22/08/2009

La canicule, la petite chienne et le loup

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Dans quelques jours, tout le monde se plaindra de l’air qui fraîchit trop, de la pluie, de la bise. Que sais-je? d’une grêle dévastatrice qui affligera nos vignes et nos vergers. Mais qu’il a fait chaud la semaine passée! Quand ce maudit anticyclone des Açores décide de prendre ses quartiers dans le ciel de nos Alpes à la mi-août, toute la Suisse souffre comme un chien. Elle tire la langue, à la façon d'un gros labrador de pure race qu'on aurait implanté dans la zone la moins épargnée par l'ensoleillement de quelque émirat du golfe Persique. Bref, notre pauvre patrie suffoque, elle pantèle: au fond, ce n'est pas tant de la fraîcheur qu'elle réclame, mais un tout petit peu plus de vent. De l'air en mouvement, s’il vous plaît, Oh! seulement une brise de par chez nous, une vaudoise, une lémanique, suffirait: il y a bien le Morget de Morges, il y a aussi la Fraidieu de Nyon.

Non, nous n'en demandons pas davantage. Soyez cléments, Messieurs les météorologistes de Cointrin, qui pouvez tout déclencher depuis vos puissants ordinateurs rien qu'en appuyant un index sur votre clavier. Ou alors, laissez le firmament se déchirer, permettez à l'orage d'éclater par sa propre volonté. Après quoi, on recommencera à respirer, à battre des ailes comme les moineaux.

Par un ensorcellement qui nous a été inoculé naturellement, via l'histoire et les mythologies; aussi par le truchement endiablé des mots qui naviguent à hue et à dia dans les langues depuis des siècles, il s'avère que le terme de canicule vient du latin Canicula, l’autre nom de l’étoile Sirius.

Les Anciens la voyaient comme une «petite chienne», jappant et glapissant dans les abysses interstellaires, entre le 24 juillet et le 24 août. Son ridicule remue-ménage de levrette en chaleur sur les trottoirs du ciel serait à l’origine de ces insupportables insomnies que près d’un milliard de l’humanité, subit chaque été, à l’époque des moissons. Les sécheresses subséquentes peuvent être catastrophiques: en 1666, toute la ville de Londres fut en flammes par manque d’eau.

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Le chien hurle à la lune, dit-on, puisqu'il est un arrière-cousin du loup. De ce loup dont on a secrètement décrété la mort, et qui ne hurlera bientôt plus jamais dans nos bois. Jeudi, on en a tué triomphalement un dans le val d’Illiez, qui aurait dévoré en quatre mois une quarantaine de moutons. Les gardes-chasses ont jusqu’au 19 septembre pour tirer un autre loup qui, lui, préfère la chair plus tendre et aux saveurs moins boisées de l’Entlebuch, dans le canton de Lucerne.

Mais il paraît que les loups de Sibérie sont encore plus gourmands : ils se mettent en embuscade dans la taïga pour guetter les chevaux de trait. Le froid (quelle chance ils ont!), les rend terriblement audacieux. Il suffit d’une seule manœuvre maladroite du cocher de la troïka pour qu’ils aient droit à un bon festin.

Qu’on se rappelle ce vieux dicton russe:

-      Le loup a eu pitié de la jument! Il a laissé les sabots, la selle et la crinière.

 

 

Commentaires

Comme me l'a dit Marcel, le cheval est un excellent aliment carné.
Une viande qui permet de se maintenir à tout crins... Mais c'et un met qu'il ne faut pas déguster sans "selle"! Sans chlorure de sodium, c'est une viande par trop doucereuse. Pour le cheval, le sel j'aime!
Il y a fort longtemps, cet assaisonnement était fort précieux et rare. On ne le trouvait pas en "grandes surfaces" ni sous le sabot d'un cheval!

Écrit par : Père Siffleur | 22/08/2009

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