06/11/2009

Yves Bugnon, un cantor effervescent

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Quand il dirige ses choristes, ses formes élancées se délient davantage, tourbillonnent, deviennent flamme, composent la silhouette endiablée d’une brindille au milieu d’un grand feu. Les feux d’Yves Bugnon sont musicaux, nourris par des voix humaines.

Après dix années passées rue de la Grotte, au Conservatoire, où il a reconstitué une maîtrise, l’envie lui prend de se mettre à son compte en créant un chœur d’enfants: Les Petits chanteurs de Lausanne. On y enseigne la technique vocale, la respiration, la formation de l’oreille, la lecture d’une partition. Le chant à une seule voix, à plusieurs. Cela dans des styles différents, et même des langues étrangères. «A l’expérience de concerts publics aussi, j’y tiens beaucoup.»

Car Yves Bugnon, qui joue du piano depuis ses dix ans et s’était arrimé tôt à un registre de ténor avec une oreille mélodique exceptionnelle, se vit confier à 16 ans l’harmonium de l’église de Cully. Et à 18 la direction du chœur paroissial. Sous sa jeune baguette, il voyait se contracter la bouche de ses parents fribourgeois, catholiques, et celles d’autres adultes de cette commune vaudoise, de fibre traditionnellement protestante, mais qui les accueillit à bras ouverts. Car la musique – surtout quand elle est chantée – est un ferment œcuménique irrésistible. Et cette expérience en public fut pour lui le plus beau soleil de son adolescence. Voilà pourquoi, à 52 ans, il a envie de la transmettre à ses ouailles.

 

Yves Bugnon vit ses cinq premières années à Mézières, dans le canton de Fribourg, un royaume où le plus noble des instruments de musique est la voix humaine. «Mon grand-père chantait, mes parents et mes trois frères aussi. On chantait instinctivement. En faisant la vaisselle, lors de randonnées en montagne, ou quand les gosses que nous étions se chamaillaient dans la voiture: papa et maman nous calmaient en nous faisant chanter avec eux.» Des chansons enfantines françaises certainement, des comptines, et des airs qu’on entonnait souvent à l’église.

 

 

Après son envol culliéran, marqué par la précocité et un éclectisme interreligieux, Yves Bugnon étudie le chant au Conservatoire. Parallèlement, pour exaucer un vœu parental – «tu dois faire métier» - il suit un apprentissage d’accordeur de piano qui dure trois ans. Et ce gagne-pain, exercé en indépendant, lui devient fort utile. C’est avec ses propres deniers qu’il peut notamment étudier à la très érudite Schola Cantorum de Bâle. Soliste à l’Ensemble vocal de Lausanne, il se trouve un maître en une personne de pointure internationale: Michel Corboz, dont il doit quand même se distancier après dix ans d’enrichissante communion.

Le ténor chante en soliste dans des oratorios baroques, dans des récitals de musique française, des opérettes, des productions chorales locales. Le cantor qu’il est aussi, et de plus en plus, lui, dirige les chœurs de Cully, de Montreux, de l’UPL, et j’en oublie. En 1999 celui du Jardin d’Orphée, costumé de bleu éclatant à la Fête des vignerons de Vevey. Bugnon enseigne encore à la maîtrise du Conservatoire lorsque cet enfant de la Glâne fribourgeoise reçoit, en 2006, une reconnaissance solennelle de son canton d’accueil: le Prix de l’éveil, de la Fondation vaudoise pour la culture.

De ses racines fribourgeoises, Yves Bugnon conserve un tempérament effervescent, un humour terrien où l’on s’amuse de soi-même et qui lance des étincelles dans son regard gris-vert. (Parfois un nuage de méfiance vient le ternir: signe de bonne acclimatation à notre mentalité cantonale!) Sa volubilité est celle des êtres qui conjuguent plusieurs activités et ont de l’énergie à revendre, du souffle à transmettre.

Les petits choristes de sa nouvelle manécanterie en seront comblés. Il y appliquera la leçon d’œcuménisme qu’il avait tirée à ses 18 ans: «Il ne sera pas que religieux. Il mêlera les styles musicaux et les âges; le grégorien, le classique, le baroque, le populaire. Ce sera une gerbe d’enseignements: technique vocale, solfège, mais aussi psychologie de l’enfant.»

 

Av. Davel 7, 1004 Lausanne. 021 312 72 16.

marburg@sunrise.ch

 

 

 

 

 

 

 

BIO:

 

1957

Naît à Lausanne, prime enfance à Mézières, en Glâne fribourgeoise, près de Romont. Famille de mélomanes. Vit son adolescence à Cully (VD).

1973

Il a 16 ans quand on lui propose de jouer de l’harmonium. A 18, il reprend la direction du chœur paroissial culliéran.

 

1977

Etudie à la Schola Cantorum de Bâle.

 

1989

Après avoir chanté 10 ans sous la houlette de Michel Corboz, il dirige diverses formations chorales.

1999

Reconstitue une maîtrise au Conservatoire de Lausanne.

2002

Commence à travailler avec le Chœur suisse des jeunes.

2006

Prix de l’Eveil, décerné par la Fondation vaudoise pour la culture.

2009

Il fonde Les petits chanteurs de Lausanne.

 

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=AE_HkIMUclk&hl=fr

 

Yves Bugnon dirige Le problème d’Ivo Antognini à Lutry, chanté par Le Schweizer Jugendchor, en mai 2009

 

14:43 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

On aime Yves Bugnon au fur et à mesure qu'on lit le portrait! Merci. Je me réjouis d'entendre chanter les "Petits chanteurs de Lausanne"! Cela m'a fait plaisir d'écouter et de voir le chœur à partir de youtube, Le problème, d'Ivo Antognini et j'ai aussi écouté: there's another world! Quelles belles voix et quels beaux visages!

Écrit par : cmj | 06/11/2009

J'ai eu l'occasion d'assister à un récital d'Yves Bugnon. Superbe!

Écrit par : cinema lausanne | 27/02/2011

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