03/04/2010

Vincent Kohler, fils du vent, apprenti extraterrestre

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Sa figure triangulaire évoque les bustes de Voltaire, un modèle de causticité qu’il ne désavouerait pas. Sauf pour les oreilles: celles de Vincent Kohler sont taillées en biseau, et auraient pu être à géométrie variable. Comme dans les films de SF où des Martiens parviennent à intercepter la moindre humeur de cette race terrienne dégénérée, rien qu’en les bougeant en radars. La planète Mars, il la convoite depuis sa plus friponne enfance à La Chaux-de-Fonds. «Je me qualifiais moi-même de «fils du vent», dit l’humoriste à succès de la Soupe - qui en remporte autant sur les planches. Je vivais la plupart du temps au dehors, à compter les étoiles, à regarder les nuages, à marauder les cerisiers, à y construire des cabanes. Ou à me déguiser en peau-rouge pour libérer des squaws effarouchées neuchâteloises du Haut.» Ses parents eurent la noblesse pédagogique de laisser leur sauvageon rêvasser à sa guise. «La liberté qu’ils nous ont octroyée, à ma sœur, mon frère et moi, était exceptionnelle. Et ils sont fiers de la connerie ambiante qui nous habite encore tous les trois.»

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Voilà huit ans que son timbre aigu, couleur de zinc mais qu’il module à volonté, clavecine chaque dimanche matin pour contraster avec la voix d’une Anne Baecher, d’un Laurent Flütsch ou celles, multiples comme on sait, de notre Yann Lambiel national. «Yann est un grand imitateur de personnalités, moi, je n’imite que des inconnus». Doté d’une ouïe fine perméable à tout (il joue du saxo depuis ses dix ans), Vincent Kohler capte et enregistre les paroles de M. et Mme Tout-le-monde, leurs intonations, leurs accents, leurs tournures désuètes ou djeunes, savantes ou ordurières. A partir de ce matériau, il se monte un casting de personnages imaginaires qui reviennent dans ses sketches. Ils ne sont jamais tout à fait les mêmes. Excepté son désormais populaire André Klopfenstein, un envoyé «très spécial» de la RSR dans les endroits les plus incongrus (jusqu’à l’intérieur du cerveau du pape!), et de l’actualité la plus brûlante. Cet alter ego de fantaisie batoille jusqu’au délire dans un micro grésillant. Sa volubilité daube celle de grands reporters au parler pointu, mais quand Kohler imite Josiane, la femme d’André, qui périodiquement le relaie, son débit se ralentit et il contrefait l’accent laiteux-granuleux et chantant d’une brave Locloise. Une qui a les pieds sur terre, alors que son mari a des semelles de vent.

Ce couple naît en 2004 dans les étoiles, pour une saynète de la Soupe, où Kohler renoue avec ses vieux rêves interstellaires en campant un technicien chargé de réparer un robot défectueux sur Mars – décidément sa planète préférée.

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Depuis, André Klopfenstein continue de faire des siennes à la radio, mais aussi dans les tournées d’un one-man-show*. «Mais je pense abandonner bientôt ce personnage pour en créer d’autres, parlant différemment. J’adore détruire ce qui est acquis, triturer les langages, les formes.» Et Vincent Kohler le dit avec la joie gourmande d’un mouflet qui casse ses jouets.

Mais cette fois, il va devoir incarner sur scène des personnages existants ou qui ont existé: avec son compère Thierry Meury, il signe un spectacle sur quarante couples célèbres qui sera créé au Zap Théâtre de La Chaux-de-Fonds, puis joué du 18 au 29 mai au Palais Mascotte, à Genève*. «Adam y donnera la réplique à Eve, Lady Di au prince Charles, Laurel à Hardy, et j’en passe.»

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L’improvisation, l’humour, la satire politique sont des muses qui bordèrent Vincent Kohler au berceau, mais ce n’est qu’à 30 ans, qu’il s’est décidé à devenir, comme dit Rimbaud, leur «féal». Pendant 18 ans, il a été enseignant à l’école primaire de sa ville. «Je m’intéressais qu’aux enfants en difficulté, pas ceux de l’élite.» Il se plongeait dans le marasme de ces victimes de l’hypocrisie sociale avec compassion et souci de vérité.

Parallèlement, il s’initiait au métier d’humoriste. «Sans le rire, on se pend.»

 

Image d'en haut: polaroid d’Alain Margot.

 

 

 

 

André Klopfenstein, envoyé très spécial, encore jusqu’au 10 mai au Théâtre du Passage, Neuchâtel.

 

www.vincent-kohler.com/website

 

 

BIO

 

 

1965

 

Naît à La Chaux-de-Fonds. Son père est directeur d’école, sa mère régleuse horlogère.

 

1975

 

Joue du saxo. Fait toutes ses classes dans sa commune natale. Y compris l’Ecole de commerce. Mais sera enseignant durant 18 ans.

 

1985

 

Popiste, siège six mois au Conseil général de la Tchaux, puis claque la porte à la militance.

 

1999

 

Premier spectacle public au conservatoire de sa ville: parodie d’une radio bien connue, Espèce 2 a un franc succès.

 

2001

 

Son one-man-show Vincent Kohler est parmi nous, mis en scène par Jean-Luc Barbezat, obtient un prix à Yverdon et lui ouvre la porte des Dicodeurs.

 

2002

 

Rejoint l’équipe dominicale de la Soupe. En 2004, il y crée le personnage d’André Klopfenstein.

 

2005

 

Abandonne l’enseignement pour devenir humoriste et homme de scène.

 

2007

 

Naissance de sa fille Amélie.

 

 

 

                                                                                                  

11:26 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)

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