05/08/2010

Une chanson méconnue de Moustaki

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Je suis hélas un béotien en chanson française, et en ses innovations. Je les entends périodiquement quand elles passent «en boucle» (un peu trop souvent… donc sans grâce) à la radio. Mais il arrive, ô miracle! que France Inter, ou notre chère Première, de La Sallaz, nous fassent déguster de délicieuses vieilleries de ma déjà vieille génération – je suis un cacochyme né en 1954.

Certes, à la fin des années soixante, il y avait une Sheila à voix de couettes enrubannées qui monopolisait toutes les ondes en y criaillant. Mais petit à peti, une Barbara y chanta aussi, plus rarement, plus simplement. Avec poésie, cette fois.

Le souvenir d’Edith Piaf, morte en 1963, prédominait encore. Et parmi les hommes que ce beau monstre féminin avait aimés - en amante ou en ami - il y eut l’immense Georges Moustaki. L’inventeur, entre autres, du Milord, et qui composa tant d’autres belles chansons pour d’autres voix. Pour la sienne aussi, bien sûr.

Il en est qu’on avait oubliées.

Or mon ami Gilles Poulou - le fameux dessinateur parisien de Lausanne,émule de notre Burki -  a une érudition chansonnière époustouflante. Il sait exhumer des raretés avec un don de sourcier. Après quoi, il les transfère dare-dare par courriels intempestifs à beaucoup de gens: il a un sens élevé de l’amitié poétique. Et beaucoup d’amis.

Voici une de ces récentes pépites, une chanson intitulée Hiroshima, extraite d’un album paru en 1972:

Par la colombe et l'olivier,
Par la détresse du prisonnier,
Par l'enfant qui n'y est pour rien,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Avec les mots de tous les jours,
Avec les gestes de l'amour,
Avec la peur, avec la faim,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Par tous ceux qui sont déjà morts,
Par tous ceux qui vivent encore,
Par ceux qui voudraient vivre enfin,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Avec les faibles, avec les forts,
Avec tous ceux qui sont d'accord,
Ne seraient-ils que quelques-uns,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Par tous les rêves piétinés,
Par l'espérance abandonnée,
À Hiroshima, ou plus loin,
Peut-être viendra-t-elle demain,
La Paix!

 

 

Pour écouter cette chanson en mélodie et même en images, la voici en daylimotion:

 

http://www.dailymotion.com/video/x62i27_hiroshima-moustak...

 

 

20:12 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Cher Cacochyme,

Et le duo Brigitte Fontaine + Jacques Higelin de 1967-68 ("Cet enfant que je t'avais fait"), qui ne veut pas me lâcher d'une note. Ou l'année suivante, la même Brigitte, avec ou sans Areski, nous sort sa "Lettre à monsieur le chef de gare de La Tour de Carol", chanson de la semaine au Pop Club de José Artur (c'était à Colmar, je revois ça comme si j'y étais).
Tout ceci pour rappeler aux lobotomisés de la FM, qu'il y eut une vie dans la chanson avant le rap français.

Signé Rabbit.

Écrit par : Coco de Chine | 06/08/2010

Salut

on peut toujours découvrir des artistes intéressants, et peu médiatisés sur les ondes de France Inter, j'espère que ça continuera à la rentrée.
Ci joint le lien d'une revue web qui est plutôt orientée vers les artistes de la chanson qu'on pouvait entendre dans Pollen, ou TTC

www.ledoigtdansloeil

Cordialement

Norbert Gabriel

Écrit par : Norbert Gabriel | 06/08/2010

Au sujet d'Higelin, cité plus haut.Ce dernier accompagnait Moustaki lorsqu'il chantait dans les usines en grève en mai 68. C'était avant le succès du "Métèque".

Écrit par : Gilles | 08/08/2010

C'est bien cela, oui. Raison pour laquelle, depuis, les usines sont si souvent en grève pour faire chanter le reste du pays.

Écrit par : Rabbit | 09/08/2010

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