10/04/2010

Les quais de la Saône, à Lyon

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Je ne comprends pas pourquoi tant de Romands ignorent la belle capitale des Gaules. Ils ne la boudent pas, ils l’oublient, tant ils sont encore happés par la flamme du prestige - de plus en plus surfait - de Paris: «Lyon, je n’y suis jamais allé; mais ce serait une idée. Juste pour changer.» Ou encore: «Je n’en garde qu’un souvenir affreux d’attente devant le tunnel de Fourvière. Nous revenions de vacances sur la Costa Brava, on étouffait dans la voiture de mes parents. Et le peu qu’on apercevait de la ville en la traversant paraissait si sombre…»

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Or voilà plus de vingt ans, que ce tunnel de sinistre mémoire a été supplanté par des voies autoroutières de contournement, et que la troisième ville de France a eu le temps de se pomponner, de rechauler ses églises médiévales, repeindre en couleurs variées et tamisées les façades de ses maisons bourgeoises. Depuis, à chaque début décembre, sa Fête des Lumières est une attraction qui séduit, par ses techniques savantes, artistiques et novatrices des visiteurs qui affluent du monde entier.

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Sauf de Genève, Lausanne, Neuchâtel où, décidément, les amis dont je vous parle n’ont d’yeux de Chimène que pour une énième illumination de cette maudite tour Effeil, ou pour le charme indolent des quais de la Seine, l’esprit de Prévert qui y perdure, ou pour  les boîtes des bouquinistes - qui ne contiennent plus, hélas, que des livres médiocres sauvés du pilon, des reprints artificiellement défraîchis et travestis en éditions originales.

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Mais Diable, moi j’ai appris depuis quelques décennies à leur préférer les quais lyonnais de la Saône. Rive gauche d’abord: sur le quai de la Pêcherie, qui prolonge celui de Saint-Antoine, de vrais connaisseurs du livre ancien alignent chaque week-end des cases qui fleurent bon l’extrafine moisissure de l’authenticité.

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Plus au sud, en direction de la pointe de la péninsule, les fumets deviennent plus appétissants: car, passé les stands des fleuristes et des maraîchers, on voit rôtir des poulets fermiers dont la peau se dore jusqu’à se craqueler au soleil du printemps. Cette saine et brave volaille bressane s’accompagne agréablement d’un petit verre de morgon, quand on la déguste debout sur de hautes tables au bord de la rivière.

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De l’autre côté, la rive droite de la Saône, accueille le dimanche matin, sur son quai de Bondy, des artisans de la ville chrétienne la plus ancienne de France. Rien à voir avec la bimbeloterie bondieusarde et sulpicienne des échoppes entourant de Notre-Dame de Fourvière, dont la statue géante et néoclassique les surplombe. Leurs joailleries, dentelles et autres passementeries sont audacieuses et souvent belles. (Pas toujours.) Elles ont quand même été créées dans le sillage d’une mentalité artisanale plusieurs fois séculaire, et dans un esprit travailleur, appliqué et si pointilleux que les Lyonnais en rient eux-mêmes quand ils se comparent (sans malice) à leurs cousins de Suisse…

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Les Romands méconnaissent pour la plupart la ville de Lyon, et ils ont tort. Elle leur est proche géographiquement, et par l’histoire d’une économie commune (le Rhône, sa navigation, ses moulins). Par une appartenance à une langue qui n’est pas celle de Paris (oïl), ni celle de Toulouse (oc) et qu’on appelle le franco-provençal.

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C’est à Cracovie, et non pas à Varsovie, que se parle, dit-on, le meilleur polonais. L’allemand de Mannheim serait moins frelaté que celui de Brême. Le français de Lyon n’est de loin pas plus «pur» que celui de Paris ou Angers, mais il est plus ancien, un tantinet plus latin. Il ressemble au nôtre.

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Chez les Gones, descendants des soyeux ou canuts, le mot panosse par exemple, est aussi en usage. Il ne s’applique pas précisément à une serpillière comme en Suisse, mais plus largement une guenille, un vague chiffon et, surtout, «une personne sans tenue et sans énergie».

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En gros, une chiffe molle.

 

(Image d’en haut: marché de la Saône, photo Fausto/Wordpress)

 

Commentaires

Excellent rappel.
J'y vais très souvent avec plaisir et y retourne sous peu pour l'expo Ben et manger chez Le bEC
p.l.

Écrit par : pierre losio | 10/04/2010

Oui, Lyon est une belle ville, qui a été la capitale du royaume burgonde, dont la Suisse romande a fait partie.

J'aime aussi pour ma part Notre-Dame de Fourvière et son style finalement proche de l'esprit pré-raphaélite, je crois. Les intellectuels français détestent ce style autant qu'ils détestent Burne-Jones, mais c'est injuste, et le style officiel du Paris d'alors, représenté par le Sacré-Coeur, ne vaut en réalité pas mieux, quoiqu'il se voulût plus conforme au goût moderne et à l'évolution supposée des arts. Le style moderne est celui des fonctionnaires, puisque les chantiers de Paris s'obtiennent sur concours. Bossan, l'architecte de Notre-Dame de Fourvière, s'est imposé à la municipalité par son génie original.

Écrit par : R.M | 11/04/2010

Vous avez totalement raison lyon est devenu en 30 ans une ville magnifique, très propre et sûr, en 2 mots le contraire de Genève aujourd'hui!

Je suis resté avec mon camping car 3 jours en plein Lyon, sans aucuns problèmes.

Nos petits politiciens devraient aller y faire un tour, ne pas croiser de dealers tous les 5 mètres est assez déroutant!

Écrit par : dominiquedegoumois | 12/04/2010

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