20/09/2009

Scènes de chasse à Beaulieu et royauté de la Bratwurst

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Le Jeûne fédéral, c’est ce dimanche. Un rituel dont les origines remontent au Moyen Age catholique, que la Réforme protestante s’est approprié en le modifiant à peine, afin que l’esprit de mortification soit observé au moins un jour par an (contre 30 chez les musulmans.) Il y a peu, les Vaudois y jeûnaient vraiment, renonçant au gras du boutefas – tout en savourant de sirupeuses tartes aux pruneaux. Et en buvant l’eau des fontaines plutôt que leurs si bons vins. C’était cela «faire maigre».

Le lendemain, on rompait le carême patriotique pour se rendre en escadrons à Beaulieu et s’enivrer dans les caves du Comptoir. Ça commençait par des dégustations éclairées de grands crus qui ont une flaveur de poire, de coing; un «boisé bien vanillé» un tanin «caressant». Un goût «anguleux», mais surtout de revenez-y. Après quoi, on envoyait le jargon œnologique à tous les diables pour rivaliser d’alcoolémie dans des «chasses au schnaps» qui n’avaient rien à envier aux botellóns d’une certaine jeunesse espagnole actuelle. Au petit matin du mardi, les sols de Beaulieu évoquaient une banquise de bris de verre.

Heureusement, on s’y nourrit aussi: de beignets au fromage chez les Vaudois, de fricassées de porc et de longeoles chez les Genevois, de tripes à la neuchâteloise chez les Neuchâtelois, de fondue au vacherin à la Taverne fribourgeoise.

C’est aussi le seul moment de l’an où l’on ose manger en public des mets plus anodins, ordinaires, jamais réinventés, qu’on aime en cachette pour leur banalité justement. Je pense à la saucisse de veau de Saint-Gall, qui est la reine la plus adulée du Comptoir - après la vache du Simmental et l’épandeuse à fumier Huskersman YY 23 QS 167. Il y a trois lustres, j’y ai regoûté en compagnie d’un grand cuisinier romand, un étoilé du Michelin. Ce magicien du pigeon de Bresse aux truffes melanosporum commanda deux saucisses, de la moutarde mi-forte la plus courante, deux bêtes tranches de pain, plus de la pt’ite bière du peuple.

Et ce fut une agape inoubliable.

 

 

Commentaires

Oui, le plus simple repas est le plus savoureux quand on le partage dans l'amitié!

Écrit par : cmj | 21/09/2009

Sans terminer ce billet, l’eau à la bouche, je n’ai plus qu’une idée : passer à table. Comment « faire maigre » après avoir lu ce récit ?

Écrit par : elfine | 25/09/2009

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