26/08/2010

A la fin de l’été, le vigneron redevient biblique

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Voici tout en même temps la fin des vacances et l’approche des vendanges. Après avoir vécu l’expérience (pas toujours concluante, comme je l’ai imaginé en une précédente chronique) d’un étranger à l’étranger, on revient au bercail tout ému de recommencer à épamprer ou à devoir porter la brante. Le Vaudois a beau renier ses racines, même quand il ne s’en sépare que deux semaines pour se rôtir le front et la bedaine sur la Costa de Sol ou à l’île d’Oléron, à son retour elles le rattrapent par le cœur.

Elles rejaillissent comme des serpents de la terre et s'enlacent autour de ses jarrets. Elles le retiennent pour une pleine saison de travaux qu’il a héritée comme d’autres héritent d’une couronne seigneuriale. Elles le condamnent à ce rituel séculaire du marcottage que le vigneron maîtrise si bien: faire refleurir et prospérer jusqu’en grappes blondes ou noires un étagement sur la colline de parchets plantés de bâtons drus comme des croix de cimetière.

J’ai le plaisir d’avoir retrouvé dans mes archives personnelles insolites - qui ne sentent pas forcément le renfermé ou le moisi – une évocation du grand Noé de l’Ancien Testament (image d’en haut), narrée au lendemain de la Dernière Guerre par Alexandre Arnoux. Je la dédie à nos frères de la vigne en Lavaux ou sur la Côte. Noé fut bien, en quelque sorte, leur plus lointain devancier:

 

«On ne fait pas toujours ce que l’on veut, et le bonheur de l’Arche ne connaissait pas encore les tours du métier, il n’avait pas de traditions. Elles sont venues par la suite, innombrables, méticuleuses; pour le plaisir, parfois dirait-on pour le luxe; il y en a tant qui ne servent de rien, mais elles constituent la noblesse de l’affaire, elles la poussent au rang d’art, et le moindre échalassonneur s’en pique autant que le châtelain de ses bouchons particuliers ou des secrets de sa mise en bouteille.»

 

 

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