27/07/2010

Les plaies secrètes de Capucine

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Elle a été une des grandes beautés françaises de Hollywood: visage ciselé dans le marbre antique, pommettes opalines, prunelles comme des lacs sans fond. Quand, il y a juste vingt ans, se répand la nouvelle de son suicide, les jeunes Lausannois ignorent que Capucine avait été, trois décennies plus tôt, la partenaire d’un John Wayne. Ils l’ont aperçue récemment dans le téléfilm «Quartier nègre» du Suisse Pierre Koralnik, d’après un Simenon; savent qu’elle a joué avec Belmondo en 1975 dans «L’incorrigible», mais c’est tout. Leurs aînés sont plus avisés. Plus cancaniers:

 

-     Elle était belle, mais si méprisante quand on la croisait à Sain’F’.

 

-     Ouais, blême comme un linceul. Surtout quand elle sortait des salons capitonnés du Grand-Chêne. On l’avait vue plus rigolote dans «La Panthère rose», en amante de David Niven!

 

-     Je te rappelle qu’elle fut pour de vrai celle de William Holden dans «Le Lion», en 1962. Mais ça cachait une vilaine histoire de sous.

 

-     On a même dit qu’elle était un homme…

 

 

Depuis cinq lustres, Capucine habitait au chemin de Primerose, quartier de Cour, dans un immeuble où avait séjourné l’acteur américain Yul Brynner. C’est là, d’un balcon du huitième étage, qu’elle devait se jeter dans le vide à 67 ans, le 20 mars 1990. Ce plongeon fatal a été précédé de plusieurs tentatives. Seule en est au courant une autre star hollywoodienne, comme elle établie en terre vaudoise: Audrey Hepburn. La petite fée de Tolochenaz – qui décédera en 1993 -, elle l’avait rencontrée à Paris quand l’une et l’autre étaient mannequins. Capucine n’aura révélé sa dépression maladive à personne d’autre. Sinon à de rares autochtones qui la pleureront, sachant qu’elle aimait Lausanne, sans rien en montrer. Dans son appartement, on a trouvé trois chats.

 

Germaine Lefebvre de son vrai nom, Capucine voit le jour en 1928 à Saint-Raphaël. Fille de roturiers toulonnais vivant à Saumur, elle étudie aux Beaux-arts, à Paris. Sa contenance altière lui ouvre les portes de la mode: elle défile chez Dior, Balmain, Givenchy. Elle prend alors le nom de Capucine, une fleur ornementale à fragrance discrète, tout comme elle. La parfumerie Fragonard de Grasse s’inspirera un jour de son pseudo pour lancer une gamme de cosmétiques. Le feu ambré de son regard n’a pas échappé à des directeurs de théâtre français qui la font jouer sur leurs planches. Ni, en 1960, à un producteur de films new-yorkais, Charles K. Feldmann qui du coup la révèle outre-Atlantique dans son «Bal des adieux», réalisé par Cukor. Durant dix ans, Capucine y flamboie en femme fatale, en fille de joie, ou en beauté classique. Mais si classique que le cinéma américain s’en lassera. Son physique de déesse lui aura porté malheur.

Elle n’en fut pas dupe:

 

-     Les hommes me regardent comme si j’étais une valise suspecte et qu’ils seraient douaniers.

 

Après son incinération à Montoie, ses restes seront transférés à Saumur, le pays de son adolescence.

(Photo Jane Way, début des années 80, Lausanne)

 

 

 

12:34 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Capucine ou l'élasticité du temps!

Si Capucine est née en 1928 et morte en 1990, elle devrait avoir eu 62 ans lorsqu'elle a quitté ce monde. Pourtant, selon le billet ci-dessus, elle en avait 67... Vieillir n'est pas drôle pour beaucoup, mais vieillir plus rapidement que les autres (syndrome de Hutchinson-Gilford?) doit être intolérable. On comprend mieux que Capucine ait été dépressive. On le serait à moins!

Écrit par : Baptiste Kapp | 28/07/2010

De fait, elle s'était elle-même rajeunie de cinq ans...

Écrit par : Gilbert | 28/07/2010

De vagues souvenirs de chauffeur de taxi à Ls (74-75) me parlent d'un chemin ou d'une rue Capucine. Un rapport ?

Écrit par : Géo | 28/07/2010

Non hélas, il y a eu une rue des Capucines, comme il y a encore une avenue des Tilleuls, des Figuiers, des Cerisiers, etc.

Écrit par : Gilbert | 28/07/2010

A Paris, c'est le Boulevard. Géo mélange souvenir des barricades et Affaire Toursenol (où il y a une villa des Capucines). A vérifier.
Dans le quartier de Cour on disait l'appartement maudit. Feu ma mère, de chez qui on le voyait très bien, répétait tout haut ce que les concierges marmonnaient les veilles de sabbat proches de l'anniversaire fatidique.

Écrit par : Rabbit | 01/08/2010

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