15/10/2009

L’esprit de sel d’Olivier Delacrétaz

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C’est un grand costaud, à voix serrée, douce, et dont le front clair est marqué d’une ridule médiane - signe de discernement, diraient les Chinois. Président de la Ligue vaudoise depuis 32 ans, Olivier Delacrétaz est respecté pour ses éditoriaux dans La Nation même par ses détracteurs de gauche: sa plume élégante est tissée d’argumentations ouvertes. Voilà un adversaire intelligent, spirituel, savoureusement rossard, qui s’engoue pour la politique en se targuant de ne point en faire. Même si son mouvement, fondé en 1933 par Marcel Regamey, s’était rallié au référendum contre le cassis de Dijon qui vient d’échouer (simplification des échanges économiques de la Suisse avec l’UE), il reste résolument «hors parti». Car la Ligue, qu’il définit comme une nébuleuse, «conteste la légitimité de ces factions idéologiques qui assimilent l’intérêt général à celui de leur groupe partisan». Sa mission ne serait que de soutenir ce qui contribue au renforcement de l’identité vaudoise.

 

En 1959, Olivier Delacrétaz a 12 ans. Il est à mille lieues d’imaginer qu’il deviendrait un jour le président de la Ligue vaudoise alors qu’il joue au croquet avec des parentes de son fondateur dans un jardin d’Epalinges. Le hasard fait que Marcel Regamey, l’impressionnant patriarche, est lui aussi un Palindzard. Et Paul Delacrétaz, le grand-père d’Olivier est son disciple, tout comme son père, le Dr Jean Delacrétaz, médecin influent, futur doyen de faculté.

A sa table familiale, ce dernier parle souvent de politique. «Avec logique et lucidité. Ses jugements préféraient l’approche réaliste à l’idéologique. Un acte de foi. Mon père s’opposait à tout centralisme. Il m’a transmis sa fibre fédéraliste».

Au Gymnase de la Cité, Olivier Delacrétaz se révèle latiniste moyen et piètre helléniste. Mais il y déploie des dons de caricaturiste qui ne le quitteront plus – sa manière est proche du New-Yorkais David Levine et ses portraits-charge, où la proportion de la tête est exagérée. Son trait amuse les lycéens, il en historie des brochures de cours. Il fait florès, et du coup, au lieu de se lancer dans les Beaux-Arts il opte pour le graphisme. Ce qui le conduit à Zurich, où il créera avec deux partenaires éphémères son Atelier Ubu*. Depuis, ses caricatures de personnages, signées Olb, émaillent diverses publications.

 

Un fédéraliste absolu

 

Entre-temps, dans le sillage parental, il s’est familiarisé avec les raouts intellos de la Ligue aux camps de Valeyres-sous-Rances. Il a 20 ans quand il lit dans la rubrique culturelle de La Nation un article affirmant que l’art moderne s’était arrêté à l’impressionnisme… Le talentueux dessinateur s’en émeut auprès de Marcel Regamey lui-même, qui lui rétorque: «Alors répondez!» C’est ainsi qu’en signant un premier billet un peu survolté dans un périodique qu’un jour il dirigera, l’apprenti graphiste prend goût pour l’écriture et la joute polémique. «J’ai appris à devenir un homme de débats, un animateur, sur le tas. De même, quand on m’a confié la direction des Cahiers de la renaissance vaudoise, au départ de Bertil Galland en 1972, j’ai dû m’initier au métier de l’édition de livres.»

Un homme de droite, Olivier Delacrétaz? Il est considéré comme tel quand il s’insurge contre de nouvelles méthodes pédagogiques ou contre la norme antiraciste – qui «fait planer des menaces sur la liberté d’expression». Et il est vrai que la Ligue vaudoise, inspirée lointainement par le nationalisme maurrassien, se méfie de la démocratie moderne: «Le seul régime qui voie dans la lutte pour le pouvoir le fondement même de sa légitimité.»

