04/08/2009

L’île de La Harpe fut bâtie sur un site néolithique

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Ainsi l’argus d’un moteur de recherche californien a rayé de la carte du Léman la plus grande de ses îles: celle de Rolle a une surface de 2368 m2, soit 110 mètres sur 30 – trois fois la largeur de la muraille de Chine qu’un spationaute aurait discernée à l’œil nu depuis la lune, donc à 380 000 km de distance... Or c’est à une distance mille fois plus courte que les satellites de Google Earth photographient le plancher des vaches, tout outillés qu’ils soient de lunettes sophistiquées.

Mais qu’importent ces menus calculs cosmiques ou les zoomages des logiciels du ciel, du moment que notre cher îlot de La Harpe nous est perceptible par toute saison depuis le Quai-Promenade. En été, il est chevelu comme une grosse gerbe de cressons tandis que le cri des goélands leucophées hante ses feuillus centenaires. En hiver, il n’accueille que des fuligules, des canards siffleurs, et ses arbres nus évoquent les nervures au fusain d’une planche anatomique, des lignes émaciées, les cordes tendues d’une harpe dans laquelle s’engouffre la bise noire avec des complaintes anciennes.

L’île ne tire pas son nom de cette métaphore instrumentale, mais du plus illustre des Rollois - avant Godard. D’un artisan de l’indépendance vaudoise, ami des libertés et des lettres. Frédéric-César de La Harpe (1754-1838) avait été le précepteur du futur tsar Alexandre Ier. Il mourut et fut enterré à Lausanne peu après que l’île de Rolle fut édifiée sur un haut-fond, afin de faciliter le transbordement du bois. Un obélisque à la mémoire du patriote s’y élève, autour duquel les étudiants de la Société de Belles-Lettres se réunissent pour de rituelles libations.

Sous leurs pieds gît une civilisation qui remonte à 2500 ans avant notre ère: en le consolidant, les ingénieurs du début du XIXe siècle ignoraient que le banc sablonneux conservait les vestiges d’un hameau lacustre. Leur remblayage sauvage a effacé un pan de la mémoire archéologique du Léman.

Une maladresse qui préfigura, plus tragiquement, celle des grands myopes de Google Earth.

 

Commentaires

"Leur remblayage sauvage a effacé un pan de la mémoire archéologique du Léman."
En fait, il existe un nombre impressionnant de sites, lacustres ou non, qui n'ont pas été fouillés. Parmi un des plus choquants, cité dans l'excellent petite guide de Carine Wagner sur le Chablais, celui de cette ancienne forteresse de la civilisation du Rhône (1500 av JC) en dessus de Monthey, où les motards locaux font de la moto "verte" sur des murs de 3500 ans...

Écrit par : Géo | 05/08/2009

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