»: en deux temps trois mouvements ils vous transforment une chaussette trouée en marionnette, ou adaptent le mécanisme d’une vieille mitrailleuse circulaire en un système d’arrosage automatique pour zones arides.

L’habileté manuelle s’apprend-elle à l’école? Les filles y cousent et tricotent – les garçons aussi désormais. Avec des ciseaux, de la colle et une boîte à œufs en polystyrène, ça échafaude un vaisseau spatial. A partir de tubes en PVC usagés de plomberie, ça fabrique des jumelles, voire des «pompes à lévitation» pour jouer à Harry Potter. Car l’exercice est foncièrement ludique.

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Le libraire lausannois Olivier Ducommun*, lui, a eu la main heureuse en diffusant en Suisse le travail illustré d’une ethnologue française, Christine Armengaud, qui a répertorié mille façons de créer un jouet au naturel. Soit en utilisant des plantes, des coquillages, des os de mouton. Elle rappelle qu’avant l’essor des Trente Glorieuses en 1945, et l’industrialisation des nounours et poupées Barbie, l’ingéniosité enfantine se développa dans les sous-bois et les vergers. L’aérodynamisme des samares membraneuses de l’érable valait bien celui de nos planeurs en modèle réduit. En soufflant - comme la dame du Larousse - sur les akènes du pissenlit, on préfigura la guerre des étoiles. Un stipe d’angélique se métamorphosait en seringue de médecin. En ajustant des coquilles de noix, on obtenait un ventilateur de poche. On se fabriquait une crécelle avec une tige de chardon, et un hautbois avec de l’écorce de châtaigner.

Transmise aux enfants oralement, cette science empirique et rousseauiste avait le mérite d’être instructive: pour chantourner par exemple un sifflet dans du bois de sureau, ils devaient d’abord savoir ce qu’était un sureau. Et comment le repérer dans la forêt.

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Jouets de plantes, Ed. Plume de Carotte, diffusé par la Librairie du Lac,  9 rue de La Harpe, Lausanne.

14.07.2009

Le Chambord de Rossinière fut l’œuvre d’un fromager

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Le poète Claude Roy compara l’ultime demeure de son ami Balthus à un temple nippon, à une «caravelle échouée sur une montagne».

Il est vrai que le Grand-Chalet aux 113 fenêtres en impose par son ampleur royale, son excentricité ufologique - comme dirait un spécialiste des OVNI: il est trop monumental pour ce Pays-d’Enhaut dont les mi-monts mamelonnés n’encadrent que des maisons de dimension modérée.

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Est-il tombé du ciel, quand bien même sa technique de construction est traditionnelle? Non, c’est un des plus vieux chalets de Suisse. Il a été édifié en 1756 et son premier propriétaire n’avait rien d’un roitelet lunatique: paysan, notable et juriste, David Henchoz avait tellement les pieds sur terre - même s’il passait pour un lettré - que son souci premier alla à ses fromages.

Leur commercialisation faisant florès, il imagina une cave pouvant réunir 600 meules de gruyère, ce qui détermina une superficie au sol par-dessus laquelle sa future demeure devait être érigée en proportion - sous peine de ne plus ressembler à un chalet. Voilà pourquoi ces 27 mètres de façade sur cinq étages, et ce toit en pans brisés de 200 m2.

Ce chef-d’œuvre de l’architecture alpestre a surtout la gloire d’avoir été échafaudé et chevillé par des maîtres artisans du bois qui respectaient le bois. Aujourd’hui, dit le charpentier Jean-Pierre Neff, un enfant du pays, «les machines ont remplacé bien des outils manuels, mais peut-être avons-nous trop voulu adapter le bois aux machines et non les machines au bois.»

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Avant d’être racheté en 1977 par Balthus, qui, jusqu’à sa mort à 93 ans en 2001, invitait des célébrités et des géants comme Fellini, le Grand Chalet de Rossinière s’était déjà débarrassé de ses odeurs de fromage au milieu du XIXe siècle pour devenir un hôtel. Y débarquaient en diligence des Anglaises à ombrelle et épagneuls. Mais aussi Victor Hugo, Léon Gambetta, Alfred Dreyfus…

Dans les années septante, une de nos lectrices, Madeleine Dagli y jouait au ping-pong avec ses frères devant des buveuses de darjeeling.

