14/07/2010

Les vacances du Zonze aux îles Koulou-Koulou

ZONZCOKLIK.jpg

Mathurin Jonzel, dit «le Zonze», passe son congé de juillet dans la ferme de sa tante Lilette à Trilly-sous-Vuarnens. Couché dans un champ, il entend pousser l’avoine mauve et bourdonner sur les pavots les rares abeilles qui n’ont pas encore été dévorées par le frelon d’Asie. Lui qui aime tant la nage papillon en haute mer se contentera cette année d’une trempette dans une crique de Rivaz. Tandis que, sur la grève, au pied du château de Glérolles, sa femme et sa sœur se frictionneront mutuellement le dos de produits émulsifs – mais sans la lascivité des baigneuses du peintre Courbet… Zonzon a renoncé à ses projets de voyage au détroit de Magellan, sous les chutes du Zambèze ou en Laponie norvégienne. La crise économique n’y est pour rien: notre globe-trotter s’est seulement assagi, en raison d’une mauvaise expérience l’an dernier quelque part en Océanie.

 

En juillet 2009, il s’était armé d’enthousiasme et chaussé de lunettes photochromiques à monture guillochée pour s’envoler en charter jusqu’aux îles Koulou-Koulou. Il crut y faire sensation en répétant les trois mots de samoan qu’il avait appris dans l’avion. On lui répondait poliment en anglais. Sous le manglier géant et les palétuviers d’un hôtel douteux, il essaya de bronzer comme les aventuriers des lectures de sa jeunesse. Hélas, le soleil polynésien ne fit qu’accentuer sa couperose dézaléenne. Et comme chez les Koulouriens on ne sert point de dézaley, le Zonze s’abîma l’œsophage en éclusant des liqueurs à base de céréales méconnues, de fruits trop rouges, trop jaunes, trop jolis pour être honnêtes. La soupe pimentée aux fourmis et le saucisson d’iguane (oh! combien il regretta la tartine au cénovis…) achevèrent de le rendre méconnaissable: à son retour, son visage oblong et étréci semblait un petit concombre de nos serres vaudoises. «Ça ne te serait pas arrivé, si t’étais venu passer tes vacances à Trilly», lui avait dit tante Lilette, en appliquant sur le front verdâtre du pauvre Mathurin une compresse au jus d’orties.

La sagesse des vieilles tantines est proverbiale.

 

Commentaires

Savez-vous cher confrère que la "staycation" (stay + vacation) est à la mode cet été, ozone, CO2 et autres culpabilités vertes obligent. A propos, je cherche un vocable voltairien pour staycation. Si vous avez une idée. Au plaisir

Écrit par : JF Mabut | 14/07/2010

Passer ses vacances chez soi, c'est le paradis avec un zeste de culpabilité. S'installer à l'ombre de sa terrasse pour lire "L'anatomie de la mélancolie", ce n'est pas la même chose que de redévorer tous les San-Antonio le cœur léger sur une plage de la Costa Brava. Impossible d'oublier qu'il y a des courses à faire, le balcon à repeindre, des voisins à inviter, que le jardin a soif, que des courriels attendent une réponse. Mais c'est bien joli tout de même. Merci, Gilbert, pour votre billet.

Écrit par : l'Acratopège | 14/07/2010

@J.-F. Mabut. J'avais pensé à stabulation libre, mais c'est plus récent que Voltaire (1833 selon le Robert).

Écrit par : Gilbert Salem | 15/07/2010

"staycation"?
Ne serait-ce pas, plus simplement, "vacances à la maison"?... Voltaire, lui, aurait appelé cela "Délices" (avant Ferney)

"Stabulation" étant le séjour des animaux dans une étable (que ce séjour soit libre ou non), ce dernier terme me paraît quelque peu excessif... Tous les vacanciers qui restent chez eux ne sont pas forcément des bovins, ni même des ovins.
D'ailleurs, en étudiant les moeurs des vacanciers, il me semble plus probable que les moutons se retrouvent généralement en bord de mer en ces périodes caniculaires!

Écrit par : Babtiste Kapp | 15/07/2010

J'aime bien l'idée du Jardin des Délices.
Celle de la stabulation libre est un peu trop bovine à mon goût !
Et celle du bord de mer par ces temps caniculaires, un peu trop moutonnière...

A part ça j'ai eu beaucoup de plaisir à lire votre joli billet qui m'a rappelé quelques souvenirs...

Écrit par : L'Absente | 15/07/2010

C'était bien sûr une exagération; et un clin d'oeil amical à mon confrère genevois Mabut de la part d'un Vaudois payaan.

Écrit par : Gilbert Salem | 15/07/2010

On peut très bien lire Robert Burton à la terrasse de Sénéquier ou Erasme sur la Place des Lices: le tout étant de parvenir à s'isoler sans sa bulle. Ce qui n'est pas toujours possible at home où la pression de l'environnement social est la plus contraignante. A part ça, Koulou-Koulou et Phuket

Écrit par : Rabbit | 19/07/2010

...(lapsus clavis)...
ont connu leur apogée il y a 25 ans, au temps des feux de camp sur la plage. Je défie quiconque aujourd'hui d'arriver à se concentrer sur le Daodejing au milieu du tintamarre des discothèques.

Écrit par : Rabbit | 19/07/2010

Les commentaires sont fermés.