27/08/2010

Daniel de Raemy, historien «décalé»

 

 

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Comme tout Vaudois originaire d’une autre région, ce fils d’aristocrates fribourgeois s’est un brin suracclimaté en adoptant une des manies les plus invétérées (des plus émouvantes itou) de notre canton: l’autodérision systématique. Voire la mortification. Daniel de Raemy fut le premier historien à tenter une synthèse architecturale des châteaux médiévaux en Suisse romande. A son érudition titanesque, on doit l’exactitude de la réalisation récente d’une maquette de la ville d’Yverdon au XVe siècle*. Il pratique volontiers et aisément l’archéologie de terrain. Enfin, l’Etat de Fribourg lui a confié l’élaboration d’une étude exhaustive en deux volumes sur le district de la Broye et le patrimoine architectural staviacois. (Photo d’en haut: Estavayer-le-Lac)

 

 

Tant de mérites valent autant de lauriers mais qui navrent le récipiendaire. Il n’y serait pour rien: «Mes parents m’ont soutenu pour que je continue mes études, alors que j’étais un élève médiocre. Dans un milieu moins favorable, je serais rapidement devenu un apprenti banquier! Cela dit, ils n’ont jamais méprisé les métiers manuels: mes frères avaient fait un apprentissage de mécano-électricien avant de devenir respectivement prêtre et ingénieur.»

 

 

A 54 ans, Daniel de Raemy est un vigoureux flandrin de 1 m 86 à voix douce, aux prunelles couleur de chaume que l’hypermétropie agrandit démesurément derrière des lunettes à monture légère. La pratique de sports variés, dont le cyclisme - son moyen de déplacement professionnel favori - et surtout le judo, lui ont sculpté une charpente d’athlète. Là aussi, il s’en défend: «Je ne suis pas un fada du sport, je ne le regarde pas à la télé. Le vélo est pour moi surtout l’occasion de me sentir dans la nature et découvrir les monuments anciens dans leur contexte, même si la route goudronnée est dominée par un monde automobile que j’exècre.» Il a été mauvais écolier à Yverdon-les-Bains, piètre lycéen au Cessnov, en détestant particulièrement les cours de gym à cause de maîtres méprisants. Mais s’il a fini par prendre goût aux vraies vertus sportives - constance dans l’effort, estime de l’adversaire, absence d’esprit de compétition – il ne le doit, encore une fois, pas à lui-même, mais à ses maîtres judokas yverdonnois Georges et Robert Dégallier: «Ils étaient positifs, valorisants. A mes 17 ans, ils me considéraient comme un adulte, pas comme un ado. Chez eux, ce fut une leçon de vie.» Grâce à eux il sera vice-champion suisse de judo (1976).

 

La «leçon de vie» des Dégallier père & fils fut pour lui non seulement somatique mais intellectuelle, éclectique. Elle dessilla ses yeux sur des richesses qu’il avait acquises par des lectures en solitaire. Dans sa chambre familiale de la rue d’Orbe - entre celles du Chamblon et du Cheminet - il dévorait des encyclopédies historiques, des récits littéraires, des vulgarisations sur la science de la terre, des livres de SF. A Yverdon, il bénéficia aussi, dit-il, de l’influence revigorante de deux jeunes maîtres gymnasiaux qu’il n’oublie point et tient à nommer: Jean-François Amiguet, François Schneider. Avec leur aîné, André Lugon, il conserva une relation plus amicale: elle se perpétue aujourd’hui en manches de badminton et dégustations de havanes. Ce prof de maths humaniste réclamait à ses ouailles des résolutions trigonométriques exprimées en beau français, et de ne calculer que dans la langue soyeuse de Voltaire!

Sachez encore que Daniel de Raemy a longtemps aimé décrypter au piano les œuvres de Debussy, Poulenc, Ravel et Messiaen. Qu’entre 1993 et 1996, il fut en même temps doctorant historien à l’UNIL (sous l’égide de l’éminent Marcel Grandjean) et concierge de son propre immeuble, 31 rue du Four, à Yverdon. Qu’il a été conseiller communal de cette ville durant 13 ans. «J’ai abandonné la politique en 2003, quand les citoyens ont rejeté à 70% le maintien de l’infrastructure du fameux nuage d’Expo.02. Elle aurait permis à la Maison d’Ailleurs de créer un pôle européen pour la SF. Oui, j’ai beau être un spécialiste de vieilles pierres, je suis un prospectif, un décalé. Le futur me passionne.»

 

(*) Exposée dans la salle ouest du Musée d’Yverdon.

 

www.musee-yverdon-region.ch

 

 

 

 

 

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BIO

 

 

1956

 

Naît à Fribourg. Son père, Jacques de Raemy est ingénieur chez Paillard, à Yverdon-les-Bains, spécialisé dans les projecteurs Bolex. Sa mère Nicole, est née de Weck.

 

1983

 

Décoche une licence d’histoire le château de La Tour-de-Peilz. Doctorant à l’UNIL, il poursuit ses recherches médiévales, tout en y enseignant.

 

1990

 

Conseiller communal indépendant dans la capitale du Nord vaudois, inscrit au parti Ecologie et solidarité. Jusqu’en 2003.

 

1997

 

Epouse Sylvie Mosimann, pédicure et podologue.

 

2002

 

Thèse de doctorat sur l’architecture militaire savoyarde des XIIIe et XIVe siècles. Engagé par le Service des Biens culturels du canton de Fribourg, où il vit désormais, il prépare les 6e et 7e volumes de la série des Monuments d’art et d’histoire, démarrée en 1960.

 

 

 

 

15:44 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Devise de la famille : ""Prodese multis et obese nulli".

Site de Benoît de Diesbach-Belleroche: http://www.diesbach.com/sghcf

Écrit par : Rabbit | 02/09/2010

Ecrivez plus souvent M. Salem, c'est un plaisir de vous lire

Écrit par : Mathilde | 02/09/2010

Il fait son possible, mais il est très demandé.

Écrit par : Rabbit | 03/09/2010

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