22/12/2009

Le Tessin, Bellinzone et la piazza Nosetto

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Jeudi, les tristes augures de la météo annoncent qu’il y pleuvra. Mais ce mercredi, il fera encore un peu soleil sur le canton le plus solaire de Suisse  - après le Valais…

 

Or les ensoleillements du Tessin ressortissent à sa méridionalité géographique, et surtout historique depuis qu’il est devenu une escale de villégiature pour des Allemands et des Suisses allemands qui, plus généralement, mettent le cap plus loin, sur les îles Baléares ou Canaries.

 

Résumons: sur les rives du lac Majeur, on respire déjà un ersatz de l’air tonique de Lanzarote. Et c’est pourquoi, dans les grottini de Locarno ou Ascona, le menu des cartes se décline plus souvent dans la langue d’un Ivan Rebroff chantant Festliche Weihnachten (donc pas celle de Goethe), plutôt qu’en italien. De mes propres yeux, j’ai même lu la si alléchante, la si sinueuse fricative dentale du mot risotto supplantée par une lettre nordique taillée à bout de sabre de uhlan: Rizotto. Selbverständlich…

 

Mais ne nous noyons pas dans les lieux communs, souvent injustes et caricaturaux, qui accablent notre radieux canton italophone, et abandonnons ses rives trop touristiques et classieuses, comme dirait Serge Gainsbourg, pour pénétrer dans ses terres plus élevées, plus historiques et froides.

 

Jusqu’à sa capitale Bellinzone, dont les toits à auvents jaunes et rosâtres sont ces jours-ci rendus gris à cause de la bruine, sinon blancs et chenus par la faute de neiges inattendues.

 

 

Les fortifications de cette ville, édifiées entre le XIIIe et  XVe siècles, expliquent son surnom historique: la «clé des Alpes». Sise entre le Castelgrande, le Castello du Montebello (que relient encore des murailles en ruine) et le Castello di Sasso Corbaro, la ville possède un centre historique bien entretenu où le style Renaissance le dispute aux intérieurs baroques d’églises – je pense à celle de la collégiale de Saint-Pierre et Saint-Etienne.

 

La nuit tombée, promenez-vous sous les arcades et l’éclairage charmeur de la piazza Nosetto. Cette place, la plus ancienne de la capitale tessinoise,  a pris le nom du noyer qui s’y trouvait jadis et qu’on a remplacé récemment, après plusieurs siècles d’absence, par un tout jeune arbre. (L'image ci-dessus est évidemment ancienne).

Une piazza charmante, paisible, entourée d’une architecture bourgeoise du meilleur aloi.

On en oublierait qu’elle fut au XIVe siècle une affreuse arène de procès publics et d’exécutions à la hache. De belles patriciennes en robe de tulle ramagé, se précipitaient sous l’échafaud pour y maculer leurs mouchoirs de la plus fine batiste .

Commentaires

J'ai pourtant trouvé la ville défigurée par toutes ces constructions en béton dignes d'une station de montagne. Suis-je trop exigeant ?

Écrit par : P.A.R. | 28/12/2009

Non, cher Rabbit,
vous avez tout à fait raison.
Et les beautés préservées du centre-ville en prennent un coup de vieux artificiel.
Pauvre Tessin! Je l'aime quand même. Peut-être davantage que les Tessinois?
Figurez-vous que, dans la vallée de la Verzasca, j'ai rencontré des Allemands implantés là depuis longtemps (sur les brisées d'un Hermann Hesse?)qui étaient détestés par les autochtones pour leur obstination à les faire revenir à l'italien sur les cartes de restaurants.
Ils militaient farouchement contre les bétonnages que vous évoquez.Les promoteurs distingués de Locarno vouaient ces pauvres babas-cools berlinois aux gémonies...

Écrit par : Gilbert | 28/12/2009

Monsieur Salem,

Vous dites: "Pauvre Tessin! Je l'aime quand même. Peut-être davantage que les Tessinois?"

Est-ce parce que vous aimez mieux le canton que ses habitants, les tessinois ou parce que certains Tessinois n'aiment pas trop leur canton?
La langue française est une très jolie femme, mais comme toutes les femmes, pas facile à manier et pourtant vous la possédez mieux que la plupart.

... Et j'ai beaucoup aimé votre histoire de gens de Berlin qui avaient les boules parce qu'ils ne pouvaient lire que "Kuttelnsuppe" en lieu et place de "Busecca" sur la carte de leur Grottino préféré.

... Et très belle année! Que vos billets continuent de nous faire rêver, sourire, rire et réfléchir.

Écrit par : Père Siffleur | 28/12/2009

Les Allemands vont partout et c'est peut-être parce qu'ils sont à la recherche de quelque chose d'introuvable qu'ils ont inventé le concept de "Wanderer", nettement plus silencieux qu'une Panzerdivizion:

"Je viens de la montagne,
la vallée fume, la mer gronde
j'erre silencieux, ne suis que peu joyeux,
et mon soupir demande toujours : où?

Le soleil me laisse froid
la fleur fané, la vie vieux,
et ce qu'ils disent, un écho vide;
je suis partout un étranger.

Où es-tu, mon pays adoré?
Je t'ai cherché, pressenti, mais jamais connu!
Le pays, le pays vert comme l'espoir,
le pays où fleurissent mes roses.

Où mes amis se promènent,
où les morts ressuscitent,
le pays qui parle ma langue,
pays, où es-tu ?...

J'erre silencieux, ne suis que peu joyeux,
et mon soupir demande toujours: où ?
En un chuchotement d'esprit m'arrive la réponse:
"Là où tu n'es pas, se trouve le bonheur.""

(Philipp Schmidt von Lübeck, traduction Yannis Haralambous)

Écrit par : Rabbit | 29/12/2009

"Les Allemands vont partout et c'est peut-être parce qu'ils sont à la recherche de quelque chose d'introuvable qu'ils ont inventé le concept de "Wanderer"..."

http://www.youtube.com/watch?v=BR8_n-B8qu0

Écrit par : Scipion | 29/12/2009

Quelles splendeurs! Merci Rabbit, merci Scipion, merci révérend Père siffleur, et excellente année.

G

Écrit par : Gilbert | 29/12/2009

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