13/08/2010

Madeleine Robinson, marraine du Levant

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En apprenant sa mort à Lausanne, le 1er août 2004, le grand public romand ignorait que cette octogénaire élégante aux yeux mer avait été une étoile du cinéma français d’avant-guerre puis de l’après-guerre. Une partenaire de Gérard Philipe dans le film d’Allégret «Une si jolie plage» en 1949. Un regard de feu et une bouche friande qu’exploitèrent, jusqu’à une forme de cynisme, les réalisateurs Duvivier, Delannoy, Christian-Jaque. Mais plus austère dans «Le Procès» d’Orson Welles (1962), elle se révéla un second rôle de premier plan. Pour les Montreusiens qui lui avaient octroyé le titre de bourgeoise de leur tentaculaire commune, Madeleine Robinson était avant tout la Lucienne des «Dames de cœur». Une série télé des années 80, où elle joua les mamies espiègles, intrigantes et coquettes, auprès d’Odette Laure et de Gisèle Casadesus.

Coquette, l’ardente comédienne le resta jusqu’à ses derniers jours, assortissant ses turbans au camaïeu de ses ensembles; conservant la fraîcheur visagière de ses années de célébrité. Et un doux sourire, que même «l’épreuve la plus douloureuse de sa vie» ne parvint pas à ternir: la mort prématurée de sa fille Sophie, née en 1955, qui avait pour père un des Compagnons de la Chanson.

 

-     La Robinson avait eu aussi trois maris… Mais bon, ça fait partie de la grande vie des riches de Paris. Mais d’où lui venait cette force de caractère?

 

-     D’une banlieue pauvre, paradoxalement. Son adolescence fut difficile: ouvrière à 14 ans, puis coursière, femme de ménage, etc. Des tribulations qui aguerrissent les êtres les plus fragiles.

 

-     Mais peuvent aussi les endurcir: il paraît qu’elle avait sale caractère. Une mégère. Dans les coulisses, elle en venait aux mains avec ses partenaires…

 

-     Cette rumeur calomnieuse se répandit à Paris parce qu’on lui donnait trop souvent le rôle de la «méchante» au cinéma, et même au théâtre. Elle amnistia un jour ses détracteurs par une piquante maxime: «Les gens démêlent mal le vrai du simulé.»

 

-     Voilà pourquoi elle se montrait plus souriante chez nous.

 

-     Durant les 30 ans qu’elle vécut en Romandie, elle fraternisa avec nos gens de théâtre sans jamais les snober. Notamment en jouant avec eux chez Barnabé à Servion. Dans «La visite de la vieille dame», de Dürrenmatt, en 1988 et, en 1994 dans «Une grande fille toute simple» d’André Roussin. Ses partenaires la pleurent encore, comme une toute grande dame toute simple…

Née en 1916 à Paris, Lenka Svoboda, de son vrai nom, a pour père un pâtissier tchèque, pour mère une receveuse de tramway. Si dès ses 20 ans elle fait carrière dans le 7e art, elle lui préférera toujours le théâtre, auquel elle fut initiée par Charles Dullin: «On y est plus proche de la vie.» Après la mort de Sophie, en 1993, elle se rapprocha d’un théâtre plus vivant encore: celui des mouroirs, où des sidéens doivent se battre contre une injuste fatalité. Madeleine Robinson fréquenta régulièrement les pensionnaires de la Fondation du Levant, à Lausanne.

 «Elle était notre marraine.»

18:48 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bien entendu que nous nous souvenons tous d'elle et de sa diction particulière. Tout comme de celle de Delphine Seyrig (née au Liban) d'ailleurs. En remontant la nécrologie, nous en arrivons à Marguerite Cavadaski: vous voyez qui c'est? Nous avions répété une pièce de Molière sous sa direction, mais je ne sais plus laquelle.

Écrit par : Rabbit | 18/08/2010

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