16/07/2010

Louis XV, un Bien-Aimé bien mal aimé

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Il y a trois cents ans naissait le plus controversé des rois de France, un des plus mystérieux. Il est l’arrière-petit-fils de Louis XIV, quand il lui succède en 1715, à l’âge de cinq ans – son père, sa mère et ses frères aînés ayant été emportés trois années plus tôt par une épidémie de rougeole. Epuisé par le trop long et trop belliqueux règne du Roi-Soleil, le peuple acclame le jeune souverain. Durant son enfance, son entourage lui passe tous ses caprices, tandis que c’est son «cousin-oncle», le régent Philippe II d’Orléans qui gouverne.

 

Lorsqu’il accède réellement au pouvoir, Louis XV est un bel homme, sensuel, doté d’une vive intelligence mais en proie à une énigmatique mélancolie. A l’instar de son aïeul et prédécesseur, il ne manque pas de courage et se rend en personne sur les fronts de la guerre de Succession d’Autriche. Quand il tombe malade à Metz en 1744, le peuple est pétri d’inquiétude et à sa guérison, le roi a trente-quatre ans quand il se voit accorder le surnom de Bien-Aimé (porté avant lui par le Valois Charles VI, devenu «Charles-le-Fol»…)

 

Mais sa popularité ne résistera pas longtemps aux vicissitudes politiques et aux intrigues de cour - à cause notamment de l’influence présumée de ses maîtresses Pompadour et du Barry. Quand bien même sous son règne, la France aura joui d’une grande prospérité économique et culturelle. Avec 26 millions d’habitants, elle était alors la nation la plus peuplée d’Europe. La langue, la mode et les tours d’esprit de Versailles étaient en usage à Potsdam et Saint-Pétersbourg. Les écrivains du Siècle des Lumières (Voltaire, Diderot, d’Alembert, Rousseau) faisaient rayonner l’esprit français au-delà du continent. Avec, en ferments, des aspirations philosophiques qui finiront comme on sait par être fatales au régime monarchique.

 

En dépit de quelques échecs militaires et de disettes mémorables, la France de Louis XV est le pays le plus puissant du monde: l’argent de ses colonies sucrières, l’efflorescence de son industrie artisanale de luxe l’ont enrichie. Sa flotte, la Royale, rivalisera longtemps avec celle de l’Angleterre.

Le règne du Bien-Aimé aura été lui aussi un des plus longs de l’histoire de France, cinquante-neuf ans (1715-1774). Les dernières années ont été affaiblies par la perte de la Belle Province au Canada, et des colonies indiennes.

Mais c’est pour sa politique intérieure - étayée par le triumvirat Maupéou-Terray-d’Aiguillon – que Louis XV acheva de perdre sa popularité. Moins auprès du peuple qu’auprès de la noblesse de robe - celle des parlements, dont il étouffa les révoltes. Et de la noblesse tout court, insurgée contre les idées audacieuses et très avancées du souverain: imposer les aristocrates et les dignitaires ecclésiastiques, supprimer la vénalité des offices, instauration d’une justice gratuite pour tous…

Tous ces projets de réformes de Louis XV furent balayés en 1774, quand il mourut dans les miasmes de la petite vérole. C’est de nuit, clandestinement, que sa dépouille fut transférée de Versailles à la nécropole royale de Saint-Denis.

 

Son souvenir fut noirci davantage après l’exécution de son petit-fils Louis XVI. En sa jeunesse, Louis XV aurait torturé des chats et martyrisé une pauvre biche déjà pantelante. En sa vieillesse, il dépravait des filles à peine nubiles en une espèce de harem versaillais. Les libellistes de la Révolution lui attribuèrent alors un mot devenu célèbre mais dont la paternité est aujourd’hui contestée:

 

«Après moi, le déluge!»

 

Il en est un autre, un vrai celui-là mais tristement oublié, qui révèle un grand cœur d’homme sous la morgue royale:

 

Le 11 mai 1745, à Fontenoy, Louis XV est un rien assombri par son éclatante victoire sur les Anglais. Parcourant le champ de bataille avec le dauphin, il adresse des paroles de réconfort aux nombreux blessés, en exigeant que l’on soigne de la même façon les soldats ennemis. Puis à son fils:

 

-     Voyez ce qu’il en coûte à un bon cœur de remporter des victoires. Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire est de l’épargner.

 

Un siècle plus tard, cette parole aurait pu servir d’adage à Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge.

 

 

16:10 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Excellent votre résumé sur ce Roi Louis XV. Il n'était certes pas parfait mais révolutionnaire, avec un coeur d'or.
Avec un bon entourage il aurait je pense pu faire de la France, encore un royaume aujourd'hui

Écrit par : poriau | 18/07/2010

Objectivité et réalité sont les mamelles sèches de l'histoire. Je n'ose pas imaginer ce que l'on dira de nous dans 250 ans. Et quand je dis "nous" je n'emploie pas le pluriel de majesté, comme pourrait l'insinuer Géo dont l'Histoire - avec un grand "H" inspiré - retiendra que..... (à compléter) .....

Écrit par : Rabbit | 19/07/2010

On peut compter sur la famille, des pros: ça a été leur job sur 40 générations.

Écrit par : Rabbit | 19/07/2010

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