10/06/2010

Au lieu de maudire le cormoran, pêchons avec lui

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chaque printemps, nos amis pêcheurs font recrisser la manivelle de leurs récriminations envers le seigneur cormoran. Un volatile vénéré en Chine, mais désormais honni aux Grangettes, et dans la réserve des îlets du Fanel, sur les rives du lac de Neuchâtel. Ce piscivore redoutable est un vandale (il saccage les filets) doublé d’un gourmet raffiné. C’est bien là qu’il y a scandale: il préfère nos délicats ombles chevaliers au fretin dont nos aïeux «faisaient des savons».

 

 

Il n’existe point d’oiseau plus gracile, mais pour rafler les 500 g de chair fraîche qui lui sont nécessaires chaque jour, le grand cormoran peut nager en apnée durant plus d’une minute et jusqu’à 20 m de profondeur! Il prolifère sous nos cieux depuis que Danois et Hollandais ont mis sous protection ses relais de nidification dans leurs pays. Il en a pris goût pour une certaine sédentarité; ses petites virées en Suisse lui ont tant plu qu’il a commencé il y a dix ans à nidifier sur les enrochements de Villeneuve et de Cudrefin. Et à filouter les moissons de nos pêcheurs.

 

Quel parti prendre? Après tout, Dieu commande à toutes ses créatures de chercher à vivre… Mon cœur balance entre les soucis d’exploitation de mes compatriotes et la beauté étrange de leur rival ailé: un plumage d’ange noir, un cou onduleux et un bec en fer à souder. De profil, sa silhouette cambrée est celle d’un hippocampe qui serait volant. Avec une figure hautaine et résolue – celle de son avocat local Franz Weber, sauf pour le bec: le nez de l’illustre écologiste de Montreux est wagnérien. Et si l’on suivait l’exemple du Chinois du Guangxi? Il apprivoise les cormorans, les traite en alliés plutôt qu’en ennemis: il en attache sept par des fils à la proue de sa barge pour qu’ils la pilotent en cinglant en escadrille. Jusqu’à ce qu’ils plongent dans les maelströms du fleuve Li. Dès qu’ils ont remonté le poisson, le nautonier les rembarque, leur extorque d’un geste habile leur butin qui retombe dans ses paniers, et le tour est joué.

J'apprends, par Monsieur Pierre Müller, de Lausanne - qui semble connaître beaucoup mieux que moi ces techniques halieutiques orientales - que le cynique oiseleur des rivières impériales avait engoncé le cou fragile et serpentin de ses "alliés" dans un anneau étroit empêchant de déglutir...

Bon prince, il les en libérera, puis leur lancera à ronger un demi-vengeron.

A vrai dire, j'ignore si ce poissonnet vaudois fréquente aussi les cours d'eau d'Asie... Je ne pense pas non plus que le seigneur cormoran apprécie la saveur du savon.

 

 

 

 

Commentaires

Vénéré et pas bouffé en chine?

ça m'étonnerais!

Il y a une maman cormoran avec ses petits au bord de l'Allondon, ils sont trognons tous!

Écrit par : dominiquedegoumois | 10/06/2010

金窝银窝不如自己的草窝 (à chaque oiseau son nid est beau)

Écrit par : Rabbit | 11/06/2010

Encore un des dégâts collatéraux de la libre circulation!

Mais que fait l'UDC ???

Écrit par : Azrael | 11/06/2010

A Pékin ou Shanghaï, il m'est arrivé d'entendre qu'un Chinois mangeait de tout, mais ça s'appliquait à leurs méridionaux, traditionnellement moqués, de la région de Canton.
"Un habitant de Canton mange tout ce qui a quatre pieds, sauf les pianos. Tout ce qui nage, sauf les sous-marins. Tout ce qui vole, sauf les avions."
Le cormoran étant une bête qui à la fois peut voler et nager... Vous avez, qui sait? raison, Dominique.

Écrit par : Gilbert | 11/06/2010

Les cormorans, j'en ai peut-être vu en Turquie, ou était-ce un goéland qu'un homme portait dans ses bras pour le rendre au ciel et à la mer?
Ce billet est plein de sagesse, s'approcher de ce, et de ceux et celles qui nous font peur, ça crée tellement souvent l'amitié.Merci.
Mais j'ai vu à la BBC comment dans la région de la marée noire, comment des personnes essayent se soigner ces précieux oiseaux en les purifiant de ce liquide gluant et brûlant qui cristallise leurs plumes.

Écrit par : cmj | 12/06/2010

A propos d'excentricités culinaires attribuées aux cantonnais, je penche pour une réflexion empruntée à un 洋鬼子 (yáng guǐ zi) dans un bar branché de Nanjing Xilu un soir de java, car cela ne fait pas si longtemps que l'on trouve des pianos en Chine. Mais le sud chinois grouille de chats, de chiens, d'insectes et de serpents, et... avouez que c'est tentant!
Dédain du même ordre pour les sushis japonais, vendus au prix du lithium en Occident, alors qu'ils sont considérés comme l'archétype d'une bouffe récupérée dans la poubelle d'un miséreux, par les gourmets de la Perle de l'Orient.
Pour rester dans le registre de la diversité culturelle chère aux Jésuites parisiens, je me permets de vous abandonner pour regarder "Epouses & Concubines" pour la 888e fois.

Écrit par : Rabbit | 13/06/2010

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