07/09/2010

Audrey H, une princesse tolochinoise

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Au cimetière de Tolochenaz sa tombe est toujours fleurie, mais surtout par les gens du pays. Car 27 ans après la mort d’ Audrey Hepburn (1929-1983), cette modeste commune de La Côte ne ressemble plus à quelque pèlerinage lourdais, envahi de cars grouillants de pèlerins un rien épouérés. Depuis la fermeture, en 2002 par ses héritiers, d’un pavillon-musée qui racontait – en images, posters et vagues reliques - la destinée de cette icône internationale, une paix plus recueillie entoure la villa La Paisible où elle vécut trente ans.

Mais le mythe de cette actrice anglo-néerlando-étasunienne est resté universel: en juillet passé, une télé pennsylvanienne l’a désignée comme la plus belle femme du XXe siècle. La fragile Holly, qui entonne avec une bouille de chat de gouttière la chanson de Moon River dans «Diamants sur canapé», surclasserait Marilyn Monroe elle-même! Accessoirement, une Angelina Jolie - dont le patronyme n’est point une caution absolue.

Très candide, Audrey ignorait le pouvoir de ses charmes, de sa «vénusté atypique». A Hollywood, ses cinéastes en furent ensorcelés: une élégance de cygne héritée d’une mère aristocratique, une minceur éblouissante en un temps où triomphaient les féminités plantureuses et mamelues. Un regard juvénile, où l’expressivité vient de l’éclat de l’iris, des arabesques ciliaires, de sourcils naturellement fournis et bruns. Elle ne les rasait pas, pour les redessiner au crayon khôl et se doter d’une physionomie malléable. Pourquoi fallait-il qu’elle cessât de se ressembler?

Ecoutons, en vrac, ces cinéastes des années cinquante, époque où elle obtint l’oscar de la meilleure actrice pour «Vacances romaines» de William Wyler:

-     Une beauté inattendue, révolutionnaire.

-     Jadis ballerine classique, elle était sportivement attentive à ses formes. Or Audrey ne se regardait jamais dans les miroirs.

-     Elle envoûtait nos caméras sans les fixer, inconsciente qu’elle était une star.

Et quelle star! Quand elle rachète en 1966 La Paisible, une maison de maître du XVIIIe siècle, ses nouveaux concitoyens tolochinois se frottent les yeux: c’est bien My Fair Lady en personne qu’ils ont croisée à la pharmacie. Ou devant l’école de Lully, attendant en familiarité avec d’autres mamans venues chercher leur marmot, la sonnerie de la fin des cours. Le sien, Luca, est son benjamin. Le fruit d’un mariage à Morges avec un psychiatre italien. Elle l’accompagnera, avec d’autres parents, dans une excursion scolaire au Creux-du-Van. Son aîné, Sean, s’appelle Ferrer comme son père Mel, qui fut le partenaire d’Audrey dans «Guerre et Paix» de King Vidor (1956).

Les Tolochinoises lisent les magazines. Elles n’ignorent rien de la passion qui avait uni puis déchiré ces deux monstres sacrés, mais elles se retiennent d’en parler. Même entre elles. Pudeur noble et sincère, toute à l’exemple de leur princesse Audrey qui dépensera ses ultimes forces et ses plus beaux sourires au service de l’UNICEF: la famine des enfants africains la meurtrissait davantage que son cancer. Un mal qu’elle s’efforçait de ravaler avec élégance, en n’en montrant jamais rien, mais qui devait nous priver tous d’elle en un maudit mois de janvier 1983.

Ses sourcils circonflexes nous manquent.

18:37 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Quand on aime on ne compte pas. Mais sans vouloir tolochinoiser, il serait bon de mettre une date définitive sur son décès: 83 ou 93 ?

Écrit par : Rabbit | 08/09/2010

83, désolé,je suis un manche en calcul...

Écrit par : Gilbert | 08/09/2010

Dans ce cas, elle est décédée depuis 27 ans et non 17. Tous ces chiffres se ressemblent, ça me laisse complètement indifférent, mais c'est uniquement au cas où Géo se pointerait par ici, parce qu'il ne manquerait pas de se gausser encore une fois des "lettreux" (comme il dit)...

Écrit par : Rabbit | 08/09/2010

Vous verrez, cher Rabbit, que grâce à vous, j'ai rectifié la date de la mort de la princesse tonchichinoise. Merci. G.

Écrit par : Gilbert | 08/09/2010

Merci pour le souvenir.
Comme il est si bien dit dans le premier commentaire: quand on aime on ne compte pas. Elle est toujours présente pour nous c'est l'essentiel.

Écrit par : totain | 08/09/2010

Pour dissiper un petit malentendu: Audrey Hepburn est décédée en 1993 et pas dix ans plus tôt. On la voit encore en 1989 dans 'Always'... Je donne la référence avant que G*** ne se pointe ici.

http://www.imdb.fr/name/nm0000030/

Cela dit, un des aspects les plus fascinants des films avec Audrey H. est le scénario inspiré par un "principe de la chrysalide" qui concerne presque tous ses films des années 1950. Le schéma est toujours semblable : une femme insignifiante, timide (comme la princesse de 'Vacances romaines', comme 'Sabrina' ou la libraire de 'Funny Face') évolue physiquement et tombe amoureuse. Le changement d'habits, de coiffure, de manières, signent la fin de l'enfance et une ouverture au monde et peuvent être mis en parallèle avec le rôle d'égérie de la mode (notamment chez Givenchy) joué par Audrey Hepburn à cette époque. Ces histoires si rafraîchissantes et pleines de contrastes comiques laissent la place dans les années 60 à des scénarios et des personnages plus dramatiques, à l'exception de l'Eliza Dolittle qui reprend le modèle antérieur : une femme qui ne sait ni s'habiller ni s'exprimer va être 'polie' avant d'être présentée à la cour avec succès.

Écrit par : Inma Abbet | 10/09/2010

Mais une chose m'interpelle: on dit, sur Wiki, qu'Audrey a chanté "Happy Birthday" en 1963 à la soirée d'anniversaire de John F. Kennedy, tout comme Marilyn l'avait fait l'année précédente. Le contraste entre les deux actrices est saisissant.

Écrit par : Rabbit | 13/09/2010

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