26/10/2010

Cimetières, lumignons, défunts célèbres

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Autorisé à choisir la date de son exécution, un condamné à mort aurait répondu effrontément à ses juges: «Je souhaiterais mourir à la saint-glinglin». Soit jamais. Il fut guillotiné à la Toussaint… Cette anecdote, forgée par Alexandre Vialatte, dit toute l’inexorabilité de cette fête du 1er novembre, où les bigots d’antan pouvaient remercier tous les canonisés sans en oublier aucun. On la confond souvent avec celle du lendemain qui est dévolue aux morts. (Chez les protestants, aussi à la Réformation.)

Depuis quelques années, le 2 novembre fait ressembler les cimetières vaudois à de vastes gâteaux d’anniversaire: on y honore les tombes avec des lampes-tempêtes ou des lumignons d’église. Les flammes jaunes, avec ce bleu de feu follet qui les pigmente au cœur, font trembler les inscriptions tumulaires. Le spectacle est à la fois macabre, comme un conte japonais avec des revenants, et jubilatoire, tel un Noël provençal.

 

ça change un brin des bruyères en pot, des skimmias, chrysanthèmes ou autres choux décoratifs. Les morts en faisaient une indigestion. On pourrait leur déposer des fruits de saison: des quetsches, des figues. Ce qui réjouirait quelque renardeau en vadrouille. Honorez le prince Gabriel de Rumine (1841-1871), qui légua sa fortune aux Vaudois pour l’édification du palais qui porte son nom à Lausanne, avec des betteraves. La sépulture de cet élégant mécène russe, qui devait aimer le bortsch, se trouve au cimetière de Montoie, inauguré en 1865. Dans celui, tout proche, du Bois-de-Vaux (secteur 9), saluez les tombes françaises du baron Pierre de Coubertin qui rénova les Jeux olympiques en 1894, et de Paul Robert, qui créa en 1950 un célèbre dictionnaire éponyme. A trois trottes de campagnol, vous laisserez une fleur blanche – par exemple un camélia hâtif – sous la stèle de Mlle Coco Chanel. Elle est moulurée de têtes de lion.

Mais ne quittez pas le Bois-de-Vaux sans remercier Monsieur Alphonse Laverrière. C’est lui qui, en 1919, dessina les plans majestueux de ce cimetière (image d'en haut) pour en faire un beau jardin patrimonial. Il y gît depuis 1954, dans le secteur 1.

 

Commentaires

Merci de votre billet. La photo est très belle, et l'image des morts souffrant d'une indigestion de choux décoratifs mérite à elle seule le détour!

Écrit par : l'Acratopège | 26/10/2010

Il n'y aura jamais d'autres défunts célèbres que nous.
Et nous irons le coeur en paix et l'estomac vide.

Écrit par : Rabbit | 27/10/2010

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