15/12/2010

On veut priver le sapin de sa toilette folklorique

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La nostalgie est-elle devenue une infamie? Dans ce cas je vais me montrer infâme, en déclarant que les Noëls sentent de moins en moins la mandarine, le pain d’épice et la résine forestière. Que la neige des villes crisse différemment sous nos pas. Que nos vitres ne sont plus constellées de cristaux de givre… Quant aux boules qui festonnent le sapin familial, ou celui des vitrines, elles ne sont plus en verre mosellan de Goetzenbruck, mais en styrène polymérisé incapable de translucidité. Parfois en matière garantie incassable – donc douteuse, sans fragilité. Sans féerie.

 

D’ailleurs les branches de ce pauvre sapin - qu’elles soient surjetées d’aiguilles naturelles ou synthétiques – sont décorées désormais avec une fantaisie aléatoire. On en oublie qu’il fut naguère l”arbre du Christ» des Alsaciens (les inventeurs du Noël chrétien) . Antérieurement celui des rites celtes et païens. Le voici affublé de sphères «black & gold magic». La dominante rouge, qui faisait trop biscôme à pépé, le cède parfois à des camaïeux mauves ou beiges. Foin du folklore traditionnel: le décor de la Nativité sera «minimaliste», «à thèmes», voire «éthique» – un terme qui perd là tout son sens.

 

Le nostalgo que je suis devenu le retrouve en humant les journaux vaudois de la Belle-Epoque. Ils étaient davantage émaillés d’annonces et de «réclames» que d’articles d’information, surtout au mois de l’Avent. Dans la Feuille d’Avis de Lucens du 14 décembre 1913, le «Magasin de modes vis-à-vis de la poste offre, pour garnir l’arbre de Noël, des porte-bougie, des neiges (?), des allume-étoiles, et du chocolat frais à 4 centimes de bâton.»

 

Un demi-siècle plus tôt, en décembre 1855, la Feuille d’Avis de Lausanne (aïeule de 24 heures) publiait les souvenirs d’une dame Secrétan: en sa lointaine jeunesse, elle n’ornait son sapin, qu’avait coupé un laitier contrebandier, que de coquilles de noix argentées à la main. Plus des rubans frisottants, entourés de cire, appelés «rats de cave».

 

Ces vétustés paysannes fleurent bon la vraie Noël parcheminée. On y prend, oui, un rude coup de vieux, mais qui fait rudement du bien au cœur.

Commentaires

J'abonde dans ce sens, et le traditionnel fait un retour de tendance (si ce n'est de balancier). Or donc, voici qu'à Bangkok, en Royaume de Siam, on trouve toute l'année des boutiques spécialisées dans les décorations de Noël entièrement faites la main, dans le respect des traditions britanniques qui défient les siècles. Mais, par contre, on ne trouve pas de vrai sapin.

Écrit par : Rabbit | 15/12/2010

merci des précieux souvenirs des journaux vaudois, même d'avant ma naissance! Nos sapins des Franches-Montagnes font des "petits" et j'espère qu'on ne leur fait pas mal en les coupant. C'est une visite de la nature au cœur de l'hiver et l'orner, c'ést l'aimer naturellement. Je chante encore ce refrain:
"Mon beau sapin, roi des forêts
Que j'aime ta parure
Et quand la neige blanchit tes traits
Que ta verdure disparaît
Mon beau sapin, roi des forêts
Tu brilles dans l'Azur."
claire-marie

Écrit par : cmj | 16/12/2010

Oserais-je vous présenter une version chinoise et un tantinet déjantée de la même chanson, parce qu'il faut vivre (hélas) avec son temps ?

http://www.youtube.com/watch?v=O09GyDAq9lU

Écrit par : Rabbit | 16/12/2010

Magnifique, cher Rabbit!

En 1987, lors d'un premier voyage en Chine, un adorable vieillard de Xian (qui parlait le français) m'avait appris à chanter une version de "Frère Jacques" en mandarin. Il y était question de deux tigres, et ça commençait par quelque chose comme "Lang-é-Iaourou, "lang-é-Iaourou".

Pardonnez ma misérable mémoire.

Écrit par : gilbert | 16/12/2010

Maestro, à vous:

两只老虎, 两只老虎
(Liǎng zhī lǎo hǔ, Liǎng zhī lǎo hǔ)

跑得快, 跑得快
(pǎo de kuài, pǎo de kuài)

一只没有耳朵, 一只没有尾巴
(yī zhī méi yǒu ěr duo, yī zhī méi yǒu wěi ba)

真奇怪, 真奇怪.
(zhēn qí guài, zhēn qí guài).

P.-S.:
pour tout vous dire dire, j'ai dû chercher cette version dans le site de "Chine Nouvelle", car mes Chinoises à moi le chantaient en français, à Changhai dans les années 60.

Écrit par : Rabbit | 16/12/2010

Un grand merci, Rabbi* Rabbit! je m'en vais aussitôt transmettre le fruit de votre recherche à mon frère aîné, qui connaît mieux la Chine que moi, et l'aime, l'admire tout autant.

(*) expression tirée des Evangiles selon Marc, Matthieu, etc.

Écrit par : Gilbert | 16/12/2010

Je viens de tester ma prononciation en le chantant à l'une d'elles en chinois, mais elle a failli s'étouffer de rire.
Vous ferez certainement mieux que moi, vous êtes un authentique musicien.

