17/05/2010

Suzette Sandoz, un aiguillon réactionnaire si charmant

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Après avoir quitté ses activités politiques, puis sa chaire de droit de la famille et des successions, elle conserve à 68 ans tout son dynamisme de séductrice. Et une passion «fondamentale» pour le métier de juriste. Or Suzette Sandoz  a encore un pied à l’Unil en tant que prof honoraire, et on la revoit beaucoup dans les débats télévisés. Elle écrit dans les revues, les journaux (notamment dans la NZZ Am Sonntag). Derrière son front en marbre soyeux de Carrare, ses projets de chroniques fourmillent. Un qui l’éperonne actuellement pourrait heurter certains conformistes: si elle conçoit que les juges d’un tribunal soient soumis à une impartialité absolue, elle serait d’avis qu’ils fassent connaître, sans en user évidemment, leur couleur politique: «Dans une démocratie, les justiciables doivent savoir de quelles philosophies sont nourris leurs jurés.» Pour vous convaincre de son idée, l’ex-députée libérale vaudoise penche sa tête de femme-oiseau - que les Rolleiflex d’Edouard Boubat et Willy Ronis auraient volontiers croquée dans leurs studios parisiens. Puis vous scrute d’en bas d’un air espiègle.

Car l’espièglerie fait aussi partie du caractère de cette bûcheuse, aguerrie à dépouiller des dossiers austères, à polémiquer sur des thèmes brûlants. Son sourire ne la quitte pas: il désarme les contradicteurs les plus remontés contre son opiniâtreté de fer, contre ses arguments jugés «bourges et réacs».

Ses adversaires? Des femmes qui ne lui pardonnent pas son féminisme mitigé, ses prises de position dans le régime matrimonial. La Suzette hausse ses délicates épaules et tourne la difficulté de la question en riant. De la féminisation des noms de métiers, par exemple: «Les auteures, je les appelle les «autruches». Ce sont des femmes de plume, non?»

 Autres détracteurs: des partisans de l’adhésion à l’UE la proscrivent pour son euroscepticisme. Des politiciens juristes, qui furent naguère ses ouailles à l’Unil, lui en veulent de systématiquement chercher le défaut de la cuirasse de toute nouvelle initiative. Mais ceux-là, après la controverse, l’invitent à déjeuner restaurant. «Qu’importe s’ils me trouvent ringarde. Ils me savent franche, et se souviennent qu’à la Faculté, je n’ai exercé sur eux aucune influence politique. Je les exhortais à se forger librement une opinion propre. A comprendre que le droit est fondamental parce qu’il est un apprentissage du respect de l’autre.»

 

Elle naît Suzette Monod. Papa est officier de carrière, féru d’histoire, donc de politique. Maman une chrétienne pratiquante, très hospitalière. Leur maison du quartier de Cour, à Lausanne se trouve au pied du raidillon du Languedoc. On y respire un microclimat doux, y croque des cerises à la mi-mai déjà. «Pour connaître la bise, nous devions grimper jusqu’à Saint-François.»

Demoiselle Suzette ne va pas à l’école publique, mais chez les sœurs de Montolivet, à Montchoisi. Leur discipline restera un legs inestimable. Non pas pour les belles manières auxquelles les collégiennes sont astreintes, mais pour la qualité du français classique enseigné, et qui structure les pensées, tandis que les pédagogies vasouillardes d’aujourd’hui les diluent.

La vie politique du canton et du pays la captive depuis ses premiers soupers familiaux, mais elle rechigne encore à s’inscrire dans un parti. A 26 ans, elle se contente d’un militantisme anticommuniste au sein de l’Alma mater lausannoise, son nouveau foyer. Dans une revue associative interne, elle se distingue déjà par une plume vive qui bat en brèche l’esprit «gauchiste» alors prépondérant.

Ce n’est qu’à 32 ans qu’elle se décide à s’inscrire chez les libéraux, auxquels est affiliée sa famille, sous l’égide du patriarche Louis Guisan. La maison politique qui l’accueille l’intimide par ses dogmes, par un hiératisme peu oxygéné. Mais la vivace Suzette y trouve un futur mari: Henri Stanton Sandoz, bel homme à parentés américaines, est alors le secrétaire du Parti libéral lausannois. Trente ans après sa mort prématurée, en 1980, elle l’évoque sans larmes. Avec un rire chantant et rédempteur qu’ils ont dû partager.

 

 

 

 

BIO

 

 

1942

 

Suzette Monod naît à Lausanne. Un père militaire. Une sœur aînée, un frère cadet.

