12/05/2010

Mandelmann et la villa du Corbu de Corseaux

Si par ses travaux d’artiste ou ses engagements dans le tiers-monde, Erling Mandelmann est un des plus humanistes de nos photographes romands vivants, ce Danois au visage diaphane et doux est celui qui perpétue le plus souvent la mémoire culturelle récente de sa terre d’adoption.

Jusqu’en septembre, la fameuse villa Le Lac, à Corseaux, expose des photos qu’il y avait réalisées en 1964. *

Quarante ans auparavant, Le Corbusier achevait à peine de la construire pour y loger ses parents que des édiles de la région furent scandalisés par ses formes audacieuses: avec son toit-jardin, sa fenêtre en bande et un plan libre, elle inaugurait en effet l’architecture moderne en Suisse, puis dans le reste de l’humanité.

Ce fut sa posture inhabituelle en bordure du Léman qui tracassa le plus ces conseillers généraux insurgés. Ils la jugèrent effrontée, et l’accusèrent de «crime lèse-nature».

A présent, les successeurs de ces tristes béotiens d’antan insistent qu’elle pour qu’elle ait la meilleure place dans les dépliants touristiques de la Riviera vaudoise. En fait, elle attire surtout des visiteurs avisés qui ont fait des pèlerinages corbusiens à Ronchamp, à Chandigarh et jusqu’à Tokyo.

Le bâtisseur déjà visionnaire de cette maisonnette, avait eu la vision toute aussi vaste, de la réduire… Economisant le plus possible toute surélévation, pour éviter que la tête de ses parents n’effleure la traverse des portes, ce fut pour lui une prémisse de l’urbanisme à l’échelle humaine proprement dite.

Son père, Georges Edouard Jeanneret y mourut un an après s’y être difficilement acclimaté. Marie-Charlotte, née Perret, sa si chère maman musicienne (relire cette passion filiale dans La saga Le Corbusier, talentueusement et respectueusement romancée par Nicolas Verdan, parue chez Campiche*), y devient, elle, centenaire. A sa mort, en 1960, cinq ans avant son aîné, le Corbu, c’est le frère de l’architecte, Albert Jeanneret qui s’y installe. Un créateur très moderne, lui aussi, mais pour y faire jouer des architectonies musicales hermétiques, qui ont fait chanter disharmonieusement, mais si bellement, des chœurs amateurs au son de cloches mal accordées. De tuyauteries sonores, de papiers froissés, ou de gravillon secoué sur la peau des tambours… Autant de nobles extravagances qui n’eurent d’autre but que d’humaniser tous les bruits du monde. Ses élèves l’en aimèrent beaucoup.

Tout comme notre Erling Mandelmann, qui, au mitan des années soixante, avait été accueilli par Albert Jeanneret comme un ami, un frère. Et dans cette villa Le Lac, dont les formes et innovations architecturales choquèrent naguère, mais dont notre photographe, au sang scandinave vif, mais timide et attentif, a su réveiller le génie ancien.

Qui est si neuf.

www.erlingmandelmann.ch



www.villalelac.ch

 

 

 

 

 

20:07 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Erling Mandelmann que je connais bien, est un humaniste dans le plus pur sens du terme, car il s'est toujours distancié des fanatismes, fussent-ils larvés, avec le regard juste et discret de celui qui sait mettre en confiance la personne qu'il doit photographier.

Écrit par : Santo Cappon | 12/05/2010

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