05/09/2010

La Synagogue de Lausanne est centenaire

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1910.  Le 7 novembre de cette année-là, au sud-ouest de la place Saint-François, est inauguré un singulier édifice romano-byzantin sur un tertre dominant un vignoble faubourien. Les édiles sont présents, en retrait, avec une pudeur toute protestante et une barbe moins fournie que les officiants. Ces derniers, coiffés d’une calotte ourlée de fil d’or, sont des citoyens vaudois de confession juive. Ils vont enfin pouvoir prier dans un lieu assez vaste. Et dans une contrée très chrétienne qui les respecte depuis des siècles. La présence d’israélites dans le Pays de Vaud, souvent de provenance alsacienne, remonte au Moyen âge. On sait qu’ils avaient déjà une part active dans notre vie économique et sociale, sans subir de discriminations notoires.  S’ils n’ont jamais été confinés dans des ghettos, des documents mentionnent dès 1234  une «rue aux Juifs» à Lausanne (l’actuelle rue de l’ Université), dénomination courante dans plusieurs autres villes de Suisse et d’Europe: ces citoyens y regroupaient leurs commerces variés sans pour autant y habiter. Mais, belle ironie de l’histoire, s’ils n’ont jamais été contraints par nos autorités à résider ensemble, ils l’ont fait délibérément, par esprit de fraternité, depuis qu’un mécène français permit d’ériger à leur intention, il y a juste cent ans, la première synagogue de la capitale vaudoise.

 

Une des plus belles de Suisse (lire encadré). Ce qui faisait dire au regretté Georges Vadnaï, son Grand rabbin charismatique et philosophe durant 45 ans, décédé en 2002: «Le quartier de Georgette est devenu un ghetto juif, mais un ghetto libre.»

Auparavant, les membres de la Communauté israélite de Lausanne (CIL), fondée en 1848, priaient dans l’appartement privé de l’un d’entre eux. Puis dans un local du Grand-Saint-Jean, qu’elle louait. Or un afflux imprévu d’immigrés juifs d’Europe orientale rendit impérieuse la disposition d’un lieu de culte plus spacieux et permanent. La CIL n’étant pas riche à millions, leur affaire fut résolue par la providence (ou par le Dieu d’Isaac Lui-même) qui leur envoya le secours d’un banquier milliardaire au grand cœur.

Intéressante, la personnalité de Daniel Iffla-Osiris (1824-1907): un juif français établi à Bordeaux, très patriote. La défaite de Sedan en 1870 l’a tant éprouvé, et l’accueil fait par la Suisse à l’armée des Bourbaki, la même année, tant console et réjoui, qu’il lègue par testament deux fonds importants à la Ville de Lausanne. Le premier pour l’érection d’une statue de Guillaume Tell devant le Tribunal de Montbenon - elle y est encore, ainsi qu’une petite chapelle insolite au nord-ouest de l’Esplanade.

La seconde somme, de 50 000 francs, doit permettre à la CIL de construire une synagogue en bonne et due forme. A condition que le temple ressemblât trait pour trait à celui que le sieur Osiris avait déjà financé en 1877 à Paris, rue Buffault, dans le IXe.

Les derniers vœux de ce bienfaiteur atypique ont été respectés. Cent ans après, en novembre 2010, une journée officielle israélite lui réitérera de la reconnaissance par des manifestations communales, cantonales et fédérales.*

 

(*) La CIL est devenue la CILV, soit la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud. Vvv.cilv.ch

 

 

 

 

 

 

Majesté basilicale et secrets d’un temple juif

 

 

 

Il n’y a plus de vignes à Georgette, mais un croisement stratégique de la circulation routière. La synagogue qui la surplombe a été conçue dès 1909 sur un plan basilical par les architectes Charles Bonjour, Oscar Oulevey et Adrien van Dorsser. Elle évoquerait une pièce montée pâtissière s’il n’y avait sévèrement l’étoile de David au cœur de sa grande rose, et au faîte de l’arche centrale, les tables de Moïse.

Par toute saison, des pèlerins juifs internationaux y pénètrent en groupes pour admirer les lignes pures de la nef et des bas-côtés, la surabondance des baies et lucarnes que des mosaïstes ont serties de diaprures.

Si l’on n’est pas juif, peut-on visiter le ventre de ce majestueux mastodonte en pierre rosée, que bordent de hauts bouleaux et un lierre déferlant jusque sur murs de maisons voisines? Des journées «portes ouvertes” programmées le permettent. Or on n’y entre pas comme dans un Moulin. Patte blanche et kippa exigées. Plus un sauf-conduit qu’il n’est pas difficile de décrocher si on est poli.

La Synagogue de Lausanne doit conserver jalousement des secrets trop anciens pour être divulgués.  Mais on y respirerait partout un encens doux, conciliateur, provenant d’une terre sacrée et universelle.

 

14:24 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

"...sans subir de discriminations notoires..." certes, mais le funeste épisode de 1348 à Chillon, vaut à lui seul plusieurs siècles de calamités. Un accroc dans le pourpoint du Comte Vert "tant aimé par chez nous"

Écrit par : Rabbit | 06/09/2010

Merci pour l'info. Bon anniversaire à ce magnifique édifice dont les lausannois sont fiers. En prévision des journées portes-ouvertes, je m'en vais sortir ma kippa (bleu-blanche, couleurs du Lausanne-Sport !) achetée à l'occasion d'un voyage en Israël. Shalom !

Écrit par : Richard Golay | 06/09/2010

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