12/01/2011

Aimons l’orthographe pour ses difficultés

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L’autre samedi, j’ai déniché dans un carton à chaussures du marché de la Riponne un amour de manuel à l’usage des écoliers du début siècle passé. Ils étaient conviés à s’endurcir aux irrégularités de la langue française en s’amusant. Orné de vignettes et gravures (dont certaines du grand Lausannois Steinlen) l’ouvrage fut publié à Paris en 1905. Il est tramé en jeu de piste et jalonné d’énigmes, de mots-valises, de charades. L’anagramme y devient une école de jonglerie: tapissier/pâtissier, argent/grenat, etc. On s’initie à la règle compliquée des consonnes doubles par un astucieux domino verbal. Au pluriel des noms à trait d’union, à l’accord parfois illogique des participes passés, avec des parties de devinettes. Pour gagner - comme au poker- on apprend volontiers par cœur ce qui échappe au raisonnement et, du coup, la mémorisation cesse d’être un cauchemar de cancres! Dans ce Luna Park de joutes mnémotechniques, l’écolier se divertissait en s’instruisant, et vice versa.

 

Quel contraste avec les actuels bouquins scolaires! Voilà trente ans que l’Ecole vaudoise ne conçoit plus l’enseignement comme un enrichissement, un tremplin vers la poésie, mais une épreuve. Une mesure préventive contre l’illettrisme. De ses publications-oukazes, à couverture souvent grise, se dégage une odeur médicamentateuse tant elles se veulent prophylactiques plutôt que stimulantes. Leurs auteurs n’ont eux-mêmes jamais eu d’élèves. (Un élève, c’est bruyant, ça perturbe la concentration d’un penseur). Romands ou Français, ils sont «psychopédagogues»: leur mission est de reconcevoir l’éducation en fonction de statistiques ou de généralités sèches, elles-mêmes induites par un autre grand charabia: celui de la «préorientation professionnelle».

Objectif numéro un: simplifier l’orthographe le plus possible, en liquidant par exemple les y et les h après les t ou les r. Désormais, on écrira «un sale tipe», «un daufin», une bibliotèque (une ortographe…), désavouant ainsi un inestimable héritage gréco-latin (et tant pis pour l’Histoire!). Château-d’Œx en perdra un jour son circonflexe pointu qui évoque si joliment le Vanil-Noir.

Nos néogrammairiens iront-ils jusqu’à raser les montagnes?

(Photo Odile Meylan)

 

Commentaires

bonjour,
Pour ceux d'entre vous qui n'ont pas le coeur fragile ( pourquoi coeur est-il souligné en rouge ? parce que je ne sais pas écrire le 'œ ', directement depuis mon clavier.)
j'ai un blog en français transcrit en "ortografe réformé":
Plus aucune lettre muette et un signe correspond toujours au même phonème et inversement.

A bientot peut-être ;-D

Écrit par : Maximun | 13/01/2011

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