 

08.07.2009

Sous les ombres du Jura, couve le feu de Pittet-K

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Dix ans après la mort de ce grand peintre tragique vaudois, la Galerie de Ballens* nous rappelle à la fulgurance de ses portraits, et à sa personnalité intimidante. Elles sont consignées dans un album d’impeccable facture qui raconte un destin artistique inhabituel dans notre contrée: Maurice Pittet-K qui en était issu l’aimait - trop puissamment peut-être – pour ses aubes indigo s’épanchant sur Juriens, ou pour des sortilèges qu’il détectait en sourcier dans les bois de Bretonnières. Il en faisait jaillir des figures et des regards meurtris, des tableaux rougis au rasoir qui effrayèrent.

Bertil Galland, qui est le contraire d’un Béotien, y a admiré «une vaste connaissance du pays et des hommes», mais aussi «une singulière dynamique du refus, à la limite de l’autodestruction». Bien senti: Pittet-K se détruisait lui-même en peignant.

-         Oui, Salem, je suis seul devant une glace grossissante. Je m’y tue et me retue.

Dans le même livre rétrospectif, Charles-Henri Favrod, qui l’avait exposé à l’Elysée, associe sa peinture à la photographie (autre alchimie spéculaire), car elle renvoie «la vie d’arrière en avant, en révélant la vie profonde.»

Et le sculpteur Laurent-Dominique Fontana, qui mêle ses travaux récents aux siens à Ballens, entend encore ses «terribles cris silencieux», et que ses toiles ont fixés comme des vertiges.

Pittet-K, écrit-il, «mourut presque oublié et solitaire, au pied de son escalier».

 

L’homme était intimidant, car à force de se mirer pour s’anéantir, il s’intimidait lui-même. Une musculature de taureau astrologique - celui qui charge, dans les imageries du zodiaque. Un front bosselé de prophète, des pupilles vibrantes et bleues comme l’âme du feu. Son accent vaudois était rocailleux, sa voix cendreuse. En peinture et dans la vie, il avait une préférence pour le lourd, le cru le gauchi. Pour la tache. Il vomissait la nuance. Un timide en somme, et qui s’aimait parfois, quand son «visage était un masque habité par quelqu’un d’autre ».

Galerie Edouard Roch, Ballens, jusqu’au 16 août 2009.

 

04.07.2009

A Vidy, on nageait par hygiène

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Joyau de l’art fonctionnaliste, les bains lausannois de Bellerive, au bord du lac, furent conçus en 1934, année de crise économique.

 

 

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1914. Au printemps de cette année-là, une campagne de propagande prophylactique incite la population lausannoise à fréquenter assidûment le littoral de Vidy, entre les berges de Cour et l’embouchure de la Chamberonne. «Il n’y a pas d’endroit mieux approprié pour une cure de soleil, écrit un médecin des écoles*. Nous recommandons à tous nos élèves, filles et garçons, de profiter de leurs après-midi de congé pour aller au bord du lac prendre un bain d’air et de soleil. Nous leur recommandons aussi de se baigner au lac; car le bain et l’exercice de la natation sont de puissants adjuvants de l’air et du soleil.»

Du coup, des Lausannois de toute génération déferlèrent sur cette bande de rivage encore étroite, sauvage, et où jusqu’alors la trempette était interdite. Pour la première fois, hommes et femmes peuvent s’y délasser en tenue menue, et nager ensemble sans passer pour des dépravés. (Des réactions pudibondes ne se feront guère attendre, il va sans dire…) Si certains y appliquent à la lettre les exercices hygiéniques promulgués par les experts municipaux, la plupart découvrent simplement les joies nouvelles de la baignade. On suspend ses hardes aux branches des feuillus, et, pieds nus, on foule aventureusement le sable rugueux et les galets. Après quoi, on s’immerge un tantinet pour se faire chatouiller par les vengerons.

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Au même endroit, un siècle et quelque plus tard, le décor s’est métamorphosé: la rive a été élargie par des travaux de drainage et d’endiguement. Bellerive est aujourd’hui un complexe balnéaire avec bassin olympique, plongeoirs, piscine pour non-nageurs, vaste pataugeoire, surface gazonnée de huit hectares, cafés, équipements sportifs et une plage de 400 m de long. C’est la piscine la plus populaire et populeuse de la capitale vaudoise. On y débarque en famille, avec bouées canard, du spray solaire au carotène pour maman, le netbook de papa et des tartines au miel. Le décor est devenu routinier, avec ses vapeurs de chlore, ses cacas de mouettes et la clarté nue du béton armé qui semble une forteresse. Les usagers de Bellerive-Plage s’y sont peut-être trop familiarisés pour ouvrir les yeux: ils sont bien au cœur d’une des plus belles réussites de l’architecture fonctionnelle moderne.

