19/07/2010

Le fantôme blanc de Sissi à Territet

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Au début de septembre 1898, des badauds de Territet tirent leur chapeau au passage sur le débarcadère d’une dame en noir, voilée de crêpe. Droite comme une cariatide, elle est entourée d’un essaim d’aristocrates hongroises qui agitent des éventails, car il fait chaud.

«La comtesse de Hohenebs est de retour!». Sous cet incognito bat le cœur fragile de Sa Majesté Elisabeth de Wittelsbach, impératrice d’Autriche, l’épouse de François-Joseph.

Les habitants de la région de Montreux n’en sont pas dupes, mais ce sont des gens polis. Ils n’en échangent pas moins, à mi-voix, des détails de la vie privée de cette souveraine déconcertante, toujours belle à 60 ans mais au destin si funeste (c’est le 10 du même mois qu’elle succombera, à Genève, sous le couteau de l’anarchiste italien Luigi Lucheni).

-     Toute l’Europe sait qu’elle ne se nourrit que d’oranges ou de lait de poule…

-     Sa Grâce pèserait 41 kg pour 1 m72!

-     Son anorexie mentale a été causée par la mort d’une de ses filles à deux ans, par le suicide de son fils l’archiduc Rodolphe à Mayerling. Et sa sœur, la duchesse d’Alençon, a péri atrocement dans l’incendie du bazar de la Charité, à Paris.

 

 

La légende dorée de celle qu’on a surnommée Sissi a, comme on sait, inspiré mille et un biographes, romanciers et cinéastes.

 Née princesse bavaroise, elle est la cousine intime du roi-cygne Louis II – un lunatique, lui aussi… Comme lui, elle s’épanche dans carnets secrets, avec notamment un poème où elle s’identifie à un autre oiseau, moins royal. Mais dont les cris la rehanteront au bord du Léman:

 

"Je suis mouette de nul pays,
Nulle plage n'est ma patrie,
A aucun site je ne m'attache,
Je vole de vague en vague".

 

Quand, à 17 ans, elle devient l’impératrice à la fois des Autrichiens et des Hongrois, Elisabeth a l’audace de préférer ouvertement les seconds aux premiers. Depuis, Vienne la détestera et elle détestera Vienne. Elle ne s’entourera plus que courtisans magyars, et parlera leur langue couramment.

 

Sans se délier jamais de l’amour de son impérial époux, elle déroge à ses devoirs de mère et de suzeraine en voyageant trop souvent: à Madère, ou dans l’île ionienne de Corfou, où son palais de l’Achilleion  attirera plus tard des pèlerins par milliers. Et enfin à Montreux, dont la «pureté oxygénée de l’air» et le microclimat sont réputés. Sissi séjourne tantôt à l’Hôtel des Alpes, disparu depuis, sinon, plus en amont, au Grand Hôtel de Caux.

Or c’est à Territet que, 112 ans après son assassinat à l’autre bout du lac, il lui arrive d’errer en fantôme à volants sous le terre-plein d’un ancien cimetière. Et d’illuminer, au milieu de la place des Roses, sa propre statue en marbre de carrare évanescent. Un monument néoromantique édifié au printemps 1902.

 

09:35 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Parmi les courtisans magyars, n'y aurait-il pas eu un membre d'une certaine famille de la petite noblesse anoblie le 10 septembre 1628 par l'empereur Ferdinand II de Habsbourg ? Vous voyez qui ?

Écrit par : Rabbit | 19/07/2010

Merci pour cette belle note sur un sujet qui me passionne ! Il existe un mythe lié spécifiquement à la famille de Wittelsbach, en effet à chaque fois qu’un malheur allait se produire, le membre de la famille en danger, recevait la veille, la visite d’un fantôme surnommé « La Dame Blanche »

Justement Elizabeth a dit à sa dame de compagnie, l’avoir aperçu dans sa chambre du Beau Rivage, la nuit précédente au déjeuner chez la baronne de Rothschild…on sait ce qui est arrivée juste après !

@ Rabbit : vous songer sans doute à l’aristocrate progressiste, Gyula Andràssy ? Il parait qu'il était très beau et on lui attribue une belle romance platonique avec elle.

Écrit par : Barbie Forever | 19/07/2010

Dans la petite ville de Meran, au Südtirol, il y a un très beau jardin où se trouve une statue de Sissi, qui venait parfois là-bas. Avec une amie, on a cherché en vain la statue. Sissi continuait de se dérober aux regards.

Écrit par : Inma Abbet | 19/07/2010

I'll never forget Barbie,

Plus prosaïquement à un ancêtre de Monsieur Sarkozy, qui fait pourtant aussi dans le romantisme people.

Écrit par : Rabbit | 19/07/2010

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