Pourtant, tout farouche opposant à la fusion des communes qu’il fût (lire son billet de février 2006 dans La Nation*) il s’est mis à dessiner un blason unique pour les villages de Jorat-Mézières, Valbroye, Montilliez et Villarzel. Dont sa mère est originaire…

Se dédit-il? Pas du tout: «Le bien du canton nous importe, non celui de nos idées. Nos idées sont secondes. Elles ne fondent pas notre appartenance vaudoise, elles l’élucident et établissent les moyens de la faire rayonner.»

 



 

 

 

 

http://www.atelierubu.ch

 

http://www.ligue-vaudoise.ch



 

 

BIO

 

1947

Naît à Lausanne. Son père est un éminent dermatologue. Il a 12 ans quand sa famille (il a un frère et une sœur) sinstalle à Epalinges.

 

1966

Après des études classiques au Gymnase de la Cité, il obtient son bac.

 

1967

Etudie à la Kunstgewerbeschule de Zurich. Ecrit son premier article dans La Nation. Stage à New York. CFC de graphisme en 1972.

 

1972

Crée lAtelier Ubu à Zurich. Reprend les Cahiers de la renaissance vaudoise.

 

1975

Déménagement de son atelier dans la région lausannoise. Dabord à Montblesson. Dès 1993, place du Grand-Saint-Jean.

 

1977

Président de la Ligue vaudoise, il est éditorialiste principal de La Nation et publie aux CRV une douzaine de livres.

 

1980

Naissance de sa fille. Deux garçons naîtront en 1981 et 1987. Leur mère est, entre autres, infirmière.

 

 

 

10:30 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Très fin portrait, Gilbert. Bravo.
Une détail : "Un homme de droite, Olivier Delacrétaz? Il est considéré comme tel quand il s’insurge contre de nouvelles méthodes pédagogiques." S'opposer au pédagiogisme ambiant n'est pas le propre de la droite ni de la gauche. C'est le signe du bon sens qui, comme on le sait, est la chose au monde la mieux partagée...

Écrit par : Jean Romain | 15/10/2009

Le bon sens est réactionnaire. Les gens de gauche me l'ont maintes fois jeté à la figure. Trop heureux de le leur ressortir.

Écrit par : Géo | 15/10/2009

Marcel Regamey avait lu aussi Joseph de Maistre, et c'est ainsi que M. Délacretaz m'a fait l'an passé l'amabilité de m'inviter à prononcer une conférence sur Joseph de Maistre (et François de Sales) au siège de la Ligue vaudoise. Ce fut très agréable. Même si le côté mystique et illuminé de François de Sales et Joseph de Maistre n'a pas convaincu tout le monde: les commentaires ont manifesté un souci net de réalisme politique, comme vous le dites.

Écrit par : rm | 15/10/2009

Qu'un "philosophe" invoque le bon sens, c'est vraiment piquant... On peut vraiment applaudir le niveau de l'argumentation et de la réflexion.. Mais bon, Jean Romain, comme beaucoup, je ne vous ai jamais considéré comme un philosophe de haut vol, et vous n'approchez même pas ce Finkielkraut auquel vous semblez vouloir tant ressembler en vous faisant mousser d'être à contre-courant.

C'est très couchepinien en plus d'invoquer le "bon sens", M. Romain...

Écrit par : Alain Testaing | 15/10/2009

"Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée" : Discours de la Méthode, René Descartes, philosophe piquant.

Écrit par : Pou Montdassier | 15/10/2009

Conclusion : le bon sens est la chose au monde la mieux partagée, à l'exception des gens de gauche, qui n'en veulent pas.
Cela se voit, soit dit en passant...

Écrit par : Géo | 16/10/2009

Vous avez parfaitement raison M. Romain. Ce M. Alain T. est un sot qui pratique l'amalgame. Or l'amalgame est la fiente de l'intelligence, le degré zéro de l'honnêteté. Lorsqu'il est doublé d'inculture, l'amalgame est l'arme des faibles.

Écrit par : Jean Lebrun | 16/10/2009

Monsieur Jean Lebrun, vous écrivez comme parle Jean Romain.

Écrit par : Etonnant | 17/10/2009

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