24/04/2010

Le Vieux-Nyon et ses hôtes régicides

 

 

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I

 

ll s’est vu de fervents festivaliers du Paléo qui n’ont jamais visité Nyon, alors que depuis la station de l’Asse trois minutes ferroviaires suffisent pour débarquer dans la fière cité latine, et y faire de beaux voyages dans le temps. Référence bien sûr à la colonnade romaine (photo d'en haut), au buste du dieu Attis niché dans une «Tour César». Au majestueux château en surplomb qui se découpe sur un ciel azur d’enluminure médiévale.

Mais la ville est riche aussi d’anecdotes historiques méconnues, dont une rougeoie d’un sang qui avait ruisselé au pied de la guillotine, à Paris, un 21 janvier 1793…

A Nyon, c’est autour d’une arène modeste que vagabonda l’odeur sacrée de ce sang royal après la Révolution. Elle imprégnait les habits d’escogriffes hirsutes et sans regard: au retour de Louis XVIII en France, de nombreux députés conventionnels qui avaient voté la mort de son frère Louis XVI s’exilèrent, dont certains trouvèrent refuge dans des maisons riveraines de la place Perdtemps. Celle-ci était pour les Nyonnais, ce que l’actuelle Concorde fut alors pour les Parisiens: un terre-plein balayé par les vents. De nos jours, la voilà plus triste encore que la Riponne; aussi moche que la Grand-Place de Vevey quand il n’y a point le marché: des bagnoles à perte de vue. Naguère, Perdtemps a été un champ de tir, de joutes sportives, de réjouissances…

 

Au temps où elle accueillit ces régicides que toute l’Europe maudissait, ses réverbères n’éclairaient son limon herbu qu’en période de vendanges, et ses nuits réveillaient des fantômes. Les proscrits français ne s’y attardaient pas. Leurs patronymes étaient sonores: Reverchon, Montegut, Fazilhac – un forcené qui avait fait fondre toute l’orfèvrerie des églises de France. Marie-Denis Pellissier, lui, avait accéléré le procès du roi en produisant des lettres secrètes fouinées dans une armoire en fer des Tuileries.

Après avoir été de terribles orateurs, ils ne ferraillaient plus, s’assagissaient peu ou prou, pleuraient leur patrie perdue.

Nyon, un bon abri? Non, ces pauvres diables y étaient tolérés. Sans plus.

 

Commentaires

"ll s’est vu de fervents festivaliers du Paléo qui n’ont jamais visité Nyon..."

Et il y a des habitants de Nyon qui n'ont jamais foutu les pieds au Paléo. Je suis extrêmement bien placé pour vous l'affirmer.

Écrit par : Scipion | 24/04/2010

Sur le site de la Ville de Nyon, on trouve ce qui suit à propos de la manufacture de porcelaine:
"S’inspirant principalement des modèles créés à Paris dans les manufactures protégées par la Reine ou par le comte d’Artois, elle sut, sous l’influence certaine de son directeur, Jacques Dortu, adapter les formes et les motifs à la clientèle qu’elle avait, composée avant tout de notables et de patriciens locaux, tant bernois et vaudois que genevois, les livres de comptes qui ont subsisté en témoignent."
On comprend alors que les notables & patriciens locaux aient eu des raisons de se méfier de ces briseurs de vaisselle parisiens.

Écrit par : Rabbit | 26/04/2010

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