06/10/2010

Stress, désœuvrements et petits jeux de patience

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Octobre a beau jouer les étés indiens, à déplier ses diaprures mordorées dans nos parcs et vergers, hélas, l’hiver nous guette déjà. Le dimanche 31, nous reculerons d’un cran la petite aiguille de nos swatchs, et celle du morbier du salon - héritage de quelque aïeul combier. Le temps va-t-il trop vite? A cette question immémoriale, que les plus grands philosophes n’ont jamais tranchée, Fabienne M. de la Pontaise répond par un oui inébranlable, appuyé par un regard vert aux cils blonds. Chômeuse bientôt en fin de droit, ses jours se suivent de si près qu’ils se chevauchent. Fumeuse, elle toraille plus que jamais dans la pénombre pluvieuse d’une arrière-cour de son usine. Son tabac a un goût amer: celui du dernier clope des condamnés à mort. Elle tousse dans le froid, son cœur bat la chamade: comment ralentir le temps?

 

D’autres personnes - mieux loties – souhaitent, eux, que le temps s’accélère. Tel Jason Compondu, écolier de L’ Isle à tignasse gominée en crête iroquoise. Il est furibard quand on prononce son prénom autrement qu’à l’américaine: «Djézonn». Pour lui, la trotteuse de la pendule murale de la salle de classe (l’aiguille des secondes) est trop lente. Indifférent au cours de géo, il contemple en rêveur les moirures changeantes de la Venoge par-delà les croisées vitrées. Pour désamorcer son impatience, il essaie de compter à distance les feuilles tombées des marronniers du parc, dans les allées de ce petit château louis-quatorzien devenu école communale en 1877.

Quand il sera homme d’affaires, Jason apprendra à «tuer le temps» différemment. Dans le train pour Zurich ou Francfort, il pianotera sur son ordi de poche avec toute la perplexité qui lui reste dans son cœur, et le rapproche encore de l’espèce humaine: combien reste-il d’ “octets» dans son joujou d’adulte, combien de «mégabits»?

 

Or il existe d’autres jeux de patience, moins électrosophistiqués, auxquels notre Rastignac wallstreetien pourra s’adonner. Dans un bistrot par exemple. Mon préféré s’appelle le tennis-barbe. Il a été imaginé il y a 15 ans, par Nathalie Kristy, une sociologue parisienne tout ce qu’il y a de plus scientifique, mais au cerveau aéré par un peu de souffle pataphysicien:

 

-     Comptez les barbus qui passent dans la rue: 15 pour le premier, 30 pour le deuxième, 40 pour le troisième et «jeu» pour le quatrième. Jouez en 5 sets, à 6 jeux par set…

 

 

Commentaires

Pour vous accompagner dans cette déprime saisonnière, souvenons-nous de ce qui était autrefois écrit sous le cadran des horloges: "Toutes blessent, la dernière tue" ("Omnes vulnerant, ultima necat" pour les cadrans solaires).
Pour certains d'entre-nous, le saut vers l'horaire d'hiver va sonner comme un glas...

http://www.youtube.com/watch?v=KUm1chHKXsw

Écrit par : Rabbit | 07/10/2010

Merci, cher Rabbit, de cet extrait de film qui revigore les plus heureuses cellules de notre mémoire.

g.

Écrit par : Gilbert | 07/10/2010

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