20/05/2010

Fleurs de béton, de bitume, et le géranium brun

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Qui l’eût cru? De nombreuses plantes méconnues poussent en ville naturellement, dans les caniveaux ou les nids-de-poule de la chaussée. A Lausanne, Françoise Hoffer et d’autres botanistes en ont inventorié plus de 1300 espèces*. Nul besoin, pour cette autodidacte héritière de Rousseau, de se rendre dans les prairies ou les sous-bois: il lui suffit de baisser les yeux dans sa rue de Florimont pour tomber sur des merveilles. Dont l’épinard sauvage, une rareté potagère qui se nourrit de l’azote contenu dans le fumier de cheval, et dont elle élucide la présence dans son quartier par les vestiges d’une ancienne écurie voisine. Les stalles du chemin de Messidor et son crottin ayant disparu, ce sont les déjections canines qui assurent la survivance de son trophée… Périodiquement, elle cornaque des groupes de marcheurs sur les raidillons lausannois ou de Montreux.

Quand l’exotisme d’une fleur les étonne, elle leur rappelle que c’est paradoxalement grâce au béton et au bitume – et à la chaleur qu’ils emmagasinent – qu’en ville la flore est plus riche qu’à la campagne. En raison d’une température plus élevée, et d’un microclimat artificiel qui convient à quelques espèces frileuses d’outremer que le hasard nous a importées. Ou à des curiosités qu’on ne cultive plus, tel le géranium brun que notre fureteuse a repéré dans le parc de l’Hermitage. Cette herbacée au velours mauve rosé et à fragrance entêtante serait un vestige errant du premier Jardin botanique de Lausanne, fondé au XVIIIe siècle par Jean Lanteires au pied de Sauvabelin.

Depuis, la vénérable institution s’est déplacée du côté du parc de Milan, mais le géranium brun a eu le temps d’essaimer et se perpétuer en amont de la Cité.

Sa redécouverte fera l’objet d’une nouvelle excursion didactique de Françoise Hoffer, le 22 mai prochain, au départ du Café de la Couronne d’Or. Dans le cadre efflorescent d’un IIe Festival de la plante urbaine*.

 

«Flore de Lausanne», par F. Hoffer, C. Bornand, M. Vust. Deux t., 2005 et 2006. Ed. Rossolis.

 

www.couronnedor.ch

 

 

Commentaires

Nous y serons, serait-ce déjà pour évaluer le rôle de l'activité humaine sur l'expansion du cannabis sativa dans les friches et jardins lausannois.

Écrit par : Rabbit | 20/05/2010

Contrairement à tous les post-soixante-huitards lausannois de ma génération (je suis né1954), j'avais la saveur et l'odeur de cette plante en horreur. Donc pour des raisons plus gustatives ou olfactives que morales.
Or je n'oublie point cette adorable octogénaire de Chailly-sur-Lausanne à chignon mauve, qui en cultivait sans le savoir. Elle était ravie d'accueillir dans son jardinet tant de jeunes gens qui le défrichaient bénévolement...

Écrit par : Gilbert | 20/05/2010

C'est bien bénin comme péché de vieille dame indigne. L'ardent soleil de Chailly ne devait pas contribuer à faire monter le taux de THC vers des sommets périlleux pour une génération perdue d'avance (elles le sont toutes après coup, suivant les moralistes tireurs de bilans).

Écrit par : Rabbit | 21/05/2010

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