14/06/2010

Hommage à Marcel Schwander (1929-2010)

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C’est avec émotion que j’ai appris la mort dimanche de ce grand passeur de culture, bâti comme un atlante du Palais fédéral, et dont l’élocution soignée, les métaphores choisies m’en apprenaient beaucoup sur ma langue maternelle, qui n’était point la sienne. Cet enfant d’ouvriers glaronais bilingues avait peaufiné ses connaissances du français en Sorbonne. Et lorsque son choix journalistique fut porté sur le métier difficile de correspondant alémanique en Suisse romande, il ne s’intéressa pas seulement aux structures politiques et sociales de chacune de nos régions, mais à leurs écrivains dont il fut un avisé traducteur.

Après avoir été rédacteur en chef, à Bienne, de la Volkszeitung (où il se passionna pour la question jurassienne), Marcel Schwander s’installa à Lausanne, pour le compte du Tages Anzeiger. Durant trente ans, ses lecteurs d’outre-Sarine purent décrypter à travers ses chroniques les particularités du Welschland qui leur paraissait comme un casse-tête chinois. En lui faisant une première visite au début des années quatre-vingt dans son appartement de l’avenue de La Harpe, je lui demandai comment il parvenait à les sensibiliser à nos différences cantonales. Sa réponse fut prompte et lumineuse:

-         En utilisant les clichés les plus sommaires, car ils sont souvent les plus justes: le Jura est un canton historique tandis que le Valais est géographique, car solaire. Genève est un jet d’eau. C’est-à-dire un mouvement vertical, aspirant à l’universalité, à un service international; cela en raison de son absence de territoire. A l’opposé, Vaud est horizontal, par le fait de sa grande superficie; il est autarcique, se suffit à lui-même, puisqu’il produit le pain, le vin et le sel. Neuchâtel est une patrie de bricoleurs et d’inventeurs. Fribourg n’est qu’un pont sur la Sarine, c’est dire s’il est essentiel dans le puzzle romand…

Aux Alémaniques, Marcel Schwander ouvrit aussi les portes secrètes de notre littérature, en traduisant les œuvres entre autres de Corinna Bille, Catherine Colomb, Alice Rivaz, Georges Haldas, Gaston Cherpillod. Surtout celles de Chessex, dont il suivait les métamorphoses avec une attention soutenue.

En recevant le Grand Prix de la Fondation Oertli en 1999, il expliqua le succès immense du Portrait des Vaudois tant en Suisse allemande qu’en Allemagne et en Autriche:

-         Ma traduction a eu ce succès, parce que j'avais vraiment essayé de rendre accessible aux germanophones les spécificités vaudoises de la langue de Chessex, en cherchant des équivalences. Par exemple, pour traduire certains mots de la vie paysanne, j'ai recouru au vocabulaire de Jeremias Gotthelf.

 

Et, à notre confrère Alain Pichard, lui-même polyglotte et philologue comme Schwander:

-         En entrant dans la littérature romande comme le spéléologue entre dans les souterrains d’une montagne, j’avais l’impression d’entrer dans l’âme des Romands.

 

 

Mais Marcel Schwander ne s’intéressait pas qu’à nos particularités. Pour alimenter ses propres écritures, il voyageait énormément: en Egypte, au Canada, au Sri Lanka, en Louisiane chez les Cajuns, ou dans toutes les Républiques de l’URSS dont il étudiait sur place les idiomes.

Il était déjà journaliste à la retraite lorsque je le croisai, tout à fait fortuitement, à Leucade, dans les îles Ioniennes, déchiffrant des traces de vieux vénitien dans le parler des habitants de cette petite île grecque. Nous évoquâmes la grande poétesse Sapho qui s’y serait suicidée, et il me montra quelques toiles signées Marcel Schwander, car il s’initiait aussi aux techniques du paysage à l’aquarelle…

 

Commentaires

L'aquarelle sur toile, tout est possible aussi près de la mythique Ithaque. Mais né 20 ans plus tard, M. Schwander aurait pu être le passeur honnête & compétent que la Chine eut mérité d'avoir au lieu de ces domestiques de la littérature low-cost vivant en parasites sur son dos.

Écrit par : Rabbit | 14/06/2010

Ce n'est pas nécessaire d'aller jusqu'en Chine pour constater cet agaçant phénomène. A chaque fois que la presse ou la tv, dans les pays francophones, évoquent l'Italie, c'est pour mettre l’accent sur un quelconque dysfonctionnement, un trait de caractère exagéré ou ridicule. Si la méconnaissance et la persistance des clichés et des préjugés est déjà scandaleuse lorsqu’il s’agit d’un pays voisin, je n’ose imaginer ce qu’il arrive lorsqu’il est question de la Chine, la distorsion entre le discours journalistique et le monde réel.
PS Ne me demandez pas, de grâce, où j’en suis avec mes jardins. Cela va devoir encore attendre un peu. En revanche j’ai ramené de belles photos du « Giardino dei semplici » de Florence, car j’y suis allée fin mai. Je les mettrai en ligne avec mon prohain billet.

Écrit par : Inma Abbet | 14/06/2010

Les plus consternants, ce sont les "correspondants" de journaux hexagonaux installés en Chine. Certainement bien rémunérés, ils ne font qu'alimenter la connerie collective à défaut de diffuser de l'information. J'en ai un à l'oeil: fatigué de lui remonter les bretelles depuis 2 ans, et à défaut de pouvoir faire sauter son accréditation, j'attends l'occasion de lui régler sauvagement son compte à la manière de Lao-Tseu: "Si quelqu'un t'a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre". Quoi qu'il en soit les Chinois s'en fichent, c'est comme une piqûre de moustique sur un mammouth.

Pour les jardins, pas de précipitation, c'est un art saisonnier depuis des siècles. Concernant les thèses ensuite, il paraît que les références doivent être conformes au modèle de Harvard: donc, attention aux détails insignifiants (Lao-Tseu l'aurait dit).

Écrit par : Rabbit | 14/06/2010

"L'enfer c'est toujours les autres", n'est-ce pas ?

ps: mes salutations amicales a Inma et a Rabbit !

Écrit par : Calu Schwab | 15/06/2010

Certains citent Lao-Tseu, d'autres Jean-Sol Partre, l'enfer reste toujours pavé de bonnes intentions littéraires. C'est déjà quelque chose, comme dit Gilbert.

Tout va bien chez vous, même si l'hiver est à la porte ?

Écrit par : Rabbit / Konijn / 兔 | 16/06/2010

Malgré la desastreuse situation politique on arrive a survivre, merci Rabbit. Pour l'instant c'est un hiver assez doux :)

Écrit par : Calu Schwab | 16/06/2010

Une situation politique est toujours désastreuse pour quelqu'un. Lao-Tseu enseigne que le meilleur dirigeant est celui que l'on ne voit ou entend jamais et qui agit sans contraindre. Vous en connaissez ?

Écrit par : Rabbit | 17/06/2010

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