Écrit par : Rabbit | 16/12/2010

Un souvenir horrifié de l'honorable et extraordinaire et magnifique Melle Zimmer, qui nous a fait aimer la Grèce antique, la géographie et essayé de nous apprendre l'allemand. Devant toute la classe, elle voulait désespèrement me faire prononcer Tannenbaum autrement que Tannenbôme. C'est de ce jour-là que je hais Noël...

Et pour me venger, presque 50 ans plus tard : elle donnait aussi des cours d'anglais, mais moi je faisais partie des quelques privilégiés qui avaient un prof quasi particulier pour étudier le grec. Un jour que je me rends au collège, je croise un groupe hilare, les yeux rouges et mouillés de larmes de rire.
Elle avait fait le coup du Tannenbaum avec le "th" anglais. L'élève essaye plusieurs fois, toujours pire, et finalement crache un "pfououou" rageur.
Comment "PFOUH" ? dit-elle en crachant son dentier...

Écrit par : Géo | 16/12/2010

C'est vrai ça quand même, que reste-t-il du plaisir enfantin de laisser tomber une boule de Noël en verre sur le sol en aidant ses parents à décorer l'arbre?
Merci, Gilbert, pour votre billet nostalgique, et transmettez mes salutations confraternelles à Gérard. Et merci, encore une fois, à Rabbit, le documentaliste avéré et pertinent de la Toile.
PJR

Écrit par : l'Acratopège | 16/12/2010

Merci cher Rabbit, j'ai écouté la version chinoise à l'adresse youtube, et c'est vraiment magnifique.
claire-marie

Écrit par : cmj | 16/12/2010

Comment exprimer "sapin de Noël" dans une culture qui ne connaît ni le sapin, ni Noël?
Simplement en associant trois signes susceptibles de faire le tour du concept: "saint + anniversaire/naissance + arbre".
Ça n'explique pas tout du mystère de la fête, mais c'est un bon raccourci.

Écrit par : Rabbit | 16/12/2010

Cher Rabbit,

mon frère s'est permis d'apporter quelques additifs à votre "Frère Jacques" Han:

两只老虎, 两只老虎
(Liǎng zhī lǎo hǔ, Liǎng zhī lǎo hǔ) deux tigres, deux tigres
en fait : sān
zhī

lǎo hǔ,
sān
zhī

lǎo hǔ
: 三只
老虎,
三只
老虎
trois tigres, trois tigres

跑得快, 跑得快
(pǎo de kuài, pǎo de kuài) courent vite, courent vite

一只没有耳朵, 一只没有尾巴
(yī zhī méi yǒu ěr duo, yī zhī méi yǒu wěi ba) l'un n'a pas d'oreilles, l'un n'a pas de queue

(à quoi il faut ajouter ):
yī zhī méi yǒu yǎnjīng

一只没有眼腈 l'un n'a pas d'yeux

真奇怪, 真奇怪.
(zhēn qí guài, zhēn qí guài). vraiment bizarre, vraiment bizarre

Écrit par : gilbert | 17/12/2010

Libre à votre estimé frère d'ajouter un tigre sans yeux et de corrompre une tradition millénaire qui a fait la joie de millions de bambins.
Mais je viens de questionner Radio Shanghai et on me répond que seule la version à deux tigres est officielle.
Et ça, c'est vraiment tout ce qu'il y a de plus bizarre...

Écrit par : Rabbit | 17/12/2010

Pièce à conviction: les enfants ne mentent pas...

http://www.learn-chinese-songs.com/LiangZhiLaoHu.mp3

Écrit par : Rabbit | 17/12/2010

Le faux Géo n'a pas encore réagi? On aurait pu s'attendre, en référence au titre du présent billet, à une description du fonctionnement des toilettes chimiques.

J'écoute en cet instant précis "Ballad of a thin Man" de Bob Dylan; c'est évidemment sans rapport avec un quelconque sujet encore chaud ou même une personne toujours tiède, juste pour le fun et la nostalgie des sixties.

Écrit par : Rabbit | 18/12/2010

"juste pour le fun et la nostalgie des sixties". Merveilleux! Il faut revendiquer la nostalgie. On peut se dire que les anti-nostalgiques sont des gens dépourvus de mémoire, de sensibilité et d'imagination.
On peut se dire aussi que personne n'échappe à la nostalgie...

Écrit par : Inma Abbet | 20/12/2010

Si vous aimez la nostalgie, il faut adorer la "saudade", et allez chercher le meilleur : les fados de Amalia Rodrigues. Les petites nouvelles sont charmantes mais ne lui arrivent pas à la cheville. Comme Daho qui chante Genet/Hélène Martin face à Marc Ogeret, Sapho qui chante Piaf, encore que là, il y a un petit qqch...
Bühler qui chante Gilles, on est sans aucun doute dans le crime de lèse-majesté.

Écrit par : Géo | 20/12/2010

La "saudades" est un concept assez étonnant,contrairement a la nostalgie qui est toujours une impression du passé il se refère également au futur."Saudades do amanhã". C'est un des concepts le plus imagé de la poétique portugaise.
Puisque on parle du Fado, écoutez Mariza (Chuva) et vous sentirez parfaitement l'équilibre délicat, entre la tristesse et le bonheur, qu'exprime la saudades.

http://www.youtube.com/watch?v=OzrUs08-SWs&feature=related

Écrit par : Calu Schwab | 20/12/2010

Et dans la même dimension..rendons hommage aux larmes de Dulce Montes

http://www.youtube.com/watch?v=QoEZB0XvEZQ

Écrit par : Calu Schwab | 22/12/2010

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