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Au début des années trente, la crise économique a frappé durement la communauté lausannoise, et sa première Municipalité socialiste entend contribuer à juguler le chômage en ouvrant des chantiers d’intérêt public – où aucune machine ne serait admise, afin de favoriser l’emploi. La création des bains de Bellerive en sera le plus exemplaire.

Un concours d’idées est lancé en 1934. Le lauréat Marc Piccard (1905-1989), de Lutry, réalise en trois ans un chef-d’œuvre de l’architecture sportive qui sera salué dans plusieurs revues spécialisées internationales. Il y privilégie le béton armé, véritable pâte à modeler, d’une souplesse exquise, fiable, pas onéreuse, et si belle. A partir d’une rotonde d’entrée, des lignes s’étirent en géométrie hélicoïdale ou ondoyante, puis en sections fines, en porte-à-faux réitérés.

En 1964, à l’occasion de l’Exposition nationale, la plage est transformée en piscines, et la distance herbue entre les vestiaires et le rivage est spectaculairement triplée.

Entre 1990 et 1993, les architectes Inès Lamunière et Patrick Devanthéry sont chargés de restaurer ce joyau du patrimoine urbain. Ils en rehausseront avec sensibilité les valeurs esthétiques initiales. Non, le béton des bâtiments protecteurs qui longent l’avenue de Rhodanie n’est pas gris carcéral. Il est nu et lumineux, souple comme une peau. La sienne aussi appelle le soleil.

(*) Geneviève Heller: «Propre en ordre», Ed. d’Enbas, 1979. Lire aussi de Martine Jaquet et Jacques Gubler: «Bellerive-Plage, projets et chantiers», Ed. Payot, 1997.

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Santé, morale et séparation des sexes

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La santé par l’eau est un traitement qui remonte au XIXe siècle. Les Suisses n’étant alors pas plus propres que d’autres, on leur ouvrit des plages au bord de leurs lacs. A Lausanne, une grève réservée aux femmes existait déjà en 1860, à Cour, à l’ouest d’Ouchy. En 1884, une cloison la sépara d’une plage annexe fréquentée par des hommes.

Un même refus de la mixité prédomina, dès 1861, aux Bains Rochat plus à l’est, entre Beau-Rivage et Denantou. Par une passerelle on accédait à un édicule en bois sur pilotis qui surplombait d’un côté un bassin pour messieurs, de l’autre un bassin pour dames. D’un aspect rébarbatif, il fut démoli en 1895, avant la construction du pimpant quai aux fleurs et aux touristes qu’on sait.

03.07.2009

Jean-Pierre Althaus, clown-titan en sa chrysalide

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Il est furieusement photogénique, et il le sait. Il connaît lexpressivité de ses mains, le charme de son zézaiement nuancé, tous ses muscles faciaux, et il en joue. Car le directeur de lOctogone, qui célébrera à la rentrée les trente ans de ce théâtre quil dirige depuis sa fondation, a dabord été un comédien. Et il lest resté. 

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De stature titanesque mais élastique, Jean-Pierre Althaus a surtout gardé, à 60 ans, un beau rire convulsif de lycéen.  Quelquun lui avait dit jadis: «Tu fais penser à un Michel Simon jeune.» Ce mammouth du cinéma avait démarré sa carrière en faisant des pantomimes à Paris. Or les rôles de clown ont aussi tenté Althaus dès son adolescence. Aux cours dart dramatique de Carouge, son maître Philippe Mentha ly avait fortement encouragé. Puis un jour, Max van Embden, qui avait été le partenaire du grand Grock, lui expliqua que le métier était harassant: «Il faut une heure pour te grimer, et une demi-heure pour te démaquiller»  Il y viendra quand même, mais en 2004, dans une création avec Michel Grobéty, Paradis Lapin, alors quil est directeur de lOctogone depuis déjà 25 ans et celui des affaires culturelles de Pully depuis trois lustres.  «Apercevoir Mentha dans la salle fut une des plus fortes émotions de ma vie.»

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Pour les festivités pulliéranes du trentenaire, Jean-Pierre Althaus jouera dès le 25 septembre sur sa propre scène un one-man-show de son cru quil a intitulé Le clou du spectacle est dans la boîte à outils. «Un hommage aux techniciens, mes si précieux collaborateurs, mais aussi à mon grand-père  paternel.» Etonnante personnalité, ce Marc Althaus, qui régna sur les coulisses du grand-Théâtre de Genève jusquà lincendie dévastateur de 1951, puis sur celles de la Comédie où il laissait folâtrer son petit-fils. «Personne dautre nosait entrer dans sa régie, pas même Robert Hossein quil terrorisait! Grand-papa travaillait en robe de chambre à langlaise. Il me fit côtoyer les plus grands acteurs du moment.»

