11/05/2010

Ce Carnaval de Lausanne qui n’en est pas un

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On a pu comprendre l’irritation, le week-end passé, de Mark Ukaj, excellent libraire et galeriste à l’enseigne de l’Univers, rue Centrale, au milieu des bastringues et fumets du prétendu Carnaval de Lausanne. A chaque printemps, son cauchemar recommence: des vapeurs de kebab et de ragoûts chinois s’infiltrent dans son échoppe qui fleure bon le papier chanci et la cire pour traiter les reliures anciennes. Les conversations chuchotées de ses clients sont troublées par le tir au pistolet d’un stand forain ou le fracas d’un punching-ball géant. Le fond sonore général est assuré par les fifres, tambours et autres cornets à piston de Guggenmusiks, dont les instrumentistes excèdent toute mesure, jusqu’à plus soif, avec la bénédiction de nos édiles. Elles affluent de toute la Romandie, mais aussi de France voisine.

 

Les Guggenmusikers d’Yverdon sont les Cradzets, ceux de Lausanne les Clok’s et les Bedzules – leurs robes amples et peinturlurées ressemblent à celles de Tintin, Haddock et Tournesol quand ils vont au supplice sur le bûcher des Incas, dans Le Temple du Soleil. Ils sont quand même moins renfrognés que les disciples de la secte suicidaire de l’Ordre du Temple solaire, même s’ils sont accoutrés un peu pareillement. Les museaux jaune et rouge de nos Bedzules m’évoquent joliment les perruches de Mon Repos. Mais au petit matin, leur grimage se détrempe et noie leurs sourires.

 

Comme dans les films Roma et Amarcord de Fellini, le lendemain de cette fête circonscrite par un périmètre urbain chiche (du Grand-Pont au Pont-Bessières) a quelque chose de languide. On n’a pas dormi mais on a mal aux cheveux, et le pavé est jonché pour une semaine de confettis poisseux. Pourtant, nombreux sont ceux qui garderont de ces trois jours de liesse un souvenir heureux. On pense à nos concitoyens étrangers, qui ont festoyé ensemble, échangé spécialités culinaires, mélodies boliviennes, fados portugais. Durant une féria cosmopolite, Lausanne redevient traditionnellement leur ville à part entière. Jusqu’en 1996, cette saturnale fut une Fête du Soleil maudite, car il y pleuvait immanquablement. Quelle erreur de l’avoir rebaptisée comme ça: elle n’a rien d’un carnaval, ne clôturant aucune période d’abstinence comme les cliques du Morgenstreich de Bâle le font au carême - précédées par les processions délurées de Rio. Un carnaval se doit être symboliquement une mise à mort de l’hiver, pas une kermesse vide de sens à l’orée de l’été.

On aurait plus modestement, et judicieusement, l’appeler la Fête du printemps, non?

 

 

 

Commentaires

Cette description d'une fête en milieu urbain est très réussie et peut s'appliquer, hélas, à presque toutes les formes de fêtes populaires de la région. Que ce soit la St Martin ou la fête de Vevey-Est à Vevey ou le carnaval de Lausanne, le tout ne semble être devenu qu'un prétexte pour noyer la population sous des baraques à frites, à pizza et à accras de morue, mais aussi sous de stands qui vendent des laines polaires chinoises, des casquettes de baseball et des frisbees. Ce qui, autrefois, n'était que les légumes d'accompagnement est peu à peu devenu le plat principal. Toutes ces fêtes se ressemblent désormais par leur platitude : on y va pour manger une méchante saucisse tiède sur une assiette en carton et se faire gueuler contre par des haut-parleurs qui crachent les derniers tubes en vogue. Je paierais cher pour trouver chez nous le sens d'une authentique fête populaire, comme on en voit par exemple dans les rites austères et fascinants des semaines saintes sévillanes.

