24/02/2010

Michèle Durand-Vallade, de l’opéra à la radio

 

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Elle rêva d’être chirurgienne: «Quoi de plus fascinant qu’un corps humain ouvert?» Elle a failli devenir sur les scènes lyriques un soprano de haute volée. Or ces deux éminentes professions réclament une discipline de fer, de nonne comme elle dit, et Michèle Durand-Vallade n'aime pas les sacerdoces. Avec ses variations de caractère, son plaisir de partager un verre de vin avec des amis et sa clope – pratique devenue crime contre l’humanité -, cette intellectuelle native de Bretagne est une épicurienne dont les péchés mignons ne sont plus en phase avec les courants de la «pensée unique» moderne. La modernité est pourtant son affaire. Elle le prouve, depuis cinq ans qu’elle anime l’émission de radio Devine qui vient dîner, que les auditeurs de la Première sont de plus en plus à apprécier: à partir de 20 heures, elle convie à la conversation libre une personnalité de la scène romande accompagnée d’un être cher. De sa voix souple et chaude, elle donne le la au trio, laisse les autres s’épancher mais surveille les dérives. On y rit à bâtons rompus plus qu’on y pérore, et l’humour charmeur de cette interlocutrice aux prunelles de saphir désamorce toute empoignade. Même si elle ne partage pas forcément l’opinion de ses invités et le fait clairement entendre.

Ce sont des gens d’activités diverses. Des musiciens, des écrivains, des bijoutiers, des notables de la basoche, des médecins, des entrepreneurs. «Parfois des riens, des méconnus qui m’intéressent pour avoir fait de leur vie quelque chose de passionnant. Et en Suisse, on en trouve souvent.» Il lui arrive donc d’apprécier ce pays, même si elle a inscrit son fils Baptiste dans une école religieuse de Thonon-les-Bains: le catéchisme n’y est plus obligatoire et l’enseignement est moins désastreux que dans le canton de Vaud!

Quand elle débarque à Lausanne en 1986, Michèle Durand- Vallade a 29 ans, une expérience de chanteuse lyrique à laquelle elle a dû peu à peu renoncer, mais qui lui a fait tant aimer Massenet et Puccini. Elle n’a jamais encore mis les pieds en Suisse. Elle vient d’être embauchée par Couleur 3, une chaîne qui quatre ans auparavant avait révolutionné l’expression radiophonique et où œuvrent d’autres ressortissants français, dont son bouillant directeur Jean-François Acker, de Colmar. «Il était hargneux, mais il m’a beaucoup appris, même si je m’étais déjà rompue au métier en participant au lancement de radios libres dans le Midi de la France.»

Un Midi qui a beaucoup émaillé de latinisme le tempérament breton de Michelle Durand-Vallade: souvenirs des criques limpides de Carqueiranne, fragrances de craies et de taille-crayon de son école enfantine à Hyères. S’y superposent aussi des impressions d’un séjour au Maroc avec ses parents, qui l’y recouvraient de tissu mouillé pour qu’elle ne déshydrate pas dans la chaleur des nuits. Mais son Morbihan natal la rend plus nostalgique encore. C’est le pays de sa mère, une fille de paysans sagace, dont elle a hérité une certaine sagesse terrienne. Alors que de son père, un militaire parisien, descendant du compositeur François Boïeldieu, elle tiendrait sa propension à des sautes d’humeur. «Il a des excuses. Pilote de guerre à moins de vingt ans, il dut survoler Dien Bien Phu. Et dans le sérail aristomachin de sa famille, il y avait des dames de la haute insupportables.»

D’aucunes ont certainement inspiré le personnage snobissime de Marie-Bénédicte quand, de loin en loin, Michèle Durand-Vallade intervient le dimanche matin dans l’émission La Soupe, en lançant à la cantonade: «Bonjour les pauvres!» Mais il n’y pas que le beau linge et la jet-set qui l’exaspèrent. Elle qui fut un temps de gauche à Paris («par amour pour un mec, pas pour Trotski») déplore que la «pensée unique» contamine désormais même les gauchisants.

Regrette-t-elle son métier de soprano? «Je ne vais plus jamais à l’opéra. Car je me précipiterais sur scène pour virer la cantatrice et lui montrer comment chanter. Mais bon, ma voix a changé. Depuis peu, j’apprends à jouer de cornemuse. Ça me fait pleurer, ça me rappelle la Bretagne.»

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BIO

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1957

Naissance à Lorient, d’une mère institutrice, d’un père militaire. Séjour familial au Maroc puis dans le Midi de la France. Ecoles à Hyères, études de médecine à Nice. Puis de piano et de chant au Conservatoire d’Aix-en-Provence.

1982

A côté de l’art lyrique, qu’elle pratique en pro durant 15 ans, elle participe à la création des radios libres de Nice-Matin et Var-Matin.

1984

A Paris, elle lance avec des amis une agence de communication. Milite un temps à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Chargée de mission au Sénat français.

 

1986.

Débarque à Lausanne, pour travailler un an à Couleur 3 avant d’aller à Espace 2.

1995

Naissance de son fils Baptiste.

2004

Crée sur la Première l’émission Devine qui vient dîner.

 

17:30 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)

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