13/04/2010

Un district de chimère disloque le Jorat

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Pendant que le Festival Cully-Jazz bouillonne de croches déjantées au pied d’un vignoble et les pieds dans l’eau, je ne me fais pas à l’idée que ce joli bourg lacustre est aussi le chef-lieu de la majeure partie du Jorat. Un arrière-pays lointain, par-delà les moraines, où ce n’est pas la couleur du Léman qui prédomine, mais le vert sombre des épicéas. Les Culliérans sont des enfants quasi-méditerranéens d’un adret solaire – du soleil ramuzien qui éclaire et le lac et la treille. Alors que les natifs de Ferlens et Montpreveyres, eux, ont été éduqués par l’odeur ténébreuse de la terre, et par la bise qui descend de Berne. Leur cœur est septentrional ; leurs ruisseaux se jettent dans la Broye pour rejoindre l’Aar, puis le Rhin et la mer du Nord. En mariant un peu arbitrairement ces deux populations dissemblables, le découpage des districts vaudois de 2008 a commis ce que les biologistes appellent une chimère: organisme créé artificiellement à partir de deux génotypes différents.

Dans les épopées antiques, cette bévue de laborantin engendra des monstres mythologiques. Les équarrisseurs de notre modeste carte cantonale ont fait pareil, mais à notre aune: ils ont arraché au giron joratois des communes qui lui étaient devenues naturelles pour les greffer à un district oblong et désarticulé. Corcelles, Hermenches ou Carrouge n’ont plus Oron pour capitale, mais Payerne. Une vraie ville – on s’y perd quand on est villageois. Jacques Chessex, qui vécut à Ropraz de 1976 jusqu’à sa mort l’an passé, n’en fut pas trop navré: l’ombre de la sainte abbatiale avait été le havre de son enfance. Pourtant ses plus belles dédicaces poétiques au pays natal chantent le Jorat et cette cordillère d’Alpes bernoises, fribourgeoises et vaudoises qui l’exhausse au nord-est.

 «A la Riponne, je me sens en province, disait-il. A Ropraz, je suis au centre de l’Europe.»

Le génie du Jorat est d’être le cœur géographique d’un continent sans le savoir. Il a son entité, son génome propre, qui est fait de lumières, de sons et de senteurs qu’on ne trouve que chez lui.

A l’aurore – l’heure du chevreuil – sa végétation est schumannienne, innocente et fiévreuse. A midi les vents de l’Ouest la ravivent par les coloris d’un Vlaminck. A la brune, heure du coucou, un arôme d’herbes tièdes emplit les sous-bois avec des vapeurs jaunes de tisane, à la mode Mère-grand.

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(Photo Odile Meylan)

 

 

Commentaires

Vraiment, quand je lis un texte de Gilbert Salem, comme celui plus haut et bien des autres, je me sens interpellée au dedans et au-dehors: il y a la fontaine et le glouglou du goulot et les gouttelettes m'éclabousser. Cully et le Jorat, et les gens que je connais pas, je peux les visiter une première fois sous le soleil en passant par l'odeur ténébreuse de la terre et rafraîchie par la bise qui vient de Berne: Et je me dis que nombreux, dont moi, sont de ces chimères, nées de multiples rencontres et qui nous lient organiquement! Et la promenade continue: je sens, je respire, je contemple, j'écoute, je m'étonne et reviens sur mes pas, pour faire demi tour vers le chant du coucou, les arômes d'herbe tiède et la tisane dorée de grand-mère!
C'est la plénitude de l'instant présent. Merci.

Écrit par : cmj | 13/04/2010

Grand merci à vous, chère Soeur Claire-Marie Jeannotat, que j'admire tant!

Écrit par : Gilbert | 13/04/2010

Lâchez un peu la brosse à reluire, les petits loups, et lisez ce que j'amène.
Dans les années fastes, le district de Lavaux est, avec celui de Rolle, le district qui engrange le plus de recettes fiscales de tout le canton. Suivant Monsieur Gilbert sur ses brisées, peut-on dire que c'est grâce aux brigands du Jorat ?

Écrit par : Rabbit | 15/04/2010

il mio sostegno + ritalo e la mia commozione tutta
Je m' excuse pour les caisses qu'j'ai pas brulées kon jvoulais brules la taspè, mais bon la plaque étaiat Berne
ça va Gilbar, ?; t'aurais pas une ainsiclop-tige x moi? comment effacer les gros mot que j'ai tapè
po-russkij: kak mogu ekhat' MAT chto ya pissal ranche? pisdets.............

Écrit par : le boudin | 16/04/2010

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