25/11/2009

L’orthorexique à la saison des réveillons

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L’orthorexie est une maladie neuve, même si son nom jargonneux se lustre d’étymologie antique - du grec orthos, correction (comme dans orthographe) et orexis, appétit. Elle est une obsession du manger sain. Après avoir renoncé au tabac, au Dézaley et au café, on a pris goût à la mortification. On est frustré de ne plus pouvoir s’interdire quelque chose. Alors c’est sur l’alimentation qu’on rive ses suspicions, et se nourrir devient un cauchemar de comptable: ce ne sont qu’additions de vitamines, soustractions de lipides et de protéines. Le taillé aux greubons, les bricelets, la taillaule et le papet ne sont plus que des souvenirs balayés au cliquetis de la calculette. L’orthorexique ne les regrette pas. Il se désole même d’avoir jadis aimé ces délicatesses pathogènes. Tel est le tourment mon ami Fabien H., que cette hantise moderne vient de contaminer. Pour lui, il n’y a plus que de bonnes et de mauvaises denrées.

Pour ne rien arranger, les secondes ne cessent de l’emporter sur les premières au rythme de l’actualité alimentaire. Je pense aux dérives de l’industrie et des scandales en série qui enflamment les médias depuis cinquante ans: bœuf aux hormones, tremblante du mouton, porc aux tranquillisants, vache folle, listériose, dioxine, OGM, et j’en supprime.

Mon Fabien s’est mis à décliner toute invitation à dîner. Il vient de bannir le lait, les œufs, et même les céréales «qui font monter vite la glycémie». Il n’ingère plus que des yoghourts de sa fabrication et de l’eau de robinet bouillie chez lui. Bref, il s’isole. Ses enfants, petits-enfants et ses amis en sont malheureux; lui aussi peut-être, mais il n’en montre rien. Noël, c’est dans un mois; la Saint-Sylvestre du Nouvel-An sept jours après. Ses proches s’engraisseront de foie d’oie, de coquilles Saint-Jacques aux truffes périgourdines, de chapons dodus, de pâtisseries glacées. Lui, se régalera en veuf solitaire d’un pain azyme, donc sans levain, et d’une mandarine. A l’instar de nos pauvres de Saint-Roch, il y a cent ans.

Un ermite philosophe?

 

Commentaires

Il arrive un âge, généralement passé la cinquantaine, où notre carcasse nous rappelle de plus en plus son existence, et se met à trembler, et elle se mettrait à trembler encore plus si elle savait où tout cela nous mène. A moins que précisèment elle le sache mieux que nous et nous y prépare gentiment. Vers les 6o, on dit que quand on ne sent rien en se levant le matin, c'est qu'on est mort...
Alors certains font de la résistance et se mettent à y penser très fort à cette carcasse qu'ils ont joyeusement négligé auparavant. Et quelques-uns parmi ceux-là tombent dans l'obsession...
Vous avez pris vos gouttes ?

Écrit par : Géo | 26/11/2009

Il y a quelques temps, j'ai été invité au repas fête du village d'un tout petit bled perdu dans une vallée perdue de la Navarre, mais néanmoins proche du chemin de St-Jacques. Un tout petit village comme une île dans une mer de champs de blé qui colonisent le plus possible les collines. Il n'y a pas beaucoup de jeunes, mais ils reviennent le plus souvent possible. Un peu comme le Valais...

Les Anciens ont visiblement un sacré coup de fourchette, croyez-moi, et quand je dis sacré, c'est strictu senso : le Curé a béni le repas, en deux secondes il est vrai, et se défend bien à table, malgré ses 83 ans.

Il faut bien que ceux qui ont eu la Grâce d'avoir la Foi en retire quelques avantages...

Écrit par : Géo | 26/11/2009

Je ne sais pas comment cela se passe en Arabia Felix, mais les banquets chinois méritent d'être connus.
Sans parler de la variété des plats, de leurs arrangements raffinés, de l'harmonie des couleurs, de leurs principes philosophiques, ou même de l'étrangeté du contenu, c'est surtout la tradition des toasts portés tout au long du repas qui va retenir l'attention des étrangers au long nez. C'est même un sujet de préoccupation actuelle, tant les occasions sont nombreuses d'organiser des banquets, et que la santé de nombreux hauts fonctionnaires est mise en danger par la multiplication des libations.
La règle du jeu est la suivante: le groupe A se lève entre deux plats et va faire santé avec les membres des groupes B, C et D présents, pour leur souhaiter la bienvenue; et réciproquement. Ce qui fait au minimum 12 verres à descendre pour l'ensemble des congratulations basiques. Ensuite, le champ est libre pour célébrer tout ce que l'on souhaite honorer, en allant du Président Mao jusqu'au Capitalisme.
Sachant qu'en ces occasions un repas peut compter en 20 et 40 plats, chacun est libre de meubler comme bon lui semble les interludes, en draguant sa voisine ou en portant des toats à l'harmonie entre les peuples.

Écrit par : P.A.R. | 26/11/2009

Pas beaucoup de risques tels que ceux que vous évoquez par ici... Ma culture bedu n'est pas encore très prononcée, mais ils vous servent par contre trois caouas de café vert à la cardamone suivis de trois thés. Cardiaques s'abstenir absolument...
Après, Khapsa : riz et viande, généralement mouton, ou poulet, ou les deux. Eux mangent assis en rond autour du plat. Alors que vous arrivez péniblement au bout de l'énorme morceau de viande qu'on vous a servi parce que vous êtes l'invité, le Maître de maison vous en balance un autre dans l'assiette ausi sec.
On ne voit jamais les femmes, mais elles cuisinent très bien, merci.

