02/11/2009

Le temps des sanatoriums: Leysin et Davos

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1939. Vers la fin de cette année-là, la guerre mugit à nos frontières, la situation économique devient difficile. Pas en montagne: du haut de ses 1263 mètres d’altitude, la commune de Leysin vit encore dans l’euphorie de sa prospérité touristique, qui avait trouvé son point culminant neuf ans plus tôt. Un tourisme médical, où des étrangers fortunés qui ont contracté la tuberculose viennent trouver le meilleur des antidotes contre le mal pulmonaire: l’air pur, froid et surtout sec de l’altitude. Quatre sanatoriums (qu’on appelle euphémiquement hôtels), ont été construits à l’abri des Tours d’Aï qui retiennent le vent du nord: au Mont-Blanc, au Chamossaire, au Belvédère et au Grand-Hôtel, on bénéficie d’un train de vie luxueux, d’une vue magnifique sur les Alpes. Mais aussi de soins soutenus, au régime drastique: isolation - avec crachoir personnel - mais plusieurs repas en commun. Siestes obligatoires en plein air; séances d’héliothérapie, inaugurées par un célèbre Dr Auguste Rollier, où  des corps presque nus se dorent côte à côte au soleil chablaisan.

Les bienfaits du climat de Leysin avaient été relevés par le promoteur montreusien Ami Chessex et le médecin lausannois Louis Secrétan: alors qu’au début du XXe siècle, la «peste blanche» faisait 100 000 victimes par an et, qu’en Suisse 26 sur 10 000 en mouraient, elle épargnait les Leysenouds. A l’intention de leurs compatriotes de plaine contaminés, ces derniers créeront aussi des sanas populaires, sans confort somptueux, mais correctement médicalisés.

Avant 1918, la station accueille de nombreux soldats phtisiques de la Première Guerre mondiale, internés trop tard, et dont les noms sont gravés au cimetière des Larrets. Durant la seconde, elle est désignée par la Confédération et le CICR pour le traitement de 10 000 soldats alliés tuberculeux. Parallèlement, sa vie culturelle est foisonnante. Leysin accueille des conférenciers illustres: Ramuz, Gandhi, Camus, Romain Rolland. Et puis Stravinski, Arthur Rubinstein, Pablo Casals. Charles Trenet y chante, Michel Simon s’inspire des habitants du village pour la création de ses personnages.

Dès 1948, avec la découverte de la streptomycine et les antibiotiques qui améliorent la thérapeutique de la tuberculose, les sanatoriums ferment les uns après les autres. Leysin devra se reconvertir en station de sports d’hiver.

Cela dit, la maladie n’a pas été éradiquée: en 2000, on dénombrait encore 629 tuberculeux en Suisse.

 

 

A Davos, peste blanche et peste brune

 

A 60 lieues de Leysin, un esprit différent enfume les couloirs blancs des sanatoriums de Davos, l’autre grande station climatérique de la Suisse. Traditionnellement majoritaire, la clientèle allemande se renforce dans les années trente . Dès 1933, le Parti national-socialiste la noyaute depuis Berlin. Il entend faire de ce microcosme de compatriotes en cure aux Grisons une enclave en territoire neutre. Pour convaincre ou confondre les éléments réfractaires au nazisme qui s’y trouvent, il peut compter sur un séide helvète, Wilhelm Gustloff, né en Poméranie. Or l’assassinat en 1936 de cet activiste par un jeune juif est une aubaine pour Hitler qui dénonce triomphalement un complot sémite mondial contre son Reich.

Entortillée dans ses fourbis diplomatiques, la Suisse adopte un profil bas. Plus tard, durant la guerre, elle laisse contrôler les sanatoriums de Davos par l’Allemagne, ses finances brunes et sa furieuse propagande. Si Berne fait obstacle à l’entrée de juifs dans son territoire, elle octroie à des nazis tuberculeux des bons de séjour sur les rives de la Landwasser. En échange du charbon de Silésie, elle fournit à l’armée allemande les trois quarts de sa production d’alumium.

