12/01/2010

Histoire de la soupe populaire

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Dans la Suisse des années soixante, un enfant ne devait surtout pas ressembler à un pauvre, même s’il en était un. «T’as encore troué les genoux de ton pantalon, disaient les mamans. De quoi aurai-je l’air en t’emmenant à l’école?» Depuis, les déchéances vestimentaires sont devenues à la mode, même chez les nantis, qui ne réveillonnent plus qu’en jeans délavés. A l’opposé, je connais femmes élégantes, chômeuses en fin de droit, qui préfèrent se nourrir de bouillons à base d’un même os de poulet plutôt que de se priver du nouveau pantalon en lambskin mou et du dernier foulard Gucci. Nous ne les verrons jamais à la Soupe populaire de la regrettée Mère Sofia, rue Martin 18, à Lausanne. Et c’est dommage, car ce qui y rassasie le plus les affamés est la charité spontanée des bénévoles.

La soupe populaire n’a été désignée comme ça qu’après le krach de Wall Street de 1929, pour s’instituer et se répandre dans le monde. Mais à Lausanne, sa tradition existait déjà à la fin du XVIIIe siècle. La ville comptait alors 7400 habitants; le Flon et la Louve qui séparent ses trois collines étaient à ciel ouvert. La débine y sévissait à Saint-Roch, à Saint-Laurent, à Marterey. C’étaient de petites «cours des miracles» où les femmes étaient plus nombreuses à quémander du pain. Leur pécule de matelassières, lavandières, tripières ou cabaretières devenant insuffisant quand la neige de janvier obstruait les routes vicinales et faisait grimper le prix des denrées. Elles confluaient avec leur marmaille place Saint-François, autour d’une gigantesque chaudronnée de soupe aux raves et à la couenne de cochon que leur faisait servir une certaine Veuve Détraz. La philanthrope se montrait tout aussi charitable envers la gent masculine: ouvriers maçons que l’hiver désœuvrait, domestiques chassés après vingt ans de service à cause d’une infirmité impromptue, ou pour avoir dérobé à leurs maîtres patriciens un sac de froment.

Hélas, le prénom de cette lointaine devancière de Mère Sofia a été effacé des tablettes de l’Histoire.

 

Commentaires

Bonjour,
Difficile d’accepter cette image de chômeuses qui n’hésitent pas à porter du Gucci … certaines vous diront agressives : « j’y ai droit comme tout le monde ! » (Pourtant la majorité s’en passe) sans hésiter un instant à réclamer et obtenir des « aides officielles ». D’autres penseront : « il vaut mieux faire envie que pitié » (sans avoir tort).

Écrit par : elfine | 12/01/2010

Mère Sofia, rue Martin 18, à Lausanne... ce qui y rassasie le plus les affamés est la charité spontanée des bénévoles" une charité spontanée, avec une tasse de soupe, cela réchauffe l'être tout entier! C'est un vrai partage. Le fonctionnarisme disparaît et nous devenons frères et sœurs. Merci.

Écrit par : cmj | 13/01/2010

merci

Écrit par : nihant | 11/12/2012

merci

Écrit par : nihant | 11/12/2012

merci

Écrit par : nihant | 11/12/2012

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