18/12/2009

Les tristes Noëls des enfants de Louis XV

ELISABETH ET HENRIETTE.jpg

 

 

Par solidarité avec ceux qui préconisent des économies d’énergie, beaucoup fêteront la semaine prochaine la Nativité en lésinant sur les sources d’éclairage. Le distributeur de diodes électroluminescentes se frotte les mains. Les artisans ciriers font enfin fortune, et la bonne vieille pince à bougie en similor redevient à la mode pour l’illumination des sapins familiaux.

 

Or au XVIIIe siècle, la chandelle en cire d’abeille était un produit de luxe. On évitait d’en abuser, même à la cour du roi de France – la plus dépensière du monde - et même pour la fête de Noël!

 

J’ai relu avec curiosité et plaisir une chronique de Théodore Gosselin, alias G. Lenotre, l’inventeur de la «petite histoire» (un devancier du tandem Decaux & Castelot, mais autrement plus talentueux et sérieux), sur le passage du 24 au 25 décembre à Versailles, tel qu’on le célébrait sous le règne de Louis XV le Bien-Aimé.

 

L’usage d’un arbre de Noël n’existait pas encore. Les enfants royaux ne recevaient aucun cadeau. Mesdames Elisabeth et Henriette de France, les jumelles aînées (image), leurs sœurs Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise se mettaient en prières, tout comme leur frère unique, le dauphin Louis – qui ne devait jamais régner, mais donner naissance à trois rois: Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Tout comme Sa Majesté-Très-Chrétienne, leur géniteur. «Il assistait à la messe de minuit, aux matines, aux trois messes, au grand office, aux Vêpres avec sermon, et le soir au salut solennel.»

 

Ces ordinaires se déroulaient généralement en la chapelle royale, un joyau versaillais conçu par le grand architecte Jules Hardouin-Mansart et achevé en 1710 par son beau-frère Robert de Cotte. Saint-Simon la décrivit comme «un triste catafalque». Depuis 1979, elle est devenue un des rendez-vous favoris des Arts florissants de William Christie, qui ont revitalisé la musique baroque. Cela pour les ors magnifiques de sa décoration, pour ses orgues puissantes et son acoustique.

 

Aux veillées de Louis XV et de sa marmaille, Lenotre assure qu’on «y entendait de vieux noëls joués par les deux fameux violonistes Guignon et Guillemain. Ils exécutaient de petits airs anciens que le calme de la nuit rendait encore plus gracieux. Mais cela consistait toute la dérogation aux implacables routines.»

 

Après celles-ci, les enfants royaux recevaient, pour toute étrenne, un baiser paternel. Et puis, hop au lit!

Commentaires

Mais cher Monsieur,
En principe à Noël, il n'y avait pas de cadeaux, en tout cas chez les catholiques. C'était une nuit de prière, de recueillement, où l'on mangeait maigre.
Les étrennes, c'était le 1er janvier, et les cadeaux le 6 janvier.
Donc normal que l'on fût frugal, même dans la famille royale.
Bonnes Fêtes et Santé :-)

Écrit par : La Salamandre | 18/12/2009

Texte très intéressant où l'on apprend quelque chose. On ne se rend même pas compte du formidable enrichissement du monde moderne par rapport aux siècles précédents. Chaque européen actuel est beaucoup plus riches que de nombreux seigneurs et surtout il vit dans un confort qu'aucun hobereau aurait osé imaginer dans les temps anciens.

Louis HERVE

Écrit par : hervé | 21/12/2009

Et la chance que nous avons de bénéficier d'un réchauffement planétaire, alors que le Tout Versailles endurait une mini-période glaciaire qui faisait geler l'eau des vases à l'intérieur des appartements (Saint-Simon dixit).

Écrit par : P.A.R. | 28/12/2009

Hélas, trois fois hélas, mon bon, les diafoireux réchauffistes vous diront que le réchauffement planétaire va provoquer une nouvelle ère glaciaire à Versailles. En stoppant le Gulf Stream. Si si.

Écrit par : Géo | 28/12/2009

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