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Lenfance de Jean-Pierre Althaus se déroula dans le quartier populaire des Grottes, mais son père était carrossier à Carouge. «Gamin, je connus ainsi leuphorie de rouler en ces puissantes bagnoles américaines des années soixante devenues pièces de collection: des Pontiac, des Chevrolet, des Cadillac roses. Quand mon père en garait au pied de notre modeste immeuble, ça faisait un drôle deffet dans lenvironnement ouvrier.» A la mort de ce père bien aimé en 1998, il fut ému de redécouvrir lappartement de son enfance. Il ny était jamais retourné: «Ma chambre à coucher, à jouer, avait tellement rétréci. Je men souvenais comme dun palais!» Précision: le directeur de lOctogone mesure 1 m 91.

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Se confronter aux premières années de sa vie nest pas quune épreuve quand on a une fibre nostalgique: souvenirs amusés dune grand-mère maternelle qui avait été pianiste aux armées et martelait du jazz avec des doigts costauds, tout comme les siens. «Elle, lartiste, me déconseilla de me lancer dans le théâtre au lieu de devenir carrossier comme mon père. Ou alors, il fallait que je fasse des études. Ce que je fis – par correspondance – parallèlement à ma formation et à ma carrière de comédien. Cette seule condition fut demandée aussi par mes parents. Je leur suis reconnaissant: mes diplômes universitaires mont permis daccéder à ladministration du théâtre principal de la commune de Pully et à celui de sa vie artistique. Un travail exigeant, à plein temps, et qui me captive autant que mes activités annexes de comédien et décrivain – que jai la possibilité dexercer aussi .» Tout est affaire dorganisation. Jean-Pierre Althaus  sait gérer non seulement le budget culturel dune ville importante, mais aussi sa solitude. «Jai été marié, je nai pas denfants. Pourtant jadore les enfants, ils maiment en retour. Mon côté clown naturel, peut-être. Une profession vers laquelle je machemine. La fascination que je lui porte est fellinienne, viscérale. Elle fait un peu peur. Ma retraite, cest dans deux ans.»

 

Le trac nest-il pas le dopage favori préféré des comédiens?

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www.theatre-octogone.ch

 

Redécouvrez son blog:

http://althaus.blog.24heures.ch

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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BIO

 

1949

Naît à Genève. Père dorigine bernoise, mère Valaisanne. Partage sa jeunesse entre les Grottes et Carouge.

 

1971

Après des cours dart dramatique chez Mentha, il est engagé par François Simon (fils du Michel) comme acteur et assistant. Suivent neuf ans dactivités intenses: tournées théâtrales - aussi avec la Compagnie Renaud-Barrault, et Laurent Terzieff -  téléfilms, études universitaires par correspondance.

 

1979

Création de lOctogone. Il en devient le directeur. Neuf ans après, il est chef des affaires culturelles de Pully. Journalisme -  culturel et sportif.

 

2002

Tout en écrivant pour la scène, il publie un roman fantastique et théologique: Le mystère de Sétépen-Rê.

 

2005

Crée un spectacle de clowns avec Michel Grobéty.

 

 

 

 

02.07.2009

Cette mythologie du tabac qui va tantôt s’évaporer

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On ne fumera plus dans les bistrots du canton de Vaud, dès le premier septembre. Le fumeur forcené que je suis trouve que c’est une très bonne chose: je me soucie davantage de la santé des autres humains que de la mienne.

En d’autres termes, je continuerai de tirer sur mes clopes et je ne retournerai plus au bistrot. Les cafés enfumés, les bars irrespirables, les brasseries à buée grise, ça deviendra du passé ; ça restera gravé en mon cœur comme un vieux souvenir de libertés un peu malsaines, mais oh si délicieuses: se faire volontairement du mal aura été une gageure impardonnable, mais irrésistible...

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Pour réfréner cette nostalgie maudite,  trop suave (salée et cendrée itou…), je me permets de republier les considérations d’un de mes invités philologues, le très érudit Genevois Olivier Schopfer, dont je n’ai hélas plus de nouvelles depuis longtemps.

En janvier 2008, dans mon blog, il égrenait le vocabulaire de la vieille tabagie française, et analysait ses influences rhétoriques sur nos bavardages ordinaires:

 

1/« Passer à tabac: frapper quelqu’un avec violence et de manière répétitive. Le «tabac» en question est à comprendre dans le sens d’une «série de coups». Ce mot vient du verbe «tabasser», un synonyme familier de «frapper». Logiquement il aurait dû s’écrire «tabas», mais un «c» est venu remplacer le prévisible «s». Et cela crée naturellement une confusion avec le «tabac» que l’on fume, mot qui vient de l’espagnol «tabaco».