 

Un film documentaire explore cette page troublante de l’histoire de nos chers Grisons. Dans A l’ombre de la montagne,  Danielle Jaeggi - Suissesse établie à Paris depuis 1971 – recoud en surjets subtils et pudiques, des archives filmées et des traces de son passé intime. En cette période, son père avait été un phtisique soigné au Schatzalp, le sana davosien que Thomas Mann avait mythifié dans La montagne magique.  Un homme mystérieux, ce François Jaeggi, un antifasciste forcené. Dans les lettres d’amour destinées à sa femme, une toubib comme lui pratiquant à Lausanne, il dépeint l’évolution insidieuse de la peste brune jusqu’aux ourlets amidonnés et immaculées  de son lit triste de curiste.

Leur fille, née après la guerre, les a lues sur le tard.

Son film est un beau pèlerinage filial.

 

 

19:05 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (24)

Commentaires

"Pour convaincre ou confondre les éléments réfractaires au nazisme qui s’y trouvent, il peut compter sur un séide helvète, Wilhelm Gustloff, né en Poméranie."

D'où tenez-vous l'information que Gustloff était suisse ? (séide helvète).

L'assassinat de Gustloff; Werner Rings "La Suisse et la guerre 1933 - 1939"

http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=44482

Écrit par : Christian Favre | 03/11/2009

De fait, c'était un Allemand de Schwerin. J'aurais dû écrire "séide en Helvétie", désolé. Il présidait le NDSAP suisse.

Écrit par : Gilbert | 03/11/2009

"Il présidait le NDSAP suisse."

Disons plutôt la section suisse du NSDAP... Parce que "Parti national-socialiste des travailleurs allemands" suisse, ça ne veut pas dire grand-chose.

Vous verrez, on finira par y arriver.

Écrit par : Scipion | 03/11/2009

Merci pour la rectification et pour couper court à toute idéologie prétendant démontrer une Suisse pro nazie voici deux avis d'époque et externes à la Suisse:

Dans le New York Times

"Le déclin de l’hitlérisme en Suisse peut être imputé à deux causes principales. Tout d’abord, on a assisté à un renouveau du patriotisme suisse comme conséquence des erreurs psychologiques de la propagande de l’Allemagne nazie. De plus les Suisses se rendent compte que le mouvement nazi peut à tout moment menacer son indépendance."

Dans mon texte p.15

http://www.livresdeguerre.net/forum/sujet.php?sujet=1325

L'avis d'un espion allemand:

Et de fait, seuls les Alémaniques, parmi les germanophones, rejetèrent clairement le nazisme, je parle de la majorité bien entendu, laquelle se situait à plus de 90%. Un espion allemand déclara:

"Il n'y a que cinq pour cent de Suisses au plus qui sont avec nous. Nonante pour cent de la population nous détestent et sont pour les Alliés".

Écrit par : Christian Favre | 03/11/2009

Avec retard je voudrais dire un mot sur les sanatoriums, que nous avions aussi en France. Pas un jeu de mots ou échange de propos politiques ; juste une note pour évoquer cette période.
Un parent malade, tubard comme on le disait à l’époque, y était mis à l’écart de sa famille pour le soigner (guère d’espoir avant l’arrivée de la streptomycine). Contrairement aux réactions d’aujourd’hui, tous reconnaissaient cette nécessité afin d’empêcher la contamination (maintenant, à peine on évoque une telle pratique tous crient au scandale). Chez nous aussi ils ont disparus mais la maladie est toujours là

Écrit par : elfine | 07/11/2009

Voulez vous m'indiquer une adresse de sanatorium convenant le mieux a cette maladie ou je pourrai etre traité. D'avance je vous en remercie salutations

Écrit par : David | 29/01/2011

Voulez vous m'indiquer une adresse de sanatorium convenant le mieux a cette maladie ou je pourrai etre traité. D'avance je vous en remercie salutations

Écrit par : David | 29/01/2011

Cher David, il n'existe plus de sanatoriums en Suisse. Mais la plupart de ses hôpitaux cantonaux (Lausanne, Genève, Berne, Zurich, etc.) savent soigner magistralement les maladies pulmonaires.
Bien à vous, bonne chance et santé!

