23/03/2010

Le Follaton, espiègle génie des Chablais

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Des alpages du Val-d’Illiez jusqu’aux berges de l’Isère, en passant par Huémoz et Plambuit dans le Chablais vaudois, de mêmes esprits sylvestres et séculaires survivent dans les premières brumes du printemps.  Jadis, ils faisaient peur aux pâtres et aux nautoniers. C’étaient des apparitions humanoïdes aux noms épouvantables: la Sinegougue, la Zenaillette noire, l’Escarfolette aux dents jaunes! Elles avaient des parentes plus célèbres: la couleuvrine Vouivre du Jura et la Chauchevieille aux doigts griffus de la Broye. Et pour cousins, des chimères de sexe masculin, «donc moins redoutables» (la misogynie des conteurs, elle, n’était pas une légende).

Je retiendrai le cas spécial du Follaton. Une créature chafouine et rouée. Ses farces sont incongrues mais jamais vraiment cruelles. Les patoisants de Fully, en Valais, l’appellent le Fouollatzon. Comment le décrire? Personne ne l’a jamais vu. Il ne se manifeste pas par une forme visible, mais en galvanisant l’ambiance des chaumières. Il renverse les jarres à compote de la cuisinière, fait tourner le lait, relève les jupes des filles, emplit de cendres les marmites du repas de midi… A l’écurie, il tresse la queue des chevaux et caille le lait des vaches.

 

Pourtant, le Follaton serait capable de bienveillance. Si on lui réserve- en une coupelle en argent posée sur le perron - des noisettes fraîches et des fruits secs, il participera volontiers aux tâches domestiques; en décrottant miraculeusement les bottes du fermier et le soc de sa charrue. En récurant en un clin d’œil les auges de la porcherie.

Mais il faut être très gentil avec lui, s’amuser de ses facéties les plus désagréables. Au risque de le rendre amer, et nettement plus contrariant: relever un jupon ne lui suffirait plus, par exemple…

Quand il s’introduit dans les foyers, le Follaton est invisible. «On sent seulement que tout devient un peu bizarre ». Mais quand il s’en échappe, on avise une poussière sale tournoyant vers le seuil de l’entrée.

Poussez la porte, et vous verrez s’élever une tornade de paillettes argentées.

 

 

Commentaires

En poussant la porte… ce n’est ici, que le retour de la pluie.
Je ferme les yeux pour apercevoir l’image que vous avez insérez ci-dessus.
Merci Mr Gilbert pour ce moment de rêverie.

Écrit par : elfine | 23/03/2010

Oui, vraiment merci Monsieur pour ce si bon moment passé à vous lire. J'ai entendu parler du Follaton par de vieux savoyards de la région de Morzine; certes, le Valais n'a pas très loin !

Écrit par : Pierre-André Dupuy | 24/03/2010

Et la Chauchevieille, qui faisait office de Père Noël du jeune temps de ma mère, se retrouve dans les légendes provençales. Une cousine de la Befana transalpine ?
Si tous les génies du Chablais pouvaient se couvrir de paillettes argentées, la blogosphère ressemblerait plus à une scène Rock qu'à une cour de récré.

Écrit par : P.A.R. | 24/03/2010

être comme une "poussière sale", franchissant le seuil de la sortie et et s'élever en paillettes argentées, au-delà des murs.
Merci!

Écrit par : cmj | 24/03/2010

Moi, après avoir vu l'exposition, à Genève, sur la déesse Kannon, j'ai mis ma maison sous sa protection, de telle sorte que tous les follatons et sarvans se sont mis à son service, comme les nains se mettent au service des fées. C'est important, que l'on dédie la maison à un ange ou à un saint du Ciel, sinon, les lutins n'en font qu'à leur tête, et c'est le chaos, il faut leur sacrifier du lait, au lieu des pensées qu'on sacrifie à Kannon, et c'est un saignement sans fin, dans les ressources domestiques. Les lutins peuvent parfois devenir monstrueux, s'ils n'ont aucun être céleste pour les conduire, et contrairement à ce qu'on croit, les simples mortels ne sont pas assez malins pour diriger ces êtrres, ces sortes de divinités terrestres.

Écrit par : R.M | 24/03/2010

Avalokiteshvara (ou Kannon) est un Bodhisattva qui intervient dans l'Opéra du Sichuan et dans plusieurs récits légendaires chinois, comme "Le Voyage en Occident".
Mais ce Boddhisattva est également féminisé en Chine sous la forme de Guanyin, Déesse de la Miséricorde, qui donne son nom à un thé le "Tieguanyin" (thé de la déesse de fer).

Écrit par : Rabbit | 24/03/2010

Après-demain, j'écrirai sur mon blog "genevois" l'effet qu'elle m'a produit quand je suis allé la voir au musée d'ethnographie de Genève.

Écrit par : R.M | 24/03/2010

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