25/03/2010

Candidats farfelus d’antan, et Ferdinand Lop

LOPPPP.jpgOn se souvient de la campagne présidentielle de Coluche, qui déclarait en octobre 1980:«Avant moi, la France était coupée en deux, avec moi elle sera pliée en quatre.» Or s’il est convenu que la candidature de l’illustre humoriste à salopette rayée eut le mérite de soulever des questions graves et importantes, on ne sait plus qu’il avait eu quelques devanciers encore plus fantaisistes. En voici quatre qui eurent aussi leur heure de gloire.

Aux élections d’avril 1902, toute la presse de l’époque de Jaurès s’amusa des tartarinades pince-sans-rire d’un certain Fénelon Hégo, de ses moustaches longues et de ses décorations en fer-blanc.

En février 1920, Jules Dupaquit, dessinateur facétieux et amateur de canulars, remporta des élections municipales bidon à Montmartre, scellant l’indépendance de ce quartier érigé en commune libre, dont il devenait à 61 ans le premier maire. Son programme était alléchant: déclaration de paix en cas de déclaration de guerre; suppression des mois de décembre, janvier et février; interdiction de mourir sur le territoire de Montmartre sous peine de mort!

En 1951, le Parti communiste français bannissait «pour excentricité» le camarade Aguigui Mouna qui se distingua depuis, et jusqu’à la fin des années nonante, comme un fauteur de troubles en marge de tous les partis. Plus sérieusement, il prôna l’usage du vélo («Je suis un cyclodidacte, la vélorution est en marche»), l’abolition des automobiles, la lutte contre le nucléaire. D’aucuns se souviennent encore de son cri de guerre:

-      Hii Aguigui, Aguigui à gogo mais pas gaga, Aguigui Mouna, Aguigui Mouna!


J’en dirai davantage du quatrième, Ferdinand Lop, (mauvaise photo d’en haut) car j’en avais entendu parler à mes vingt ans, en 1974, l’année où il mourut. Et parce que c’est lui qui m’a donné l’idée de cette chronique: en naviguant sur la Toile, je suis tombé sur un site du Pays de Gex, qui m’apprend que cet excentrique aimait aussi la région du Léman. Pur parigot du Quartier latin, il se faisait appeler Maître Lop, et déjà avant l’Occupation, il promenait une silhouette décharnée aux environs des facultés du Ve et VIe, en se prétendant éternel étudiant aux Beaux-arts, et en préconisant des projets politiques qui époustouflèrent les meetings où il faisait intrusion avec son chapeau à la Fernand Reynaud et son falzar étréci aux jambes.

Le Boul’mich était sa zone de harangues préférée. A chaque élection législative ou présidentielle où il se présentait (jusqu’à la succession de Georges Pompidou…), il proposait de prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu’à la Méditerranée. Il annonçait un aménagement de trottoirs roulants pour alléger le métier des péripatéticiennes. Il voulait jeter sur la Seine un pont large de 300 m pour abriter tous les clochards. Et, dans le sillage d’un Alphonse Allais, il avait la ferme intention d’installer Paris à la campagne afin que les Parisiens profitent de l’air pur.

Ce charmant hurluberlu eut des adeptes jusqu’en Sorbonne. De prétendus adversaires aussi. Les premiers s’autosurnommaient les lopettes, les seconds les antilopes. On inaugura pour les grandes réunions une Salle-Lop et une autre, plus modeste, la Salopette, qui était adjacente.

Ferdinand Lop se présenta jusqu’à sa mort à toutes sortes d’élections – à l’Académie française aussi. Et il lui arriva de récolter des voix.

Par le site de France voisine Ferney-Candide*, j’apprends donc que ce zazou situationniste qui se défendait farouchement d’être un fantaisiste, était un habitué de la région lémanique. Plus particulièrement du Pays de Gex. Il y créa un comité lopiste.

Il alla jusqu’à exhorter les bourgeois de Ferney à vendre aux Suisses la statue de Voltaire afin d’enrichir leur trésor public de devises étrangères. Si les Ferneysiens rirent beaucoup, le maire de Divonne refusa d’accueillir le maître Lop:

-      Il y a assez de fous ici…

 

http://www.ferney-candide.fr/15.html

Commentaires

Je n'ai qu'une question! En quoi ces candidats d'antan sont-ils plus farfelus que ceux d'aujourd'hui?... La seule différence que je puisse constater, c'est que de nosjours certains de ces farfelus sont non seulement candidats, mais sont élus!

Écrit par : Père Siffleur | 26/03/2010

Des farfelus élus par des humoristes ? C'est bien ce que pensent de la démocratie représentative certains comiques dont je suis.

Écrit par : Rabbit | 26/03/2010

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