 

1964

 

Après une scolarité classique chez les sœurs de Montolivet, et une matu fédérale, obtient une licence en droit à l’Unil. Epouse Henri Stanton Sandoz.

 

 

1966

 

Naissance d’Anne, sa fille, qui lui fera deux petits-enfants: Sébastien en 1995, Irène en 2000.

 

1974

 

Adhère au Parti libéral

 

1986

 

Députée au Grand Conseil vaudois jusqu’en 1991. Et, jusqu’en 1998, au Conseil national, à Berne.

 

1990

 

Prof ordinaire à l’Unil, puis secrétaire du Sénat. Participe aussi à des œuvres sociales, chrétiennes. Multiplie cours et conférences.

 

2006

 

Prof honoraire à la Faculté de droit, après en avoir été la doyenne durant quatre ans.

 

15:33 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Je ne partage pas les idées politiques de Madame Sandoz, mais j'ai souvent admiré ses prises de position et sa franchise dans l'expression de ses idées, cela démontre un courage certain, dont malheureusement beaucoup d'hommes ou de femmes politiques qui font la une des journaux sont tristement dépourvu, hélas...

Écrit par : Graindesel | 17/05/2010

Lors des débats sur le PACS en Suisse, je n'avais pas trop aimé les positions de Suzette Sandoz. Je trouvais pour ma part normal, le droit à l'homosexualité entre adultes consentant étant admis, qu'il existe une protection juridique des droits des partenaires homosexuels (héritage, droit de la propriété et du bail, etc...). Suzette Sandoz était contre, alléguant du fait qu'il s'agissait de la tactique du salami et que les homos, cette étape franchie, réclameraient le droit au mariage et donc à l'adoption.
Lundi passé, c'était le jour contre l'homophobie et les représentants des surpuissants syndicats homosexuels ont tous fait ressortir l'urgence qu'il y avait pour la Suisse de s'aligner sur les brillantissimes états européens qui ont adopté le mariage gay, sous peine d'être une fois de plus condamnée par la communauté internationale (sous-entendu : les 2 ou 3 guignols bruxellois qui font l'opinion dans cette capitale de pacotille...).
Suzette Sandoz avait une fois de plus raison...
PS. Lisez le dernier 24 heures. Godard est du même avis que Khadafi sur la Suisse et son avis sur l'affaire Polanski est le même que celui des ministres français qui viennent de relâcher on ne sait pourquoi l'assassin de Chapour Baktiar...
J'en arrive à être peiné pour nos "amis" gauchistes...

Écrit par : Géo | 18/05/2010

Le prophète Vladimir Illitch Oulianov (que Dieu l'ait en Sa sainte garde) nous dit que le gauchisme est "la maladie infantile du communisme", soit. Mais plus je connais la Chine et plus je pense que le communisme - ou du moins l'usage qu'ils en font - est une forme de dégénérescence maculaire du Taoïsme et du Confucianisme.
Au chapitre 1er du Daodejing on trouve ceci: "Le Tao qui peut être exprimé n'est pas le Tao éternel. Le nom que l'on peut nommer n'est pas le nom éternel. Le Tao est à la fois nommé et sans nom. Sans nom, il est à l'origine de toutes choses; nommé, il est la Mère des dix mille êtres." Pour celui qui s'est confronté un jour au matérialisme historique, au réalisme socialiste et au paradoxe de ces régimes totalitaires prétendant exister sans Etat, c'est bonnet blanc et blanc bonnet.
Pour en revenir, non à la dictature du prolétariat mais au conformisme communautaire international qui nous oblige à légiférer tous azimuts sur des sujets que le bon sens ou la morale suffiraient à circonscrire (vous saisissez le distinguo ?), je vous propose le chapitre 19 du même Daodejing:
"Si vous renoncez à la sagesse et quittez la prudence, le peuple sera cent fois plus heureux.
Si vous renoncez à l'humanité et quittez la justice, le peuple reviendra à la piété filiale et à l'affection paternelle.
Si vous renoncez à l'habileté et quittez le lucre, les voleurs et les brigands disparaîtront.
Renoncez à ces trois choses et persuadez-vous que l'apparence ne suffit pas.
C'est pourquoi je montre aux hommes ce à quoi ils doivent s'attacher.
Qu'ils tâchent de laisser voir leur simplicité, de conserver leur pureté, d'avoir peu d'intérêts privés et peu de désirs."

Écrit par : Rabbit | 19/05/2010

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