08/01/2010

Narodnost russe et raisinée vaudoise

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Voilà deux mois que notre grande voisine s’enferre dans un débat sur son identité qui a débouché sur un tohu-bohu de diatribes enflammées. La caricature du franchouillard à béret de traviole devenant évanescente, on s’aperçoit qu’il existe diverses façons d’être Français, et cette bonne nouvelle crée paradoxalement un malaise. Mais comme «la France est éternelle» (qui en douterait?), elle s’en remettra après les régionales de mars.

 

Ce même thème est d’actualité chez nous depuis la loi antiminarets. Et si les partisans de celle-ci n’ont pas défini ce qu’était un bon Helvète, ils sont parvenus avec succès à dénoncer ce qui ne l’était point. Quant à la pérennité de la Suisse, aucun Romand, aucun Alémanique, n’a attendu les récentes déclarations du Mamamouchi Kadhafi pour la mettre en doute. La Suisse est toujours en sursis, une soupe au lait de Kappel dont il faut constamment réalimenter le réchaud depuis cinq siècles. C’est là sa grandeur.

 

Les identités cantonales sont plus affirmées. Même si nos ados se moquent de l’Indépendance vaudoise qui sera commémorée le 24 janvier. Or ils savent que leur terre a une météorologie de bouilloire assujettie aux humeurs du Léman. Des lumières régies par les caprices du même. Des odeurs de cellier où les pommes passent l’hiver sur des clayettes. Des saveurs de raisinée, de cerfeuil, de boudin noir étoilé d’anis. Que c’est un pays de taiseux sans pareils: le seul où l’on parle peu pour n’en penser pas moins.

 

Ces sensations éparses ne composent pas un esprit patriotique. Mieux: un sentiment d’appartenance à une légende vraie. Les Russes l’appellent le narodnost, terme trop riche d’acceptions pour être traduisible. Il a pour eux des flaveurs de chou blanc, de sarrasin, de baies d’églantier. Il sent la neige et la suie de cheminée, la crotte de rat des greniers. Le fond sonore est assuré par le hurlement contralto du loup de l’Ienisseï. Dans notre Jorat, les glapissements du renard du Riau-Graubon lui répondent. Une gémellité entre les âmes russe et vaudoise? Léman en scintille d’orgueil comme une iconostase.

 

 

Commentaires

Faux jumeaux, alors, car l'horizon infini de la plaine russe engendre un tout autre lyrisme que celui inspiré par la cage géologique qui nous entoure (surround). Le mythe gaulois se fissure, alors que l'agresssivité allemande n'est plus aussi forte (à part sur le plan économique) pour contribuer à le colmater. Mais en ce nouveau millénaire, c'est davantage le fantôme de Charles Martel qui parcourt la France, que le souvenir de Vercingétorix. Nous avons été Celtes, Burgondes, Francs, Bourguignons, Savoyards et Suisses, plus rien de ne peut s'opposer à ce que nous soyons digéré par le Céleste Empire; ça donnerait quelque chose du genre 瑞士自治区 (Région autonome de Suisse), ou phonétiquement: Ruì shì zì zhì qū. Mais vous avez encore quelques années pour vous y mettre...

Écrit par : Rabbit | 08/01/2010

Ruì shì = Suisse?

Écrit par : Gilbert | 08/01/2010

Hé oui, c'est comme ça. Ca ne signifie rien, c'est juste une interprétation phonétique enjolivée. Du pur pinyin.

Écrit par : Rabbit | 08/01/2010

Laissez leur le temps de digérer l'Afrique, que diable ! Ils n'en sont qu'au début...

Écrit par : Géo | 08/01/2010

Une "météorologie de bouilloire"...au Jura aussi quand il s'agit d'élever des étalons avec toujours moins de subside... "assujettie aux humeurs du Léman...un Léman qui scintille d'orgueil...ça me donne envie d'aller voir, vite! Merci!

Écrit par : cmj | 08/01/2010

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