01/05/2010

Le sabot-de-Vénus, relique hermaphrodite

SABBBOT.jpg

 

Imaginez un faciès jaune à poil dru, sans yeux, flanqué de moustaches lancéolées et pourvu d’une gueule énorme en jabot prête à vous gober tout cru! Le sabot-de-Vénus, très en honneur au Musée botanique de Lausanne*, est une haute fleur indigène qui devient monstrueuse si on la regarde de trop près - à l’instar de la tête du papillon ou de la guêpe, dont les châsses exorbitées évoquent quelque déesse de la mort. C’est du moins la vision cauchemardesque qu’en ont les insectes juste avant que l’orchidée les fasse tomber dans son piège diabolique en forme de godasse: la proie vibrionnante ne peut s’en échapper sans passer par des galeries étroites, tapissées de graines pollen qui s’incrustent sous ses ailes. Une fois libérée, elle les véhiculera à la ronde et, dans son étourderie butineuse, fécondera d’autres plantes de la même famille. Tel est le miracle de la pollinisation de ces fleurs étranges, dont l’hermaphrodisme et le mode reproductif inspirèrent à Marcel Proust une scène sulfureuse de «Sodome et Gomorrhe».

 

La plupart des orchidées (du grec orkhidion, petit testicule) - se déclinent et se conjuguent au masculin. Le sabot-de-Vénus aussi, même si dans le roman de Corinna Bille qui porte son nom, il incarne la pénombre odorante et féminine de la forêt. A midi, le soleil zénithal transmute ses couperoses latérales en délicates sanguines historiées et son labelle jaune en petite bottine d’or. (En terres catholiques, celle-ci n’est pas un attribut de la païenne Aphrodite, mais une relique de la Vierge, qui l’aurait égarée lors d’une fugace apparition.)

Admirez sa grâce à distance, et surtout ne l’enlevez pas de son milieu naturel – ravin, hêtraie, ou sols poreux - pour le cultiver chez vous. La fleur vénusienne ne trouvera pas dans votre jardin des mycorhizes, ces champignons avec lesquelles elle vit en symbiose pour parvenir à germination. Menacée par la sylviculture intensive et bien d’autres fléaux, cette relique deux fois divine

est d’ailleurs protégée dans toute l’Europe.

 

(*) Du 30 avril au 15 août 2010. www.botanique.vd.ch

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.