Gilbert

Écrit par : gilbert | 29/01/2011

mon oncle Ernest, après être parti en Angleterre pendant la guerre et être devenu mécanicien pour Spifire et forteresses volantes, a attrapé la tuberculose. A la Libération, il est venu se faire soigner en Suisse. Il est mort en 1948. Je crois que son sanatorium était au sud de Montreux, juste avant le Valais. Y a t il quelqu'un pour me dire s'il y avait des sanatoriums au sud de Montreux et dans quel village ? Merci Thierry Maréchal

Écrit par : Thierry maréchal | 29/01/2012

A Caux

Écrit par : mathieu | 03/02/2013

Mon père (belge) a été opéré en 41 à Leysin. On lui a pratiqué un pneumothorax.

Il a fait sa convalescence au Regina. J'ai retrouvé dans une de ses lettres le noms des médecins.

Pensez vous qu'il soit possible de retrouver des archives ?

Écrit par : Rosoux | 04/02/2014

Tentez votre chance en consultant les archives cantonales vaudoises:
http://www.davel.vd.ch/detail.aspx?ID=31729
Bien à vous!

Écrit par : Gilbert | 04/02/2014

Merci Gilbert,

si je vous comprends , il y avait un seul endroit pour pratiquer la chirurgie : le sanatorium universitaire , puis les malades étaient dispatchés dans différents sanatorium de Leysin?

Cordialement.

Écrit par : rosoux | 04/02/2014

Ce doit être cela, mais informez-vous davantage auprès de la commune de Leysin, qui a un site en bonne et due forme, repérable via Google.

Écrit par : Gilbert | 04/02/2014

Monsieur Salem merci pour l'article très instructif Ma grand mère paternelle en 1921 y a fait un séjour et d'après ces lettres encore lisibles malgré le temps.Elle y parle des disputes nombreuses entre femmes qui étaient monnaie courante surtout qu'à cette époque le climat ambiant ne portait pas forcément à la joie
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 06/02/2014

Davos pour moi ça évoque Marcelle Sauvageot et, René Crevel.

Allo? Suis-je bien au centre de renseignements swissinfo (0_0)?
Maître Salem pourrait-il me dire s'il existe un DVD disponible en Suisse du documentaire "A l'ombre des jeunes filles..." euh pardon, "A l'ombre de la montagne"? Ça m'intéresserait bigrement. En France, je n'ai rien trouvé.

Écrit par : Ambre | 06/02/2014

@ Géo : Oui j'avais bien trouvé ce lien également mais nous n'avons que 2 minutes de vidéo et aucune information pour savoir si on peut trouver ce documentaire quelque part. Le fichier PDF n'en dit pas plus.
Merci tout de même.

Écrit par : Ambre | 06/02/2014

Sauvageot ? Vice-président de l'UNEF en 68 ? Mânes de mes ancêtres, voilez-vous la face...

Écrit par : Rabbit | 07/02/2014

@ Rabbit : " Laissez-moi" :-)

Écrit par : Ambre | 08/02/2014

effectivement introuvable pour l'instant ce DVD

Écrit par : rosoux | 08/02/2014

Bonjour,

quelqu'un a-t-il une photo du dr.G de Rham ?

Dans quel établissement opérait il ?

Merci

Écrit par : Rosoux | 29/04/2014

Je cherche des informations sur une parente décédée au sanatorium du Belvédère 5Leysin)autour de 1950. Elle aurait pu séjourner sous le nom de PETTER ou de MARIEWSKY. Qui peut m'aider à retrouver la date de son dédès ?
D'avance merci

Écrit par : VERNHES | 15/05/2014

@VERNHES j'aurais voulu vous aider mais les lettres de ma grand mère écrites lors de ses séjours en Sana datent de 1923
Bonne chance pour vos recherches

Écrit par : lovsmeralda | 16/05/2014

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