Écrit par : Géo | 26/11/2009

La cardamone! mais, c'est bien sûr!
Ca me fait le même effet qu'une madeleine sur un certain écrivain hexagonal. En Jordanie, il y a aussi de la cardamone partout: dans le café (noir), les cigarettes, etc. Et ça s'enchaîne sur un pic-nic dans ce désert de roches et de sable, à peine à 1'200 km de chez vous. J'aimerais bien retrouver ce silence vivant des régions désertiques.
Au fait, vous avez droit au service de table, ou vous piochez à la main (droite) dans le plat ?

Écrit par : P.A.R. | 26/11/2009

J'ai droit au service, et en plus je suis incapable de me tenir sur mes genoux usés par des années de ski...
Quant à faire des boulettes de riz...
Il me souvient d'un directeur ex-Paris qui voulait se la jouer local en Mauritanie et qui s'était mis du riz sur absolument toute la figure.
Je ne pense pas que Petra soit si loin.

Écrit par : Géo | 26/11/2009

le silence vivant du désert... vos mots sont absolument exacts ! c'est tout à fait ça, presque un silence qu'on entend, quoi...

Écrit par : Louise | 26/11/2009

@ Louise

Le silence du désert commence par l'absence de bruits d'origine humaine. Une pause; c'est à vous de faire le vide. Puis après, ça se remplit de sons naturels: souffles d'air, glisements de grains de sable, frôlements d'herbes sèches. Ensuite les animaux, car on en trouve même dans les endroits les plus improbables: oiseaux, lézards, serpents. Suivant la configuration du lieu, les sons peuvent prendre une importance plus ou moins grande. Et immanquablement, on va finir par entendre une voix humaine: si c'est pas une hallucination, c'est que quelqu'un d'autre vient voir ce que vous faites dans ce coin perdu. La terre grouille de monde; il faut alors essayer la pleine mer.

@ Géo

Près d'Aqaba : prendre la direction Wadi Rum, après c'est les grands espaces jusqu'à Riyad (à condition d'avoir un bon dromadaire et un Ipod).

Écrit par : P.A.R. | 26/11/2009

"Le silence du désert commence par l'absence de bruits d'origine humaine"
Faux. Le sang dans les oreilles...et aujourd'hui, plus prosaïque, l'acouphène.
Avez-vous déjà entendu le chant des dunes? Question stupide, il suffit aujourd'hui de taper sur Google...

Wadi Rum! Dans la discussion hier soir, je cherchais ce nom pour mon collègue géologue qui me parlait de Petra. Pour ce qui est des dromadaires, j'arrive à l'instant de la visite traditionnelle au troupeau de nos nouveaux amis bedus. Un peu le rôle que les chevaux ont chez nous, mais le lait de chamelle a plus de succès (à ma connaissance que le lait de jument). Et pour revenir au sujet, demain c'est l'Aïd el Kebir, la réminiscence du sacrifice d'Abraham. On nous a recommandé de ne pas trop manger ce soir et demain matin...

Écrit par : Géo | 26/11/2009

c'est vrai qu'il y a plein de vie dans le désert, contrairement à ce qu'on croit souvent !

Aid el kbir, ça c'est une chouette fête, y a des moutons partout c'est extra !

Écrit par : Louise | 26/11/2009

@ Geo
Petra est dans un masssif (roche ocre), qui domine la vallée du Jourdain tandis que Wadi Rum (roche gris-noir) ouvre une porte sur le désert frontière avec l'Arabie Saoudite. Voilà pour le rapport géologique. D'ailleurs, je ramène toujours des cailloux chez moi. Du monde entier. Raison pour laquelle je déménage le moins souvent possible.

@ not Geo
Oui, nous le savons, les moutons adorent l'Aid, parce que c'est la fête et que ce sont des animaux d'un naturel joyeux. Mais s'ils étaient chinois, ils connaîtraient le proverbe qui dit: "黄鼠狼给鸡拜年,没安好心" (la belette ne souhaite pas la bonne année aux poules sans arrières pensées) et prendraient leurs pattes à leur cou.

Écrit par : P.A.R. | 26/11/2009

P.-S.:

Le chant des dunes , non; mais j'essaie de comprendre quelque chose à la musique des sphères.

Écrit par : P.A.R. | 26/11/2009

Vos pierres noires sont du basalte. Nous ne sommes pas loin du rift de la Mer Rouge et cela a chauffé sec par ici. Dernière éruption en 1600 et quelques, c'est-à-dire il y a rien du tout. Le rift est avorté, mais le volcanisme est encore actif.

Chant des dunes : www.youtube.com/watch?v=4yFaMsUawi4 -

Écrit par : Géo | 26/11/2009

Plus à l'est, dans l'étendue des sables, on trouve des ilôts clairsemés de ces rochers à l'ombre desquels s'accrochent des formes de vie. J'ai vu des plantes à bulbes ressemblant un peu à des tulipes, que j'ai essayé d'acclimater en Suisse. Aucun résultat: j'aurais dû emporter de la bouse de dromadaire comme engrais.

Écrit par : P.A.R. | 27/11/2009

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