«Passer à tabac» possède une origine historique.
Cette origine est controversée parce qu’elle joue sur les deux sens du mot «tabac» et qu’elle augmente ainsi la confusion.

Au 19ème siècle,  le chef de la brigade de sûreté de la police parisienne était un certain François Vidocq.
Les aventures de ce bagnard devenu policier ont été racontées à la télévision dans les années 70.
Les inspecteurs de cette brigade avaient mauvaise réputation. Selon les rumeurs qui circulaient à l’époque, ils n’hésitaient pas à aller jusqu’à frapper les suspects qu’ils interrogeaient pour leur faire avouer leurs crimes. Et lorsqu’un policier avait réussi à faire craquer un suspect de cette façon bien peu recommandable, l’histoire dit qu’on lui mettait discrètement dans la poche un paquet de tabac pour le féliciter. De là serait née l’expression «passer à tabac», qui aurait donné «tabasser».
Se baser sur l'étymologie du verbe me paraît plus fiable.
Au 13ème siècle, on disait «tabaster». Puis au 15ème siècle est apparu le mot «tabust» signifiant «bruit», «tumulte». «Tabaster» s’est alors transformé en «tabuster» : «frapper en faisant du bruit».
C’est au début du 19ème siècle que «tabuster» est finalement devenu «tabasser».
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2/ Un «coup de tabac» : dans le langage marin, orage violent et soudain.
L’expression met l’accent sur les vagues de la mer déchaînée qui cognent contre la coque du bateau.
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3/ «Faire un tabac »: avoir beaucoup de succès, en parlant généralement d’une pièce de théâtre.
Le «tabac» désigne les applaudissements qui retentissent à la fin d’une représentation. On peut aussi penser aux spectateurs qui tapent des pieds tout en applaudissant pour montrer leur enthousiasme.
                      ***
Vous voyez, tout cela n’a rien à voir avec la cigarette ! Des expressions à consommer sans modération, donc…
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OLIVIER SCHOPFER

 

01.07.2009

Ils causent peu mais n'en pensent pas moins

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Leur réputation de taiseux est ancienne. Eux-mêmes l’ont tant enjolivée qu’ils en on fait une légende qui les apparente aux Normands, les parangons absolus du ni-oui-ni-non, et de la réponse évasive: pt’êt bien q’oui, p’têt bien q’non – ce qui chez nous se traduit par «quand on sait pas, on demande pas».

Taiseux, synonyme de taciturne, n’est pas le terme approprié pour caractériser le Vaudois en société. Tout dialogue étant pour lui un martyre, il s’y résigne par des tours stylistiques tout à lui, qui relèvent de la périphrase, de l’euphémisme. D’une manie de l’atténuation diplomatique, héritée d’ancêtres qui subirent trop longtemps le joug et la censure de l’occupant bernois. Je ne crois pas à cette explication sociohistorique, qui avait pourtant inspiré en 1930 à Charles Gorgerat une plaisante formule: les Vaudois «économisent la vérité».

Je gage que leur goût pour la litote remonte à la nuit des temps. Accoutumés aux cache-caches météorologiques de leurs paysages où, comme en Irlande, la brume le dispute au soleil, ils en ont recueilli une sagesse swiftienne, voire beckettienne. Parler est une sacrée affaire: moins on en dit, plus ça prouve qu’on pense beaucoup.

Et quand la lumière de juillet est à l’orage et quand tout s’assombrit, le moins intello des paysans du Jorat se refoule en son cœur où gronde une fournaise métaphysique. Là, il n’y a plus de dialogue, ou alors avec la mort, avec l’éternité. Le jeune Pimpin prend alors les traits praxitéliens et tristes du moissonneur de Gustave Roud. Sans le savoir, il devient poète à son tour.

Mais la pluie s’est tue, et maintenant c’est le beau temps qui menace. Le vin frais se met à chanter dans les verres. On tâche d’être jovial, frivole («mais pas trop»…) On s’échappe de l’ombre flamboyante des grands écrivains sévères pour se réfugier dans les caf’conç’satiriques du bon Jean Villard-Gilles. Et l’on entonne avec lui ce couplet autocritique:

 

 

Le Vaudois, la chose est certaine,

n’aime pas les mots trop précis:

leur exactitude le gêne

sauf s’il s’agit de trois décis.

C’est l’exception quantitative!

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