Écrit par : david laufer | 12/05/2010

On imagine assez bien saint Laufer défilant dans les rues de Séville en se lacérant le dos avec un martinet à fil de fer barbelé...
Je crois que je préfère les San Fermines...même si les toréadors détestent être déconcentrés par la foule qui chante l'hymne du saint de la ville et ratent toutes leurs mises à mort. Et qu'il ne fait pas bon s'aventurer dans ces arènes si l'on est touriste et mal conseillé. Si vous êtes touriste, déguisez-vous en blanc avec un foulard rouge, sinon...
Je pourrais même recommander à Laufer de se lancer dans un encierro, je me ferais un plaisir de le regarder courir à la télé...

Écrit par : Géo | 12/05/2010

La semaine sainte de Séville n'est pas une fête populaire, mais avant tout une fête religieuse. La fête populaire vient juste après. Il s'agit de la feria de abril, dont l'aspect commercial du début (le marché aux bestiaux)s'est estompé progressivement en faveur de l'aspect festif. En cela, elle a évolué de manière inverse aux fêtes citées par David Laufer. Autre chose, c'est ce qui distingue ces fêtes populaires de leurs succédanés contemporains que j'aime à classer d'office parmi les "fêtes du bruit". Il s'agit de la préparation. Née à Séville, je suis bien placée pour savoir que le costume d'andalouse a un certain prix, au point qu'on l'achète longtemps à l'avance, avec tous les accessoires choisis avec soin, qu'on le conserve bien avant de le transmettre, souvent, à une soeur ou à une fille, que les fêtes sont organisées et gérées par ceux qui y participent. Faute de quoi, la fête ne sera rien d'autre qu'un centre commercial à ciel ouvert.

PS Je n'ai jamais vu personne se frapper avec avec un martinet, ni avec rien d'autre, d'ailleurs.
Je ne qualifierais pas la semaine sainte de Séville d'austère. elle est plutôt colorée et brillante, si on la compare, par exemple, à celle de Zamora...

Écrit par : Inma Abbet | 12/05/2010

"PS Je n'ai jamais vu personne se frapper avec avec un martinet". Moi non plus, bien entendu, puisque je n'y suis jamais allé. Mais il me semblait que cela se pratiquait encore, chez les tiers-mondistes du sud de la péninsule.

Écrit par : Géo | 12/05/2010

Si vous voulez voir des coutumes encore plus bizarres...

http://www.youtube.com/watch?v=Ws-E1iqwHQI&feature=related

Je n'y suis jamais allée, mais on y risque moins qu'aux Sanfermines, à mois d'être assommé à coups de tomates vertes.

Écrit par : Inma Abbet | 12/05/2010

Réagir ou ne pas réagir à chaque commentaire de mon usurpateur ? Pourquoi cette plateforme n'a aucune médiation ? Rabbit/nagolet (la face claire et la face sombre...) a déjà avoué que pour lui "Géo" était un pseudo collectif à ses yeux.
N'aurions-nous pas avantage à ce que l'auteur de chaque intervention soit reconnaissable au moins par un pseudo ?
Très franchement, je crois que je vais m'abstenir à jamais d'intervenir par ici et laisser la place à Monsieur bouffe-tout aux mille pseudos : Pierre-André Rosset, PAR, nagolet, rabbit et maintenant Géo bis...

Écrit par : Géo | 13/05/2010

Géo, je suis complétement d'accord avec vous. Vous lisant depuis deux ans, je sais que jamais vous n'auriez proféré d'insulte aussi grossière aux habitants de la péninsule ibérique, telle que l'insinue votre saleté d'usurpateur. Quelqu'un qui vous en veut. Mais qui? Un partisan du NMBA Bellerive qui n'avait pas apprécié votre (notre) croisade contre cette horreur? Scipion lui-même? A qui le crime profite-t-il?

OUI bien sûr à un accès contrôlé digne de ce nom sur cette plateforme.
Cordialement,

Écrit par : Ernst | 13/05/2010

Merci Ernst. Vous êtes bien mon dernier soutien sur cette plateforme. Et pourtant, ce n'est pas faute de faire des commentaires intelligents, sensés, réfléchis et dénués de tout racisme. Vous pensez, moi qui ai vécu des années en Afrique, oser me traiter de raciste. Merci à vous.

Écrit par : Géo | 13/05/2010

Rabbit/Ernst@ vous êtes simplement lamentable...

Écrit par : Géo | 14/05/2010

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